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LANGUES ROMANES
Montpellier. — Imprimerie centrale du Midi (Hamelin frères).
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REVUE
DES
LANGUES ROMANES
PAR L.\ SOCIÉTÉ
POUR L'ÉTUDE DES LANGUES UOMANES
Tr»o isi è xxie Série
TOME QUINZIÈME JANVIER 1886
TOME JÈSafïH DE LA COLLECTION
n
MONTPELLIER
AU BUREAU DES PUBLICATIONS nu LA. SOCIÉTÉ
l'OUK I/BIIIDIC !)1{.S LAN'aUlSS IIO.MANKS
Rue St-Guilhem, n° 17
PARIS MAISON NEUVE ET Cie
LIURAIKKS-ÉDlTKUnS
25. QUAI VOr/rAlRE, 25
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REVUE
DES
LANGUES ROMANES
Dialectes Anciens
RECHERCHES
SUR LES RAPPORTS DES CHANSONS DE GESTE
ET DE l'Épopée chevaleresque italienne
(Suite)
Les deux récits se séparent à partir du vers 110. Dans lo second, les deux pèlerins reviennent de Constantinople à Mar- seille; le trouvère regardait sans doute cette ville comme le port d'embarquement le mieux désigné pour les voyageurs se rendant en Palestine. La traversée dure deux mois et demi, et Renaud et Maugis arrivent à Acre. Le passage qui suit (119- 165) me paraît incomplet, bien qu'à la rigueur on puisse ad- mettre que l'auteur du remaniement ait placé dans la bouche de Renaud les renseignements qui, dans la version plus an- cienne, sont donnés par un homme du pays.
Les chrétiens ont perdu Jérusalem, mais leur roi David (et non Thomas) n'a pas été fait prisonnier. Il a réuni ses forces clans la plaine de Rames et se prépare à livrer Ijataille aux
Tome xv de la troisième série. — Janvier 1886. 1
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mécréants, que conduit le sultan de Perse. Maugis débute par un tour de sa façon, et lui. qui r.vait fait tant de difficultés pour accepter de prendre part à la guerre, il n'hésite point à re- courir à ses enchantements d'autrefois. Grâce à lui, les deux pèlerins font uu excellent repas. Cet épisode (183-209) est gai, mais trivial.
Le lendemain, Naburdagant appelle aux armes ses païens de Lutis, des Turcs, des Popeliquains, toute la gent Anté- christ. Il attaque les chrétiens. Le roi David et Geoffroy de Nazareth se distinguent dans la mêlée. Le roi païen, appelé tantôt Nabugor, tantôt Naburdagant, suivant le besoin du vers, a décidément l'avantage. C'est alors que Maugis pousse Re- naud à montrer sa vaillance. Armé d'une lourde perche, le fils d'Ajmes met en déroute les Sarrasins, et la ville sainte est reconquise.
Cependant Naburdagant appelle à lui tous ses alliés, les rois d'Egypte et d'Inde la grant, les amiraux de Cordoue, du Larris, de Babylone. Dans un conseil, il est résolu, pour évi- ter de ruiner la contrée, de s'en remettre à deux champions, dont la valeur décidera du sort de la Judée. Naburdagant, que le trouvère finit par identifier avec le roi de Babjlone, a tenu le conseil devant tous les guerriers assemblés. II de- mande qui veut se charger de la querelle des Sarrasins. Trois champions se présentent : Safadin, roi d'Egypte, en qui nous l'econnaissons Seyfeddin, frère de Saladin ; Marados, roi des Indes, et un roi de Dàmiette. Safadin est désigné.
Autant les païens ont montré d'empressement à s'offrir pour défendre leur parti, autant les chrétiens hésitent à accepter riionneur de descendre dans la lice. En vain le roi David s'adresse au sire de Damas, au comte d'Acre, au maître des Templiers, au maître de l'Hôpital et aux autres barons. Nul ne veut se risquer en combat singulier contre le redoutable Safadin. Maugis, pour sauver l'honneur des chrétiens, engage vivement- son cousin à s'offrir pour champion. Renaud y con- sent et les chrétiens applaudissent.
Je passe sur les détails qui suivent et qui ont pour objet les prt'qiarïitifs du combat. Le trouvère, heureux d'avoir ainsi fait de Renaud le re[)résentant de l'intérêt chrétien, ne se refuse aucun développement. Pour mieux rompre avec la tradition,
SUR LES CHANSONS DE GESTE 7
il fait reparaître Tépée invincible, Froberge. Renaud Taurait, d'après lui, cachée dans son bourdon de pèlerin.
Le combat entre Safadin et Renaud est longuement conté, A l'endroit où le manuscrit s'arrête, Renaud a l'avantage. Il est probable que ce premier duel était suivi de deux autres, puisque les Sarrasins avaient désigne trois champions. Enfin la défaite définitive de Naburdagant pouvait être la matière d'un long récit, où le sire de Damas et les grands-maîtres du Temple et de l'Hôpital auraient eu l'occasion de se relever de leur première défaillance.
Dans cette version incomplète du pèlerinage de Renaud apparaît l'idée de transformer en un représentant de la chré- tienté en Orient le héros de l'opiniâtre guerre soutenue par les fils du ducAjmes contre Charlemagne. Contenue en germe dans la première version, elle est ici développée, sinon avec un talent que nous ajons à louer, du moins avec assez de dé- cision et d'ampleur pour ne pas rester inaperçue. Si l'imita- tion italienne avait eu pour objet nos diverses chansons do geste, dans l'ordre où elles se sont produites, le fait aurait moins d'importance ; mais, quand les cycles qui forment notre épopée nationale ont passé les monts, ils étaient déjà formés de textes de toute espèce et de toute date, et cet immense re- cueil était répandu çà et là par les chants des jongleurs, sans que nul songeât à discuter sur le plus ou moins d'autorité des variantes et des remaniements. Chacun se faisait une légende d'après les chansons qu'il connaissait, et le texte le plus déve- loppé avait toute chance de paraître le plus authentique.
La courte campagne que font les fils Ajmon contre le prince sarrasin de Toulouse, pour le compte du roi Yon, ne suffisait point pour amener à voir dans Renaud le champion delà cliré- tienté ; mais la manière dont Roland et Renaud sont opposés l'un à l'autre en plusieurs circonstances, leur égalité en cou- rage et en vigueur, l'amitié qui les unit à partir du moment où un miracle interrompt la dernière et la plus terrible de leurs luttes, préparaient la pensée de les unir dans des entre- prises communes. Dès lors, le seul pèlerinage de Renaud en Palestine devenait un motif suffisant de placer le vaillant che- valier à côté de Roland, et de les regarder comme les deux défenseurs par excellence de la chrétienté. La conception ila-
8 RECHERCHES
lienne est donc ainsi en germe dans le roman des Quatre Fils Aymon ; et, sans la force de la tradition bien plus grande dans le pays d'origine des légendes, sans la détermination plus pré- cise chez nous des grandes gestes, une évolution pareille eût placé en France Renaud au même rang que Roland et à côté de lui.
Si nous lisons dans la Chanson de Roland que le neveu de Charlemagne s'était emparé de Constantinople, nous voyons, dans une des versions de Renaud de Montauban, un tableau de conquêtes qui embrassent tout l'Orient :
Et puis recorderay et vouray deviser
Comment Karle les fist de Gascongnie semer,
Comment reurent leur pais, com Régnant passa mer,
Jhérusalem conquist, comment voult raporter
Les trois clous, la couronne dont Dieu du trosne cler
Fust su jus couronnés et ses menbres fichier
Pour tout humain lignaige hors d'enfer rachater.
Ailleurs, évidemment vers la fin du poëme, Renaud dit:
Pour l'amour de toy, Dieu, oultre mer m'en iré Veoir Richier en Acre, qui est roy courormé. Qui pour l'amour de moi a été déserté Ly et Huon son père, mon cousin l'alosé. Là iray armes prendre contre la gent maufé, Sans moy faire connoistre à homme qui soit né; Euchois serai en Acre au roy déjoue [sic) ayé Je iray au Saint Sépulcre et si le conquerré A Robacre combatre qui tient la royaulté Et à son fils ossy, Durendal l'amiré. Ou il mouront par mi ou il seront sacré; Puis yrai Angorie conquerré, c'est mon gré, Et les clous et le fer dont ton corps fu frappé, Et la sainte couronne et le suaire orlé Dont tu fus ou sépulcre jadis enveloppé '.
* Ces passages soûl cités par Fr. Michel clans la préface du Charlemagne (p. cNMi-cxiv), d'après un manuscrit qu'il n'indique pas clairement ; il en a collalionné le texte sur le ms. 7182 de la Bibliothèque nalionale de Paris, f" I v, et foOOro.
SUR LES CHANSONS DE GESTE
II
MAUGIS D AIGREMONT
Nos plus belles chansons de geste, celles qui méritent le plus justement le titre d'épopées, sont des récits essentiellement guerriers, oîi le merveilleux chrétien lui-même n'apparaît que rarement, et qui ne font point songer aux superstitions germ;i- niques ou celtiques. Telles sont les chansons de Roland et d'Aliscans, pour ne citer que les plus renommées. Mais l'épo- pée française dans son ensemble ne présente pas ce caractère. Les trouvères n'hésitaient nullement à user des ressources que leur offraient les croyances populaires sur les nains, les géants, les enchanteurs et les fées. Dans Huoa de Bordeaux, le petit roi Auberon nous transporte au pays des prodiges. Dans Gau- frey, Robastre est fils d'un lutin, Malabron, qui soumet son fils à des épreuves qui rappellent celles que Protée impose à Aristée avant de consentir à l'instruire. Ce lutin figure déjà àdiXis, Huon de Bordeaux. Dans Jehan de Lanson, les deux pro- tagonistes sont les deux enchanteurs Basin et Malaquin. Les géants Fierabras, dont triomphe Olivier; Bréhus, qui est tué parOgier; Otinel, qui est vaincu par Roland, et ces person- nages de proportion colossale, Rainouart au Tinel, Ogier le Danois, ont fait penser aux géants des Sagas germaniques'. Dans ce merveilleux d'origine très-reculée, où le christianisme n'a aucune part, il restera difficile de séparer exactement les éléments germaniques et les éléments celtiques. Une précision très-grande n'est guère possible avec les documents dont nous disposons. Si l'on remonte aux époques antiques, on recon- naît que l'imagination des races aryennes peuplait le monde d'êtres surnaturels, et la croyance aux fées et aux sorciers est à peine éteinte chez les peuples les plus civilisés de l'Europe moderne. Quand l'empire romain s'écroula, le christianisme était encore de date récente; les Gaulois avaient-ils en qucl-
' Pio Ra.jna, le Oviijmi delV ppopea franche, p. 439-443.
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ques siècles perdu tout souvenir des rêveries de leurs aïeux? On peut donc supposer sans témérité que l'invasion franquc eutpourconséquence de raviver des croyances déjà existantes, et que Timag-ination celtique n'était pas à l'état de table rase au jour où les Mérovingiens devinrent les maîtres de la Gaule».
Il est admis que le cycle de la Table Ronde a fourni des données nombreuses aux œuvres de date relativement récente. Dans Doon de Mcujence, les aventures de Tenfance du héros semblent découpées dans un roman du cycle d'Artus. L'on demande au jeune chevalier s'il va quérant pour venger le roi Artu (v. 2668). Dans la version de Huon de Bordeaux qui nous est parvenue, ré))isode de l'Orgueilleux est développé conformément à toutes les règles du genre. Rien n'y manque, ni une jeune fille qui a été enlevée par le géant et qui s'inté- resse au chevalier, ni deux hommes de cuivre battant d'un fléau de fer et gardant le passage, ni armes merveilleuses, ni anneau enchanté. Ces données sont-elles primitivement celti- ques ou germaniques? Ce qui est certain, c'est qu'elles ont le caractère de l'ensemble des inventions qui constituent le fonds ordinaire des romans de la Table Ronde et de tous ceux qui en dérivent, et qu'on doit y voir d'abord des imitations d'œu- vres composées dans des conditions où l'emprunt direct aux races teutoniques n'est guère vraisemblable.
Maugis, le cousin des fils d'Aymes, nous offre l'exemple
' M. Rajoa a démontré la persistance, dans l'épopée française, d'éléments d'origine germanique. 11 reste à faire la contre-partie de ce travail, à relever les éléments d'origine celtique ou romaine. A la fin de son livre (p. 539;, il reconnaît que l'épopée demeura en France fidèle à sa nature, et y conserva l'énergie et la virilité plus longtemps que dans sa propre patrie. Il trouve la chose merveilleuse, et vraiment ce n'est pas la destinée ordinaire des arbres transplantés. Il ajoute : « Questa ma;zgiore viialità vuol certo attribuirsi, non » ad una causa unica, bensi ad une compiesso di ragioni.che qui poco gio- » verebbe l'analizzare. Essa di sicuro pu6 compensare largamente la Francia » di queila certa offesa que reca al suo amor proprio il doversi riconoscere » débitrice deil' epopea ad un' altra nazîone. » L'aniour-propre de la France n'est pas en cause ; ce qui est digne d'attention, c'est l'aptitude de nos trou- vères à garder à l'épopée son caractère primitif. Il y a là le point de dépar de recherches dont le résultat pourrait être d'amener M. Rajna à modifier ou à restreindre certaines de ses conclusions.
Srm LES CHANSONS DE GESTE 11
d'un personnage dont le type premier, celui de la Chanson de Renaud de Montauban, peut être considéré comme d'origine germanique, comme introduit dans une épopée à laquelle il fut d'abord étranger, par le désir de donner aux vassaux ré- voltés un auxiliaire capable de les protégercontre la rancune de Charlemagne. D'après M. Ra.jna,Maugis n'est qu'une forme dérivée de l'allemand Madalge?^, nom d'un nain fils d'une reino des nains. Son office de protecteur bienveillant serait em- prunté de celui que remplit le nain Alberich, prototype d'Au- beron, de même que sa qualité de larron K
Cette opinion, fondée sur les rapprochements les plus ingé- nieux, est d'autant plus plausible, que l'intervention de Mau- gis dans les aventures des fils d'Aymes ne se relie à la suite des faits que d'une manière tout épisodique. A un mo- ment de l'action, un parent dévoué vient s'y mêler, donne çà etlàun concours efficace, puis se retire sans attendre lafin et sans raison. La réapparition de Maugis dans l'histoire du pè- lerinage à Jérusalem est tout aussi peu motivée. On peut ad- mettre que l'auteur d'un des nombreux remaniements qu'a dû subir l'antique légende a voulu renouveler le sujet par l'in- troduction d'un personnage et d'un élément nouveaux. Reste à se demander dans quelle mesure la légende de Merlin peut être écartée du débat. Si l'on accepte qu'à un moment donné l'influence germanique se continuait encore, tandis que les légendes celtiques redevenaient l'objet de conceptions nou- velles, on ne verra pas d'inconvénient à admettre qu'il y ait eu çà et là fusion d'éléments d'origine très-différente, sans que l'on soit autorisé à voir partout des imitations précises de per- sonnages ou de récits déterminés. Tel poërae, perdu ou dont la forme première ne pourrait être retrouvée, a eu sa part dans la série d'additions et de modifications dont on essaye aujour- d'hui de reconstituer la suite.
Maugis, le bon larron, l'enchanteur serviable, qui, tout en secourant ses amis, ne peut s'empêcher d'exciter le ressenti- ment de îeurs adversaires par les mauvaises plaisanteries qu'il se permet, est présenté dans Renaud de Montauban comme un chevalier qui se distingue de ses cousins uniquement parce
1 Origiiii dell' epopea frcutce^e, p. -i3i-i3ÎV
12 RECHERCHES
qu'il sait le grimoire et peut accomplir les prodiges les plus étranges ; c'est un homme, ce n'est point un gnome ou un génie. Que le type primitif vienne de Germanie ou d'ailleurs, le chevalier hardi et rieur qui égayé la suite sombre de la lutte des fils d'Ajmcs contre leur suzerain n'a rien des con- ceptions sj-mboliques des âges primitifs ; sa phj'sionomie est bien arrêtée, sans rien de nuageux. Ace propos, il est bon de remarquer que le problème des origines de l'épopée française est double. Etablir par quelles transformations successives l'on aboutit des chants germaniques aux œuvres de nos trou- vères est un travail aussi méritoire que difficile, et sans lequel notre connaissance historique de la question ne reposerait sur rien de solide ; mais, cela fait, l'on n'en doit pas moins consta- ter que l'épopée française, telle que nous l'avons dans les plus anciens monuments, est héroïque, mais humaine ; qu'elle con- stitue un art original et nouveau. La Chanson de Roland est une oeuvre essentiellement française, et la grandeur des situa- tions, la noblesse des caractères, n'y ont rien perdu.
Maugis est un personnage d'autant plus digne d'étude, que l'on peut faire son histoire littéraire aux trois âges de l'épopée : à l'époque primitive et mythologique, il appartient à. la Ger- manie; puis il est associé aux chevaliers des chansons de geste dans le roman des Quatre Fils Aipnon; enfin il devient l'objet d'un poome particulier qui offre l'exemple d'une imitation voulue et complète des romans de la Table Ronde. .Je me bor- nerai à revenir sur le rôle de Maugis dans le Renaud de Mon - tauban avant d'aborder l'examen de la chanson de geste qui finit par être consacrée au fils du duc Beuves.
Maugis et ses cousins se rencontrent pour la première fois au moment où commence la seconde partie de la légende épi- que des Quatre Fils Aymon. Après avoir été forcés d'abandon- ner Montessor et s'être réfugiés dans la forêt d'Ardenne, Renaud et ses frères, épuisés de fatigue, mourant de faim, se décident à revenir à Dordone, dans l'espoir que leur père, qui s'est montré jusque-là acharné à leur perte, se laissera atten- drir. Leur mère les accueille avec effusion ; mais le duc Aj-mes, quand il les voit assis à sa table, ne peut contenir sa colère. Craignant do paraître se forjurer envers l'empereur, il leur reproche durement d'oser recourir à lui. Après une scène vio-
SUR LES CHANSONS DE GESTE 13
lente entre les fils et le père, celui-ci consent à laisser la du- chesse traiter ses enfants comme son cœur lui conseille. C'est ici qu'apparaît un cousin dont le nom n'avait pas encore été prononcé, et qui prendra longtemps part aux aventures de Renaud et de ses frères.
Atant es vos Maugis, ki est preus et sénés
Etrepairoit de France ù esté ot assés.
A la cité d'Orliens ot un trésor enblés.
Quatre somiers amaiae d'or et d'argent torses.
Il avoit oi dire et si fu vérités,
Que li fil Aymon sont dedens Dordone entrés.
Venus est celé part ; es le aceminés,
Parmi le maistre porte en la vile est entrés'.
Maugis est donc un voleur, mais la chose n'est point de na- ture à effrayer ses parents. Quelques instants avant, le duc Ayraes ne reprochait-il pas à ses fils de n'avoir pas, pour se nourrir, pillé le paj's, saccagé les abbayes et, au besoin, mangé des moines?
Brisies les abaïes et froisies à bandon.
Ki del sien vos donra, si li faites pardon.
Et qui nel voldra faire, mar aura raençon.
Cuisies les et mengies en feu et en charbon ;
Jà ne vos feront mal niant plus que venison.
Dame Dex me confonde, qui vint à passion,
Se ensois n'es mengoie que de faim morusom.
Mioldres est moine en rost que n'est car de mouton -.
Une telle ironie est la marque des mœurs violentes du temps. J'y vois même une certaine éloquence naïve, mais pas- sionnée, qu'il me semble juste de noter. .J'aurais à cet égard quelque peine à me placer au même point de vue que tel cri- tique, d'ailleurs plus compétentque personne^. Cette brutalité est fréquente dans nos chansons de geste, dans celles-là mêmes que l'on compare le plus volontiers aux épopées homériques :
1 Renaus de Montauban, éd. Michelant. p. 96-97.
= Op. l., p. 9.3. '
■^ M. Gautier. Ep. nation., 2<- édil., III. p. 2<"J5-2(J9.
14 RECHERCHES
elle n'en diminue aucunement le mérite. De mémo, lorsque hs fils d'Aymes, reposés, équipés à nouveau par les soins de leur mère, partent suivis de sept cents chevaliers, pour cliercher aventure, il n'y a pas lieu d'être surpris que le trouvère nous montre leur cousin s'associant à leur destinée:
Vont s'en 11 fil Aimon, ne s'aseiirent mie. .vu. c. chevaliers a en la lor compaignie Et Maugis li cortois les enconduie et guie*.
Ce bon compagnon va nous égayer désormais par les toui-s qu'il jouera aux ennemis de ses cousins, et en bien des cir- constances il sera pour ses parents d'un précieux secours. Pourquoi le frapper d'anathôme ? a Mais, à côte d'eux, voici un » nouveau venu qui paraît tout à fait associé àleur fortune.... » Il monte un cheval noir; il a je ne sais quelle phj'sionomie
» étrange et je lui trouve trop de fl.nesse dans les yeux
» Quand il a rencontré ses cousins, il venait de voler un trésor » à Montauban. Ce magicien est doublé d'un coupe-bourses. )) Pour tout dire, je me serais bien passé de cet oblique per- » sonnage. Maugis entrant dans le roman des Quatre Fils » Aymon, c'est la légende celtique pénétrant dans le domaine » de notre vieille épopée nationale; c'est la fable, c'est le )) mensonge, c'est la magie, ce sont d'odieux mélanges. »
Si l'on me permet d'exprimer nettement ma pensée, et en laissant de côté l'hypothèse de l'origine celtique du person- nage de Maugis, j'avouerai ne pouvoir partager ce dédain pour le mélange incriminé. La chanson de geste, bornée d'abord à des récits de combats où la monotonie des faits est trop rarement compensée par la variété des caractères, ne pouvait continuer à vivre qu'en acceptant l'aide du merveil- leux. Est-ce, après tout, un dogme qu'il faille entendre par épopée nationale une seule série des compositions épiques de notre moyen âge? S'il est vrai que les moeurs et les institu- tions de la France féodale ont été le résultat du mélange des Gallo-Romains et des Germains, pourquoi considérer comme hétérogène un élément national et lui refuser tout droit de
' lienaus de Montaulinn, p. 97.
SUR LES CHANSONS DE GESTE 15
cité? L'on sait que, malgré Tacceptation de la religion chré- tienne, Ton crut longtemps à l'existenoe d'un monde où ré- gnaient les fées, les lutins, les enchanteurs, les sorciers. Lors- que la chanson de geste primitive ne suffit plus à distraire les châtelains et les châtelaines, ce merveilleux qui hantait tou- jours l'imagination populaire reparaît de tous côtés et se hâte d'étaler ses inventions. Toutes ne sont pas également heureuses et intéressantes ; mais, sans cette première fécon- dité, posséderions-nous ce qu'il y a de plus agréable dans no- tre poésie moderne, Arioste et Don Quichotte?
Le rôle de Maugis dans le roman des Quatre Fils Aymon consiste à tirer d'affaire ses cousins dans les circonstances où leur vaillance est impuissante, et à jouer à l'empereur des tours où la dignité de Charles est fort compromise. L'auteur lui-même auquel j'ai fait allusion déjà ne peut s'empêclier de reconnaître que, sans ce mélange de scènes amusantes, la nar- ration semblerait longue: «Maugis représente, dans cotte » chanson, cet élément héroï-comique que nous ne rencontrons » pas fréquemment dans les monuments de notre littérature » épique '. »
Ainsi associé à l'histoire des héros les plus [)opulaircs de notre légende épique, Maugis devait à son tour, comme la plupart des personnages qui ont un i-ôle important dans les chansons de geste, devenir l'objet d'une composition épique particulière. De là le roman de Maugis cVAigremont, que Fou pourrait appeler, pour se conformer à l'usage, les Enfances Maugis. L'auteur s'est demandé, à propos de Maugis, quelle est son origine, sa droite nation, d'où il a tiré sa science d'en- chanteur, et, une fois engagé sur ce terrain, il a voulu nous donner la clef de tout l'élément merveilleux de la légende des fils d'Aymes. Cette légende nous présente en effet un person- nage qui est tout aussi digne d'intérêt que les personnages humains: c'est Bajard, le cheval /«e, dont rintelligence est si utile à ses maîtres et contre lequel Charlemagne nourrit une rancune aussi vive que celle qu'il ressent à l'égard de Maugis lui-même. D'où vient ce Bajard? D'où viiMit également Fro-
' M. Gautier, l. l., p. 220.
16 RECHERCHES SUR LES CHANSONS DE GESTE
berge, l'épée avec laquelle Renaud tient tête à Roland arme de Durandal, à Ogier armé de Courtaine^?
On a déjà remarqué que le roman de Maugis est une imi- tation de Lancelol du Lac^: une analyse détaillée en fera mieux ressortir le caractère et l'importance. Le texte du Maugis d' Aigremont étant encore inédit, je reproduis en entier le commencement du poëme: le trouvère nous y raconte la nais- sance de Maugis et de son frère Vivien, l'éducation de Maugis auprès de la fée Oriande, la conquête du cheval Bayard et de l'épée Froberge ^ .
F. Castets. (A suivre.)
I M. Pio Rajna a remarqué que, dans le Renaud, i\ n'y a aucune indication sur l'origine de l'épée Floberge, et que ce qui est dit dans la version de Ve- nise (fol. 16) sur la façon dont Renaud est devenu ie maître de Bayard pa- raît bien vulgaire quand il s'agit d'un animal aussi merveilleux:
Renaus ot tiel cheva! qui valoit Aiemaine : Baiart avoit a non, si fu nez en Bretaine: Un borziois l'acheta au duc de Loeraine, Qi bien l'avoit nori et de ble et de vaine.
II ajoute: « Sarebbe mai più prossimo al vero, per quanto poco allendibile in générale, il Maugis d' Aigremont , che fa del cavallo un donodi Malagigi? Puù darsi ; ed è poi cerlo che il Maugis ha una grande apparenza d'aver con- servalo un resto délia Iradizione originaria facendo donc di Malagigi la spada. » Oi-ig. delV ep. fr., p, 438-439.
^ Hist. littéf. de la Fra7ice,i. XXII, p. 700-704. Paulin Paris analyse brièvement et exactement ce roman, mais non sans quelque sévérité.
' Le texte dont je me sers est toujours celui du ras. II 247 de Montpellier. Il y est suivi du texte du Vivien de Monbrant. Le Maugis remplit les feuil- lets 154-173. Le Vivien commence au milieu de la première colonne du verso du feuillet 173. A raison de deux colonnes à la page et de 62 lignes par co- lonne, cela fait 4868 vers. Quelques-uns sont répélés ; la fin de quelques au- tres a été laissée en blanc par le copiste. Paulin Paris, dans sa notice, se sert du ms. 7183 de la Bibliothèque nationale, qui lui paraît remonter au commen- cement du XlVe siècle.
Dialectes Modernes
LAS NOSSOS D'OR
DE l'ACADEMIO BEZIEIKENCO
Brinde pourtat al banquet del 14 mai 1885
Ce n'est qu'après cinquante années Que les noces sont d'or. Grand mal ! Mais les brouilles sont terminées, Puis l'or est un divin métal.
(Songe d'une nuit de Sabbat, ou les A'oces d'or d'Oberon et de Titania. Gœthb, Faust; trad. Stapfer.)
Cinquanto ans sou passais dempèi que, dins Biterro, D'omes sapiens, e forts de l'amour de sa terro, Ausserou lou penoun del langage natal, E de l'estudi antic doubriguèrou lou talh.
D'illustres davanciès poudiôu segui la draio. Avan lou festenal que metèt tout en aio Per bada sus soun pedestal
LES NOCES D'OR
DE l'académie BITERROISE
Blinde porté au banquet du 14 mai 1885
Cinquante ans sont passés depuis que, dans Bëziers, — des hommes savants, et forts de l'amoui' du pays, — levèrent l'étendard de la langue natale, — et des études de l'antiquité ouvrirent le premier sil- lon.
D'illustres devanciers ils pouvaient suivre la trace. — Avant la grande fête qui mit tout (le pays) en mouvement — pour admirer sur
LAS NOSSOS D'OR
Nostre Riquet, viven ])er soun noum immourtal'. I avio 'gut dins Beziès mai d'uno Acaderaio. Sabem pas s'ero d'alquiraio Que s'occupabo, ou d'aleman, Lo qu'ai siècle del Roi galan- Ero, parés, déjà 'spelido Dins la cieutat jamai anequelido Oun lou Destin a pauzat nostre nis. Al tems del Bearnés, Fistorio nous hou dis. Un autre acamp d'esprits de nauto mino Fazio flôri dedins Beziès. Erou pas de truco-tauliès E sabento ero sa douttrino, Pèi que lou rèi Hanric, amaire des lauriés,
Lous a meses dins sous papiès^ Mais ignouram sous noums ; car lou Tems rambalhair.) A 'mpourtat sus soun col hardit E las segos e lou segaire, E lou noble prefacli, coumo un fum avalit.
son piédestal — notre Riquet, vivant par son nom immortel ^, — Ré- ziers avait eu jilus d'une Académie. — Nous ne savons si ralchimio- — l'occui)ait, ou bien Tallemand, — celle qui, au siècle du roi galant hom- me-, — était, dit-on, déjà née — dans la cité jamais inféconde — où le destin a placé notre berceau. — Au temps du Réarnais, l'histoire nous le dit, — une autre réunion d'esprits de fière mine — faisait florès dans Réziers. — Ce n'étaient pas des fainéants, — et grande était leur science, — puisque le roi Henri, amoureux des lauriers, — les a men- tionnés dans ses chartes''. — Mais leurs noms nous sont inconnus; carie temps brouillon — a emporté sur son épaule hardie — les mois- sons et les moissonneurs — et le noble travail, évanoui comme une fumée.
1 L'un des premiers actes de la Société archéologique de Béziers, fondée en 1834, autorisée ea 1835 et reconnue comme élablisseraent d'utilité publique le 14 octobre 1874, fut de décider l'érection d'une statue à Pierre-Paul Riquet, le glorieux créateur du caual des Deux-Mer?, né à Béziers en 16Ui. David d'.\ngers se chargea gratuitement du travail du statuaire, et le bronze qui dé- core la principale avenue de laville t'ulinauguré au milieu d un enthousiasme indescriptible, le 21 octol.re 183S.
LAS NOSSOS d'or 19
N'esautromen de rillustro coumpagno Qua.\io Matmii. e Bouillet perreltous;
De toutes sous admiratous
E de nautres sous successous,
Amarganto serio la lagno
S"aviam pas d'obros de soun goust.
Des astronomos, des douttous,
Se sap prou qu'es pas las rubricos
Que mancou dins lou cap proufoun ;
So que sabou, ou sabou d'afoun,
Mais bou pas las mémos praticos.
Lous uns al ciel lèvou lou froun
Per estudia, viran en roun, Lous miliès de soarels, d'estèlos, de planetos, Qu'uno ma soubeirano a semenat amoun : Amai la vejou pas dins sas loungos lunetos,
Acos es vrai de pount en poun, Lous autres, assaval, marcbou gueitan la terro
Coumo s'amb' elo avièu la guerro ;
11 en est autrement de Tillustre assemblée — dont Mairan ef, Bouillet furent les chefs; — de tous leurs admirateurs, et de nous leurs successeurs, — amer serait le chagrin — si nous n'avions des œuvres de leur génie. — Des astronomes, des médecins, on sait bien que la science — ne manque pas dans le profond cerveau; — ce qu'ils savent, ils le savent bien ; — mais diverses sont leurs pratiques. — Les uns au ciel lèvent leur front — pour étudier, dans leur gravita- tion,— les milliers de soleils, détoiles, de planètes, — qu'une main souveraine a semés là-haut: — quoiqu'ils ne la voient pas dans leurs télescopes, — c'est bien l'exacte vérité. — Les autres, ici-ba.'^, marchent en fixant la terre — comme sils étaient en guerre avec
'■i On a cru, d"après quelques indices, qu'une académie existait déjà là Bé- ziers au temps de François 1*-"'.
■' Une ordonnance de Henri IV eu 1599 mentionne positivement rAcadcmie de Béziers. Il est même remarquable que les articles de cette ordonnance ([ui pourvoient aux dépenses de tous les collèges établis dans la province de Lan- guedoc, même du jardin des simples de Montpellier, ne dotent taxativement que l'Académie de Béziers. On peut en inférer sûrement que cette académie était alors la seule qui existât en France,
20 LAS NOSSOS D OR
E pamens i tapo de founs Las fautes de sas instrucciouns. — N'es pas per Tencian temsque parli, Nimai per lou prezen que jauli, Car sabem que, bèi coumo hier, De soun corps médical Beziès pot estre fier.
Dounc de nostres aujols dins lous arts, la scienso, Las letros, la physico e dins touto sapienso, Digus sieguet pas apendris ; Mairan hou diguèt a Paris, E lou Rèi femnassiè, qu'a laissât dins l'istorio Mai de vilaniè que de glorio, Lous lauzo dins un mandomen Que dizem de Letros patentas ' : Per nautres, sou pas ges pudentos, E nou'n coufiam rouialomen.
Quatre-vinl-nou venguèt am soun cop de tounerro Fa cala las cansous, e sus touto la terro
Lèu se passejèt lou drapèu Dount la glorio e lou dol hôu fach nostre flambèu.
elle; — et pourtant elle cache à jamais — les erreurs de leurs or- donnances.— Ce n'est pas pour notre passé que je parle, — ni pour notre présent que je bavarde, — car on sait qu'aujourd'hui, comme autrefois, — Béziers peut être fier de son corps médical.
Ainsi de nos aïeux, dans les arts, la science, — les lettres, la i)hy- sique et toutes connaissances, — nul ne fut jamais apprenti ; — Mai- l'an n'en fit pas petite bouche à Paris, — et le Roi-Cotillon, qui laissa dans l'histoire — plus de vilenies que de gloire, — les loue dans un mandement — appelé Lettres patentes * : — pour nous point à dé- daigner, — nous en sommes royalement fiers.
Quatre-vingt-neuf de son coup de tonnerre — fit taire les chansons, et sur tout l'univers — bientôt apparut le drapeau — dont la gloire
1 Par lettres patentes données à Versailles au mois de juillet 17GG et enre- gistrées au Parlement de Toulouse le 9 janvier 17G7, le roi Louis XV consa- crait, sous le nom d'Académie royale des sciences et belles-lettres de Béziers,
21 LAS NOSSOS D OR
Ero passât lou tems de cliarrâ sus Hourasso, Sus Houmero, Vergèli e sus touto la rasso D'encantaires^grecs e latis :
La Muzo avio quitat soun nis. . . . Enfin, quand s'amaizet lou bruch de latempesto,
Que digus crentèt per sa testo, Lou bouscage amudit qu'ero sans roussigaol, La cieutat atristado oun cap de gargalliol
Se couflabo de cansounetos,
E qu'ero veuzo d'amouretos, Faguèrou tourna-mai brezilha las causons
Dount ApouUoun sieguet jalons. Apoulloun, . .ou Phebu3,Mins aquel tems, caucagno ! Ero lou Dieu del jour ; digus avio la cagno
— Bèi, sabez, es pla diferen, —
Per caminâ sus un soûl reng
Joust lou drapèu mythoulougique :
Donne Apoulloun, ero lougique,
Ourdounet a sous mai fervens
De reveni crema l'encens
Dessus soun autar sjmboulique. Peraco sans retard, coumo un temple d'esprit,
et le deuil ont fait notre flambeau. — Ce n'était plus le temps de cau- ser sur Horace, — sur Homère, Virgile et sur toute la race — d'en- chanteurs grecs et latins: — la Muse avait quitté son nid. . . — Enfin, quand s'apaisa le bruit de la tempête, — quand nul ne craignit pour sa tête, — le boscage muet, privé de rossignols, — la cité dolente où nul gosier — ne se gonflait de chansonnettes, — et qui était veuve d'amourettes, — firent de nouveau résonner des chants — dont Apollon fut jaloux. — Apollon ou Phébus, en ce temps-là, sans peine, — était le Dieu en vogue ; personne n'était las ; — aujourd'hui, quelle diffé- rence ! — pour emboîter le pas — sous le drapeau de la mythologie. — Donc Apollon, c'était logique, — oi'donna à ses plus fervents (dis- ciples) — de revenir allumer l'encens — sur son autel symbolique. — Pour cela, sans retard, comme un temple à l'esprit consacré, — le
avec de grands éloges pour les travaux accomplis, l'exislence de l'Académi.' l'ondée par Mairan eu 1723.
2
22 LAS NOSSOS D OR
Lou Coulège seguèt cauzit ^ Azais-, Viennet ^, e lou que de Tibullo
— Oun l'amour sempre nous embullo — Avio traduch en francés lasdoussous *, S'i traperou am quauques douttous,
Avoucats e litteratous. Aqui, per un tems, s'i travalho ; Mais sieguetpas qu'un fioc de palho, Uno festo sans lendema. Enfin se dounerou la ma D'omes d'un noble caractero, E foundèrou dedins Bitero Nostro bello Soucietat Que lou vielliun a pas tout a fait rouzigat.
Aici sem; — e, tustan lous veires, Sans nous endroumi sul passât, Beguem, beguem a nostres reires E mai a l'aveni A Fimmourtalitat !
Frédéric Donnadieu. Beziès, 14 mai 1885,
collège fut choisi'. — Azaïs -, Viennet^, et celui qui de TibuUe, — où l'amour sans tin nous séduit, — avait traduit en français les beautés*. — s'y réunirent avec des médecins, — avocats et littérateurs. — Là, quelque temps, on travaille ; — mais ce ne fut qu'un feu de paille, — une fête sans lendemain. — Enfin se donnèrent la main — des hom- mes de noble caractère, — qui fondèrent dans Béziers — notre belle Société, — qui n'est pas encore rongée de vieillesse.
Nous voici donc, et, choquant nos verres, — sans nous endormir sur le passé, — buvons, buvons à nos anciens, — mais surtout à l'ave- nir, à l'immortalité !
Frédéric Donnadieu. Béziers, 14 mai 1885.
' Une réunioa académique eut lieu au commencement, de ce siècle, dans un local du collège ; mais elle eut peu de durée et ne produisit rien au dehors.
^ Jacques Azaïs, l'un des fondateurs de la Société archéologique, père de Gabriel Azaïs, notre secrétaire perpétuel. Ses travaux d'histoire locale, et sur- tout son ri^cu^'il il<^ vhts biterrois ou Ve>:<t's f-ezicii encs, sool assez connus.
VILLANELLES
I
Parlaz-mi de moun aimado Que, triste, ai deugut quità. 0! couro l'aurai troubado?
Coussi vieu la relaissado Que ieu vole vesità? Parlaz-mi de moun aimado.
Emb' elo, moun afFrairado,
Aro vène per resta.
0! couro l'aurai troubado?
Ount s'es elo retirado ; Ount pourrai la devistà? Parlaz-mi de moun aimado.
VILLANELLES
1
Parlez-moi de mon aimée — que, triste, j'ai dû quitter. — Oh! quand la trouverai-je ?
Comment vit-elle, la délaissée — que je veux visiter? — Parlez-moi de mon aimée.
Avec elle, mon amie de cœur, — maintenant je viens pour rester. — Oh ! quand la trouverai-je ?
Où s'est-elle retirée; — où pourrai-je la découvrir? — Parlez-moi de mon aimée.
pour nous dispenser de tout éloge. — -^ Vieanet (Jean-Poos-Guillaurae), de l'Académie française, né à Béziers en 1777, mort à Paris ea 1868.
* Le marquis de Saint-Geniez, traducteur en vers français des Elégies di; Tibulle (1814). Sa traduction est citée comme une des meilleures, avec celle de.VIollevaut (1806),
VILLAN ELLES
Ah! ièn de ma desirado, Pourriei pas pus pacientà ! 0 ! couro l'aurai troubado ?
Pastresd'aquesto encountrado, Se voulez mi voulountà, Parlaz-mi de moun aimado : 0 1 couro l'aurai troubado!'
II
Vèn de mouri, Peirounèlo ', Qu'aimave ieu mai e mai. 0 mort, que tu siès cruzèlo 1
La ploure, la paubarèlo, La qu'aro pas pus aurai. Vèn de mouri, Peirounèlo!
Ero ma migo fidèlo ;
Nous quittavian pas jammai.
0 mort, que tu siès cruzèlo!
Ah! loin de ma désirée, — je ne pourrai plus rester. — Oh ! quaml la trouverai-je ?
Bergers de cette contrée, — si vous voulez me contenter, — parlez- moi de mon aimée. — Oh! quand la trouverai-je?
II
Elle vient de mourir, Pernelle, — quej'aimais tant et plus. — 0 mort, que tu es cruelle !
Je la pleure, la pauvrette, — celle que maintenant je naurai plus. — Pernelle vient de mourir!
Elle était mon amie fidèle; — nous ne nous quittions jamais. — 0 mort, que tu es cruelle !
' Peirounèlo Pi-tronilla , en fraDçais Péronnelle et Pernelle.
SUPER FLUMINA BABYl OMS
E ris la primo nouvèlo : M'adenan soûl anarai. Vèn de mouri, Peirounèlo !
Lasso ! après ma pastourèlo.
Atambe leu mourirai.
0 mort, que tu siès cruzèlo 1
.Ta la nèblo m'emmantèlo : Guaire pus noun souffrirai. Yen de mouri, Peirounèlo! 0 mort, que tu siès cruzèlo !
P. Fesquet.
SUPER FLUMIXA BABYLOXIS
A Babilouno, quand nostros pauros mainados Estendieu vès Sioun de mans entravacados, Pensavian as tourmens de la caitivetad : De nostres ièls mourens de lagremos toumbavou
Ras des flums que coulavou Dedin lus ièch nadau en pleno libertad !
Et le renouveau nous sourit: — mais désormais j'irai seul. — Pe r- uelle vient de mourir.
Hélas ! après ma pastourelle, — bientôt je mourrai aussi. — 0 mort, que tu es cruelle !
Déjà le brouillard m'enveloppe: — bientôt je ne souffrirai plus . Pernelle vient de mourir ! — 0 mort, que tu es cruelle !
P. F.
SUPER FLUMINA BABYLONIS
Au milieu de Babel, sur les bords de ses fleuves, Las, accablés, nous nous étions assis
Pour pleurer sur Sion, sur ses longues épreuves, Sur SCS beaux joins si vite ('vanouis.
2fi SUPER FLUMINA BÂBYLONTS
Erian aqui sétuds, e nostros liros mudos As sauzes deTabro restavou suspendudos, Mcntreque Torre estran, riguen de nostres plous, Nous disié : «Prenez dounc las liros proufeticos
E digas lous canticos Qu'en Juda cantavias d'un cor grat e gaujous.»
Nautres cantà, perque dins aquesto gent malo S'entendiou las cansous de la terro mairalo ! . . . Nou; jammai al païs ount avèn tant gémit, Per lou fier aversié que tout jour nous atisso
Et qu'avèn près en tisso, De nostres cans dévots lou brutz sero p'auzit.
Santo Jérusalem, nostro maire alanguido,
Que sonos vanamen ta famiho faidido
E que beleu papus de ma vido voirai,
Se dévié, ta memorio, un jour estre escrafado
De ma tristo pensado, Se tu deviès quità d'estre ce qu'aim' al mai.
Que ma lengo tapoun cousento, dessecado, Tengue à moun paladar e que sempre empachado
Nos cithares pendaient aux saules de ces rives, Quand tout à coup nos rudes oppresseurs
Vinrent brutalement de nos tribus craintives, Comme à l'envi, raviver les douleurs.
(( Ils voulaient, disaient-ils, entendre nos cantiques Et se distraire à nos accords joyeux ! , , .
Ils voulaient que les chants de nos fêtes publiques En ce moment retentissent pour eux 1 »
Ah ! comment vous chanter, nymnes de la patrie. En notre exil, devant un peuple vain ?
Si jamais je t'oublie, ô ma terre chérie,
Qu'au même instant se dessèche ma main !
Que de taire ton nom ma langue soit foi'cce, Si ta mémoire, objet cher à mou cœur,
SUPER FLUMINA BABYLONIS
Noun piesque faire auzi que de sounsfrevoulits; Qu'en despièch de l'esfos de ma man tremoulanto,
Ma liro brounzinanto Si taise e reste queto en mous detz araulitz !
Etern, o souven-ti de l'ouro espaventablo Ount des efans d'Edora Tesclato détestable Dounavo de couret à l'envaire lassât : « A bassac ! à bassac ! » eles toutes cridavou,
E lous nostres toumbavou Couvrits par lous derocs de la santo cieutad.
Mes toun jour es pas ièn, damnouso Babilouno, Qu'as fatz de nostre front destacà la courouno. Leu veiras de vitous, per tous baris dourbits, Empourtà lous trésors qu'amassos numerouses,
En trepeïan irouses, De tous tendres felens lous cadabres bouldrits.
P. Fesquet.
N'est dans mes vers sans trêve retracée.
Ou cesse un jour de faire mon bonheur !. . . .
Souviens-toi, juste Dieu, des fils de l'Idumée Poussant sur nous des ennemis divers,
Et criant : « Par le feu venez voir consumée Jérusalem, source de nos revers ! »
?]t toi, fière Babel, pour nous si redoutable, Qu'il te soit fait au gré de nos souhaits !
Qu'il s'élève bientôt, cruel, inexorable, Un roi vengeur pour punir tes forfaits !
Que l'ennemi vainqueur soit pour toi sans entrailles Et sans merci pour tes peuples hautains ;
Qu'il broie en sa fureur et contre tes murailles Le faible enfant anach(^ de tes mains!
P. F.
LOU VAUVENARGO D'ENRI POUNTIÉ
Qu's aquel apensamenti? Rabelais, que de tout galejo? Montaigne, sourrisènt scepti ? La Bruyère, qu'un pintre envejo?
Montesquieu, d'esté dôumati? Voltaire, esprit fin, amo vejo? 0 lou prefouns De Maistre? — Es-ti Un qu'esclèiro? Un que beluguejo ?
Es un vas clin, grèu de trésor
Qu'a bôudre an mounta de soun cor.
Mai lou front plego sout lo cargo.
Dôu genio a la malautié :
Es noste Pascau, Vauvenargo:
Es l'obro majo de Pountié.
LE VAUVENARGUES D'HENRY PONTIER
I
Quelle est cette (statue) pensive? — Rabelais, qui de tout plaisante? — Montaigne, le souriant sceptique? — La Bruyère, qu"un peintre envierait?
Montesquieu, à la dogmatique allure? — Voltaire, esprit fin, âme vide, — ou le profond De Maistre? Est-ce — un (de ces esprits) qui éclairent? un (de ceux-là) qui scintillent?
Ce (front) est une urne inclinée, lourde des trésors — qui à foi.son sont montés du cœur. — Mais il ploie sous la charge.
11 a le mal du p:énie. — C'est notre Pascal, c'est Vauvenargues; — c'est l'œuvre majeure de Pontier.
LOU VAUVENARGO d'eNRI POUNTIÉ
II
Prendre un orne sus sa cadiero E, vis-à-vis d'eu asseta. Luca sa fàci, misto o fiero, E, fiero 0 misto, la pasta.
Quinto creacioun vertadiero ! Mai i' a 'n triountie, en verita. Qu'es en-subre ; e bouco badiero, Ais, encuei, Tamiro espanta:
Quand d'un se saup ni lou carage, Ni l'èr, — tout bèu just l'abihage, — Lou faire sorge viéu dôu cros,
Vaqui^lou miracle, o felibrc.
Qu'as fa. — Mount as vist toun eros ?
Dins un mirau fidèu, soun libre.
A. DE Gagnaud.
Pourchiero. d'abriéu 1883.
Il
Prendre un homme sur son siège. — et, assis en face de lui, — scruter son visage doux ou fier. — et, fier ou doux, le pétrir,
Quelle vraie création ! — Mais, en vérité, il est un triomphe — au-dessusj (de 'celui-là); et, bouche béante. — Aix étonné Tadmire aujourd'hui.
Quand de quelqu'un on ignore les traits — et l'expression, que tout au plus (on sait) son vêtement, — le faire sortir vivant du tombeau,
Voilà, ô félibre, le miracle — que tu as fait. Où (donc) as-tu vu ton héros? — Dans un miroir fidèle, son livre.
A. G.
SOUNETS AMOUROUSES
VIELS PREGITS
Voudriei ben estre au fin founs de la mar, Ou sus un pioch quauque roc insensible ; Voudriei ben estre un soucàs impassible, Per senti res me pouni dins ma car.
Ai trop aimât, — hou recounouisse tard, — Una enfant qu'es despietousa au poussible ; Soufrisse un mau cousent, afrous, ourrible ; N'en sabe ges, aval de pus amar.
Diéus inmourtals, que la pietat flourigue Dins voste cor; voulountàs que mourigue, Ou que lèu siegue en marbre tremudat,
A soula fi que dins tant freja essença Pogue milhou supourtà Tescasença D'un misérable aimant sans estre aimât,
SONNETS AMOUREUX
VIEILLES PLAINTES
Je voudrois estre au profond de la mer. Ou teur un mont, quelque roclie insensible. Je voudrois estre une souche impassible, A celle fin de ne pouvoir aymer. Pour aymer trop et pour trop estimer Une beauté rigoureuse au possible, Je souffre au cœur un tourment si terrible Qu'il n'en est point là-bas de plus amer. Dieux immortels, si la pitié demeure Dedans vos cœurs, permettez que je meure Ou que je sois en marbre transformé, A celle fin qu'en si dure nature Je puisse mieux supporter l'avanture D'un misérable ayniant sans estre aymé.
Guy de Tours. Souspii's amotireux . Sonnet xxix.
SOUNETb ÂMOUROUSES 31
LOU MIOSOTIS
Dins la prado fresqueto, — au bord dôu clar vala, Mostre, quand vèn abriéu, — ma courolo mignouno : Dis iue de FEnfant-Diéu ', — si cinq fueio en courouno An bèn li couloureto — e li rai estela.
La chato au front pensiéu — arribo e me meissouno, Coupe d'autri floureto — e li blavet dôu blad ; Tôuti pèr sa maneto, — emé bon biais mescla, Fourman bouquet gentiéu — qu'amiro la chatouno.
— (( Floureto de la prado. — a fa, sias pèr moun bèu ; » Pourtas-ie mi pensado — e moun amour fidèu, » Mis espèr, mi désir, — mi dous raive de femo;
i> E tu la pus pichoto, — en ie parlant tout bas, » Digo-ie : De Mignoto, — ami, n'ôublides pas » Li tourment, li souspir — e li caudi lagremo. »
* En Prouvènço, dison au miosotis lis iue de VEiifant Jcsus.
LE MYOSOTIS
Dans la fraîche prairie, au bord du clair ruisseau, — je montre, quand avril arrive, ma mignonne corolle : — des yeux de TEnfant- Dieu', ses cinq pétales en couronne — ont bien les couleurs tendres et les rayons étoiles.
La jeune fille au front pensif vient et me coupe, — avec d'autres fleurs et les bleuets des blés ; — toutes, arrangées avec art par sa main, — nous formons un bouquet charmant qu'elle admiVe.
« Fleurettes de la prairie, fait-elle, vous êtes pour mon adoré; — portez-lui mes pensées, mon fidèle amour, — mes espérances, mes désirs, mes longs rêves de femme ;
Et toi. la plus petite, en lui parlant à demi-voix, — dis-lui: De Mignonne, a.m.i,)i' oubliez pas — les tourments, les soupirs et les lar- mes brûlantes.
' Ea Proveuce, le myosotis porte le nom d'i/eiix de l'Enfant J<i.^it^.
32 SOUNEIS AMOUROUSES
PREGUIERO A la chato que, me diguént un jour : « Ai pantaisa de vous me remembré li vers de V. Hugo
Donnez
Afin d'être meilleur, afin de voir des anges Passer dans vos rêves, la nuit.
Dins ini suau pantai, lou qu'avès vist passa, N'a pas d'un anjounèu lis alo immaculado: Dôu mau a mai d'un cop couneigu l'embulado, E dins soun cor d'enfant forço espigno an poussa.
Vosto aparicioun fugue la ventoulado Que boufè dins soun cèu pèr li nivo cassa; E despièi, d'un amour que rèn pou amoussa, A coume un serafin sa pauro amo brulado.
N'en dis mot à degun, se coumplais dins soun mau ; Sertis vosto bèuta dedins un vers d'esmau 0 repasse dins eu li grèu soucit qu'enduro.
A besoun de pieta, car es bon, jouine e dous ; Atambèn, se vonlès calma sa blassaduro, Digas-ie d'entre-tèms : « Ai pantaùa de vous.»
PRIÈRE
A la jeune fille qui. me disant un jour: < J'ai rêvé de vous », me rappela les vers de V. Hugo
Donnez
Afin d'être meilleurs, afin de voir les anges Passer dans vos rêves, la nuit.
Celui que, dans un rêve suave, vous avez aperçu, — n"a pas les ailes immaculées d'un ange; — du mal il a souvent connu l'embûche, — et bien des épines ont poussé dans son cœur d'enfant.
Votre apparition fut le vent — qui souffla dans son ciel pour chas- ser les nuages ; — et depuis, d'un amour que rien ne peut éteindre, — il a, comme un séraphin, sa pauvre àme brûlée.
11 n'en .lit mot à personne, se complaisant dans son mal ; — il sertit votre beauté dans un vers d'émail, — ou repasse intérieure- ment les griefs soucis qu'il endure.
11 lui fuit lie la iiilié, cai- il est bon. jeune et doux; — aussi, si vous voulez calmer {\a douleur de sa blessure, — dites-lui parfois: « J'ai rêvé de vous. »
SOUMETS AMOUROUSKS P3
JOUR DE BRU MARI
Deforo fasiè 'n tèms! un tèms de fin d'autouno. Despièi vue jour la plueio, e la nèblo, e lou veut; Preissa, pèr la carriero, orne, femo, jouvènt, Couri'ièn coume un troupèu que lou chin amoulouuo.
Eli, dins la chambreto ounte abrigon souvent Lou l>onur très cop sant que Jouvènço ie douno, Disièn à pleno voués, e felibre. e chatouno, Dôu drame de Bornier' quauque tros esmôuvént.
Eujougavo Gerald; elo, lajouino Berto. La passioun, à la fes pudico e descubèrto, Sourtié de chasque mot, dounant vido i tablèu. . .
Quaucarèn d'angeli cantavo dins lou membre ; E iéu, lis escoutant, ôublidave Nouvèmbre. . . . Jamai s'èro caufa, moun cor, à tau soulèu.
La Fiho de Rouland.
JOUR DE BRUMAIRE
Il faisait dehors un temps 1 un temps de fin d'automne. — Depuis huit jours, la pluie, et le brouillard, et le vent; — pressés dans la rue, hommes, femmes, jeunes gens, — couraient comme un troupeau que le chien rassemble.
Eux, dans la chambrette qui souvent abrite — le bonheur trois fois saint que la jeunesse leur donne, — disaient à pleine voix, et félibro, et jeune fille, — quelque passage émouvant du drame de Bornier'.
Lui jouait (le rôle de) Gérald, elle (celui de) la jeune Berthe : — la passion, à la fois pudique et visible, — jaillissait de chaque mot, animant les tableaux.
Quelque chose d'angélique chantait dans la salle ; — et moi, les écoutant, j'oubliais novembre. — Jamais mon cœur ne s'était réchauffé à tel soleil.
i La Fille de Roland.
34 SOUNETS AMOUROUSES
PERQU'ERE TRISTE
A Liso, que me demandavo Tencauso de ma tristesso lou jour dou premié de l'an
Sounjave, aièr matin, à ma jouvènço morto, Is an que lou tèms raubo e que nous rend jamai ; I jour ounte enfantoun, parpaiounet pèr orto, Etèrni cujave èstre e flour, e mes de mai.
Sounjave is ilusioun qu'un vèspre Tauro emporte, Ajustant d'autri pes i pes de nèste fais; E m'ère resôugu de pestèla ma porto
1 vot trop messourguié que lou mounde nous fai.
Dins un pantai doulènt se moustravo ma vido Tant sourno que clamave : « 0 Mort, fugues avido ! Mando lèu depasturo i vermas afama! »
Quand revenguère à iéu, quand tourné ma pensado, M'atroubère, traçant sus la vitro neblado, De la pouncho dôu det, voste noum bèn-ama.
P. Chassart.
2 de janvié.
POURQUOI J'ÉTAIS TRISTE
A Lise, qui me demandait la cause de ma tristesse le premier jour
de l'an
Je songeais, hier matin, à ma jeunesse morte, — aux années que le temps vole et ne nous rend jamais; — aux jours où, petit enfant, papillon dans la campagne, — je croj-ais éternelle la durée des fleurs et du mois de mai.
Je songeais aux illusions que le vent emporte le soir, — ajoutant d'autres poids aux poids de notre fardeau ; — et j'avais résolu d'inter- dire ma porte — aux souhaits menteurs que nous adresse le monde.
Dans un rêve pénible, ma vie se montrait — tellement sombre que je criais : (c 0 mort, sois donc avide! — Fournis quelque pâture à la voracité des vers ! . . .
Lorsque je revins à moi, quand j'eus repris ma pensée, — je me trouvai, traçant sur la vitre bueuse, — de la pointe du doigt, votre nom bien-aimé.
P. Chassakv. 2 janvier.
VARIETES
HOULE
Entre autres vocables romans qui semblent dériver du latin plutôt que du celtique ou des langues germaniques, il faut citer le français houle, en espagnol ola.
D'après M. A. Brachet [Dict. étym. de la lang . fr.), houle nous est venu du breton houl, a vague. » Mais, en réalité, ce mot pourrait n'être qu'une modification de urultila, diminutif de itndaj « vague, houle . »
En effet, selon les règles connues de la phonétique romane :
a) Quand l'atone u de undûla est tombée, il reste und'la ;
h) Or le d de und'la étant muet s'efface, et und'la se réduit à un' la */
cj Puis, par assimilation des dissemblables ni, un'la fait place à ulla V
d) Ensuite, selon la tendance à la moindre action, ulla se contracte en ula ^;
e) Mais u, de ula ne reste pas tel : il se modifie en o, d'où ola'*;
1 Règle: « Si par chute de la voyelle il y a rencontre de trois consonnes, celle du miheu tombe, si elle est muette. » Voy. Saint-Galmier — sanctus Baldomerus, — italien manucure = manducare, — lang. amenlo = amyg- dala, — arroche = atriplica (arriplica, arripl'ca, arrip'ca, arrica, arroca, car i =r 0 (fr. semoule = simila, — ordonner ^ ordinare, — galoches = galli- cas, — GéDolhac, nom de lieu, Gard = Juniliacum, etc. Atriplica mis pour atriplex, comme facia pour faciès, — glacia pour glacies, junica pour junix, icis, — hirunda pour hiruudo, etc.
* Cf. corolle, lang. courolo := corolla (pour coronula, coroo'la, corolla), — lang, ^oWo, italien culla =^ cunula (cunla, cuila), italien lulla, « douve du fond du tonneau » pour lunula, — au Vigan (Gard), espillo , épingle = spinula, etc. V. latin villum (pour vinulum) dimin. de vinurn.
3 Pour // = I, cf. coule, froc (cuculla), — ampoule (ampulla', — lang. oulo (olia), alevin (allevamen), — pelisse (pellicia), etc.
* Cf. fr. échaudole (scandula), girandole (girandula), colombe (columba\ tombeau (tumellus, dimin. de tymbus), ormeau (ulraellus), onde (unda), sp. ola, houle, vague (lat. undûla). — Uq^. fade manipolos, agir en dessous, tromper, duper (manipulas), concombre (cucumen.
36 NECROLOGIE
/■) A son tour, o de ola se change en ou en français, d'où oula '.
(j) De plus, a de oula devient e, comme dans fève = faba, — sève = sapa, — case = casa, — pelle = pala, — rose = rosa, etc., et nous arrivons à
h) ouïe, qui pourrait bien être passé dans l'usage sous la forme de houle, comme huile (d'oleum), houe (d'occa), huis (d'ostium), huit (d'octo), huître (d'ostrea), hurler (d'ululare), etc.
Donc, si toutefois notre démonstration pouvait être admise i^t produire une conviction scientitique, /iO(i/e dériverait du latin undûla .
P. Fesquet.
NÉCROLOGIE
M. Melchior Barthès
Au moment même où le deuxième et dernier volume des Flouretoti (le mountagno fut déposé sur le bureau de notre Société, un compte rendu détaillé de ce livre, non moins intéressant par le dialecte dans lequel il est écrit qu'attrayant par les nombreuses poésies qu'il ren- ferme fut confié à l'un de nous. La rédaction de cette analyse a été retardée par diverses circonstances, que celui qui s'en était chargé a dû subir. En attendant qu'elle paraisse, nous avons aujourd'hui le triste devoir d'annoncer la mort de l'auteur même qui en était l'objet.
M. Melchior Barthès, pharmacien honoraire de première classe, fé- libre majorai, auteur d'un Glossaire botanique languedocien-français- latin, honoré d'une médaille d'or par la Société de botanique et d'iiis- toire naturelle de l'Hérault, membre et lauréat de la Société pour l'étude des langues romanes et de plusieurs autres sociétés scieutiti- qiies et littéraires, s'est éteint le 18 février 1886, à Saint-Pons-dc- Thomières, sa ville natale, dans laquelle s'était écoulée à peu près toute sa vie.
Victor Rettner, notre infortuné confrère, dont les vers ont plu-
' Cf. ourlf^r inriilarfl . oublier (ohlitarfi . outre utrem). laug. oulo (olla).
NECROLOGIE 37
sieurs fois enrichi les pages de cette Eevue, et qui, comme Gilbert et Hégésippe Moreau, a fini ses jom-ssur un lit d'hôpital, était aussi né dans cette ville.
M. Melchior Barthès avait soixante-huit ans. Bien qu'ilfùt parvenu aux portes de la vieillesse, il y a lieu de s'affliger que la cruelle ma- ladie qui avait peu à peu anéanti ses forces physiques, sans rien lui enlever de sa vigueur intellectuelle, ne lui ait pas laissé le temps d'achever son oeuvre et de nous donner encore d'autres travaux. C'était, nous ne craignons pas de le dire, un savant consciencieux et modeste, dont les talents et les aptitudes, confinés durant toute une vie dans un entourage bien restreint, auraient pu, sans contredit, paraî- tre et se développer honorablement dans un autre milieu. Enkmann- Chatrian disent, dans un de leurs romans nationaux: « Souvent les hommes d'un grand talent s'enterrent à droite et à gauche dans de petits endroits où personne ne se doute seulement de ce qu'ils valent. Ils prennent tout doucement leur pli, et disparaissent sans qu'on ait parlé d'eux. » (Le Blocus, XV) '. Ce type honorable, méconnu des es- prits superficiels qui jugent les hommes d'après les qualités exté- rieures, se rencontre encore chez certains pharmaciens de petite ville, véritables et souvent seuls conseillers possibles de l'autorité et de leurs concitoyens dans une foule de questions qui intéressent la santé, l'hygiène publique, les applications de la science à l'industrie et aux arts.
Tel a vécu M. Melchior Barthès, ayant cherché avant tout à se ren- dre utile. La publication de son Glossaire botanique languedocien est une preuve des efforts heureux faits par lui dans ce but. Ce livre a été jugé comme il le mérite par un de nos anciens confrères, dont voici les paroles^ :« La plus importante des œuvres de M. Barthès, » dans l'ordre de leur publication, fut celle de son Glossaire de bota- » nique, dont le résultat a été d'établir et de fixer la flore de l'ar- » rondissement de Saint- Pons, après en avoir soigneusement recueilli » les espèces végétales et définitivement fondé l'herbier.
» Le jury de la Société d'horticulture et d'histoire naturelle de l'Hé- » rault, dont nous avions l'honneur de faire partie, frappé de l'utilité » et de l'importance de ce Glossaire, décerna à son auteur une mé- » daille d'or. Ce fut la légitime récompense d'un ouvrage dans lequel
1 Cette nouvelle contient ua moi patois très-bien réussi pour des auteurs étrangers par leur naissance à notre Midi et à notre littérature. Le négociant de Pézenas qui expédie au père Moïse, une bonne tigure de juif, principal per- sonnage de l'ouvrage, les douze pipes d'eau-de-vie, s'appelle M. Quataya.
■' Ch. Cavallier, notaire honoraire, Étude hi/jlio'jmphique et littéraire sur if Melchior Barthès, [Messager du Midi du 31 mars 1886.)
38 NECROLOGIE
i> chaque plante est désignée par ses noms néo-romaus languedo- » ciens, ses noms français, latins, ses propriétés, ses usages, ses pro- yy duits, après avoir été méthodiquement classée dans la famille bota- » nique à laquelle elle appartient.
» Il est facile, en parcourant ce volume, de se rendre compte des » longues et laborieuses recherches qu'a dû coûter à M. Melchior » Barthès sa composition.»
M. Melchior Barthès nous appartient surtout coumie romauisaut. L'étude bibliographique annoncée permet d'ajourner le jugement que l'un de nous portera sur son œuvre. Rappelons, en attendant, que c'est à Montpellier que son talent a été spécialement reconnu et en- couragé. A part la médaille d'or décernée à son Glossaire par la So- ciété d'horticulture et d'histoire naturelle, son premier volume des Flouretos de mountagno reçut en 1878, de la Société pour l'étude des langues romanes, une médaille d'argent. Le deuxième, celui-là même tlont l'apparition a précédé de si peu de temps sa mort, et qui peut être regardé comme son testament poétique, fut honoré en 1884 d'une médaille d'or dans le concours littéraire ouvert à l'occasion du cente- naire de Favre.
Dès aujourd'hui, deux points peuvent être mis en lumière.
L'examen des dates inscrites à la fin de plusieurs des pièces qui composent ce dernier volume démontre que M. Melchior Barthès a été félibre avant même que le félibrige existât. Il en est de ces pièces qui remontent à 1842. Toutes, sauf celles qui occupent les derniè- res pages, sont antérieures à 1854, époque où les sept poètes de Fout- segugne posèrent les fondements de la vaste association littéraire qui a poussé, depuis, tant de rameaux, et qui, au moment où les dialec- tes locaux semblaient menacés dans leur existence, leur a infusé pour bien des années encore une nouvelle vie, en leur empruntant la ma- tière verbale de poëmes déjà nombreux, dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre, et en établissant des écoles philologiques régionales destinées à les étudier, à les purifier, à les protéger. M. Melchior Barthès n'a pas attendu la constitution du félibrige pour écrire dans la langue de son pays et pour l'aimer. Sans vantardise et sans honte, il a fait briller en des temps d'oubli le flambeau de la poésie lan- guedocienne, et il doit occuper un rang distingué parmi les auteurs qui ont assuré la vitalité d'une tradition près de s'éteindre. Son con- temporain et correspondant Peyrottes, le potier de terre de Cler- mout-l'Hérault, mon compatriote et l'ami de ma famille, mérite d'être placé près de lui à ce point de vue; mais il n'a pas eu, comme lui, le bonheur de voir la glorieuse et universelle expansion de la renaissance provençale. Il est morten 1858, dans toute la force de l'âge et du talent, honoré et regretté comme un frère parla brillanle pléiade de l'école
NECROLOGIE 33
d'Avignon, qui Taiirait regretté bien plus encore si, comme moi, elle avait pu jeter un coup d'œil sur le manuscrit de ses œuvres com- plètes, méthodiquement classées par lui-même et prêtes, pour ainsi dire, à être envoyées à l'imprimeur. On m'a dit que j'étais désigné pour en faire l'édition. Il est cà craindre que l'exercice absorbant de la pro- fession médicale ne m'en laisse pas le temps'.
Voici le second point. En dehors même de la Provence, un grand nombre de ceux qui ont rimé en langue d'oc n'ont pas résisté à la sé- duction dudialectedeRoumanille, d'Aubanel etdeMistral. On a peu à peu cédéàla magie de la forme, et, après avoir lu les œuvres des grands maîtres de notre renaissance, soit coquetterie philologique, soit pour leur rendre hommage, on a voulu aussi composer dans leur idiome. Il n'y aurait pas grand mal à cela, tout pouvant être imité dans un bon modèle, si la trop grande généralisation de l'habitude ne devait entraî- ner l'abandon de la langue que plus d'un d'entre nous a entendue dans son enfance, et la faire considérer à la fin comme un mauvais instrument, bon à être brisé ou tout au plus conservé parmi les curio- sités archéologiques. Cette unification dialectale est contraire, hâtons- nous de le dire, à l'essence même du félibrige. Roumanille inséra dans Il Prouvençalo, parues en 1852, des pièces de Moquin-Tandon, de Peyrottes et de Jasmin. Romanisants et félibres, nous ne devons pas oublier que la variété même de nos idiomes fait un des charmes de nos études. Ne soyons pas plus Provençaux que les Provençaux eux_ mêmes : nous sommes de la même armée, sans être du même régi- ment.
Notre ami Albert Arnavielle, qui n'est pas le dernier parmi les fé- libres, nous a assuré qu'il n'avait fait qu'une seule infidélité au dia- lecte cévenol; encore s'agit-il, dans l'espèce, de son Nouvè remouUnen^ qu'il dut bien composer dans le dialecte parlé par les gens qui devaient le chanter. Patriote pendant sa vie entière, M. MelchiorBarthès a con- servé jusqu'à la mort le monothéisme du dialecte saintponais, qui lui a paru suffisant pour exprimer les sentiments les plus variés, depuis les plus gais jusqu'aux plus sévères. Les Flouretos de mountagno sont,
1 Cet article était composé quaad nous avons lu dans le n° 2 de V Union des Reinies méridionales, organe hebdomadaire de la Proye?ice(Marseille, 18 avril 1886), l'annonce de la prochaine apparition d'un ouvrage de M. Thaddee Suche, ayant pour titre les Poètes provençaux antérieurs à 1854. Il y là le sujet d'une œuvre très-instructive d'histoire littéraire, qui doit franchir les limites de la Provence proprement dite, même celles de l'ancienne Province Romaine, dans laquelle Agen, pays de Jasmin, n'aurait pas été compris, et s'étendre à tous les pays de langue d'oc, c'est-à-dire, à peu de chose près, à la moitié de la France.
40 NECROLOGIE
pour ainsi dire, l'hisloirode sa vie. Son mariage, sa vive affeetion pour celle qui a parta<;é son sort, la naissance de leurs enfants et la mort de l'un d'eux, les faits principaux dont il a été témoin à Saint-Pons, les particularités de sa carrière pharmaceutique, ses regrets de l'aliénation partielle d'une forêt communale où il allait cueillir ample moisson de plantes pour ses herbiers et probablement aussi de sujets de poésie, que la joie de faire un peu d'école buissonnière en dehors de son of- ficine, véritable prison scientifique où le pharmacien passe presque toute son existence, devait naturellement lui inspirer, événements gais ou tristes, souvenirs aimés de la vie d'étudiant, tout se trouve dans ce livre ondoyant et divers comme la vie humaine. M. Melchior Bar- thès y a ri tour à tour et raillé, pleuré et prié dans la langue de ses pères. Elle lui a fourni des accents qu'il a pu s'appliquer en maintes circonstances, même dans les plus solennelles. Jeanne d'Albret, en donnant le jour à Henri IV, chantait, dit-on, dans l'intervalle des douleurs, ]v fameux cantique béarnais :
Nosta Dona del cap del Pont, Ajudas-nos en aquesta hora.
Il nous a été dit c^ue les lèvres mourantes de j\I. Barthès nmrnui- raient cette stauce que nous avions lue dans son ouvrage, et dont le rappel en un pareil moment fut l'aflîrniation la plus éloquente de la constance des sentiments religieux qu'il avait toujours professés :
Soulel de l'univers, divine Prouvidenso, Siès la counsoulaciu dal que vous vol aima; Serès, tant que viurèi, toulo moun espereuso. Que la mort me susprengue uno creux à la ma ' !
Nous sommes heureux d'avoir pu consacrer quelques lignes à ce pu-fait honnête homme, modèle d'intégrité professionnelle et de ver- tus publiques et privées.
Adelphe Espagne.
I Flouretos de mou7ita(jno, t. II, p. 27 [lou Divendres sant, ou la Pussiii
de Nostre-Segne) .
BIBLIOGRAPHIE
Documents historiques bas-latins, provençaux et français, concer- nant principalement la Marche et le Limousin, publiés sous les auspices de la Société archéologique et historique du Limousin, par Alfred Leroux, EmiJe Molinier et Antoine Thomas, anciens élèves de l'École des Chartes. — Limoges, imprimerie-librairie veuve H. Ducourtieux. 2 vol. in-8°, 18So- 1885.
Cet important recueil, qui comprend plus de 700 pages in-S", inté- resse surtout les études historiques ; mais plusieurs des documents qu'il renferme ne sont pas d'un moindre prix pour le philologue que pour l'historien . Il faut citer en première ligne un certain nombre de chartes limousines que M. Thomas, car c'est à lui qu'incombait cette partie de la tâche des éditeurs, a publiées et en partie traduites avec le soin et l'exactitude qu'il apporte à tous ses travaux. Trois de ces chartes font partie d'un cartulaire de l'aumônerie de Saint-Martial, rédigé, d'après M. A. Leroux, au Xle siècle. Ce seraient de beaucoup, dans ce cas, les plus anciennes du recueil ; mais l'époque est peut-être un peu trop reculée. Les autres s'échelonnent entre 1200 et 12G0. Les documents latins contemporains ou antérieurs offrent aussi matière à d'utiles observations, à cause des noms propres de lieux ou de person- nes en pur roman que l'on y rencontre.
Un compte rendu détaillé du recueil de MM. Leroux, Molinier et Thomas, ne saurait trouver place ici ; je dois me borner à quelques re- marques sur la partie philologique de la publication .
T. r, p. 22, n. 2. Montjuuvi dérive, à mon avis, de montem gamlii, et non, comme le croit M, Thomas, de Montemgaiidivum, qui aurait donné Monjauviu. — P. 34, 1. 3, fitho . Faute d'impression pour filho. Cf. la note. — 56, 1. 5, Champalima. On aurait aimé trouver une note sur ce nom de lieu, qui rappelle Champalinum. le type bien connu du Calino limousin. — 83. Dlnsel ? Ne serait-ce pas plutôt d'Uisel? — 144, 1. 1 . Je lirais la RaoJfeta, et de même, à la ligne sui- vante, la Bolessa, la Petita, et plus bas, la Munia (ou mieux la 3Iun- jaf). — Ihid. 1. 3 du bas, du Brut. Faute d'impression pour c?eu .* C'est dans tous les cas ce qu'il faudrait. — 149, pièce no 31, 1. 3 et 8, qui ste. Pourquoi ne pas écrire ^-mî-s <e.^ Sans doute pour reproduire sans changement la graphie du ms. Mais cela peut dérouter le lec- teur. J'écrirais aussi, ibid., n'Ato, plutôt que Nato. De même, p. 151, n'Aisiliiia, plutôt que n'Aci. . . — Pourquoi, dans cette même pièce, ^ nd no serait-il pas e nom (in uomiuc), aussi bii^u et mieux que et dont-
42 BIBLIOGRAPHIE
num? — 152, 1. 6, al'oups. Corr. uops, ou est-ce une faute d'im- pression ? Ihid. J'écrirais, pour les raisons déjà données, n'apertenia, n'eren, Il Esteve, etc . Ce ne serait du reste que logique, puique M. Th. écrit qu'il, l'ups, etc. Ihid. 1. 9, « efer.» La traduction indique que M. Th. a vu un là adjectif = lat. inferum, h\en qu'il ne l'ait pas noté au vocabulaire. Je crois que c'est à tort. Le sens doit être : «. . . le chemin qui part du carrefour et aboutit (efer) an fossé.» Cf. Godefroy soua fei'ir. — La lin de la même pièce ne me paraît pas avoir été très- bien comprise, et cela parce que M. Th. y a méconnu, ce me semble, la véritable signification deill, qui est ici, à mon avis, non pas j^ro- nom personnel, mais pronom démonstratif, comme en d'autres tex- tes. Il faut traduire en conséquence : a Et ceux qui en étaient bailes confirmèrent la donation », au lieu de: « Et ces derniers qui. . .» Une ligne plus bas on retrouve ce même pronom dans le même rôle de dé- monstratif : il las Moleiras = ceux des Moleiras, et non les las Molei- ras, comme a traduit M. Thomas, ce qui est un peu différent. Il d'ail- leurs ne saurait être une forme de l'article ; il faudrait li . La phrase dont cet il est le sujet est assez obscure. Je soupçonne un parfait plu- tôt qu'un subjonctif présent dans achapten. Le scribe aurait pu faci- lement omettre à la droite du t le signe abréviatif qui vaut er. Il fau- drait mettre à la vestizo de Fonlop far entre deux virgules .
P. 153, pièce 34, 1. 6. s'en. Lis. s'eu; faute d'impression. N'y en a- t-il pas une autre dans ce qui suit immédiatement : non a faziaf Cette forme a, pour ^oc^ serait dans un texte limousin bien extraordinaire. P. 157, 1. 20. La forme mair = mais, qu'on lit ici, est-elle sûre? Le glossaire ne la mentionne pas. Elle ne serait pas d'ailleurs plus surprenante que mar et mor, l'une et l'autre bien connues, — Ihid. 1. 10, cui cel avem. Corr. cin(=sin; cf. même p. cea^=sea) celaven? Le passage n'est pas très-clair. — 159, 1. 18, lire aqui on. — L. 19, i an fasen = y aille faisant (c'est-à-dire y fasse); le point d'inter- rogation placé après an est donc à supprimer.
P. 175,2. Pourquoi changer es ani en e am? es, pour ef, est une forme bien connue. — 178, 1. 29, lis. s'i aperte. — 197, 1, 7 du bas, ou fossat. C'est déjà la forme actuelle du datif de l'article (==. au), et il est intéressant d'en constater l'existence à une date si reculée (1288).
P. 308, dernière ligne du texte. C'est à tort que tautum a été sub- stitué ktamen. Ce dernier adverbe est bien celui qui convient. L'édi- teur n'a pas vu qu'on fait ici allusion à la parenté spirituelle qui se contracte entre le parrain et la mère, ou entre la marraine et le père d'un enfant baptisé, et qui est un des empêchements du mariage.
T. II. P. 5,1. 7. veit. Le sens paraît être vint. Faut-il corriger veintï ou cenit? Il y a d'autres mots latins dans ce document. —
BIBLIOGRAPHIE 4î
Jhid. 1. 14 et 16, avent. hive auenf. C'est de cette forme que s'est ensuite développé auvent, par l'insertion du digamma. — L, 14, lo jotze. C'est probablement un surnom. Il faut, par conséquent, écrire Jotze. Cf. p. 24, art. 8, p. 25, art. 50. — 14. Le verset rapporté dans la note 1, et qu'on trouve souvent cité dans les testaments du moyen âge, n'est point tiré des apocryphes. Il est aussi authentique et canonique que possible. Cf. Revue des l. rom., XXII, 174, 3-7. — 21, 1. 2. Pourquoi ne pas écrire a la Cumba, et, ligne suivante, u la Clausura ? et de même encore un peu plus bas, al Forn, a la Meanla ? p. 23, dernière ligne, al Poi? — 24, 1. 4, lis. auent. — L. 14, hleih. Corr. meilz ? Le mil et le maïs (panitz) sont souvent nommes ensem- ble. Voy. Du Gange, sous pamctM?« .
Avant V'mdex rerum et Vindex nominum, l'un et l'autre très-co- pieux, on trouve un glossaire provençal que j'ai déjà mentionné plus d'une fois et qui est fort court, car l'auteur n'y a voulu comprendre que «les mots, les formes et les sens qui ne figurent pas dans le Lexi- que rotnaîi, ou qui oiïrent un intérêt philologique particulier. » On y peut relever plusieurs omissions : par exemple, absas, I, 177; estanc, I, 159; eu (= el) I, 165; ostra, I, 181; la locution vendent e com- l^rant, I, 177. Quelques mots sont mal expliqués ou ne le sont pas, qui auraient pu l'être. Justa est une espèce de bouteille, de vase à li- quides. Voy. Du Cange, sous ce mot. — Avena mespezol est Y>QVit-èiY(i de l'avoine mélangée de pois (mest pezols). Cf. passim aques pour aquest, et quant à piezol, qui manque à Eaynouard. voy. Du Cange, sous ^esaî^. — Empaitrier n'a pas, ce me semble, la même origine que le fr, empêtrer. J'y vois une autre forme de empachier, c'est-à-dire empaitier, où la liquide se sera introduite, comme il arrive souvent après t. Cf. trésor, fristre, env. fr., etc., etc. — Tressia est, par mé- prise sans doute, qualifié d'adverbe. C'est une préposition.
Cea est bien certainement sea, et le sens de ce mot n'est pas dou- teux. Il signifie siège, spécialement siège épiscopal, évêché. Cf. la sea de Burdeu vacant dans des documents bordelais de 1274 et 1288 {Archives historiques de la Gironde, t. V et VI). J'ai vu encore ce mot en d'autres textes, avec la même signification ' . La forme pleine seda existait également. Je la trouve encore employée en plein seizième siècle dans le Languedoc : « Monsenor le percurayre del Rey en la seda reala de Limos » (1536).
Chauchiera, traduit par cabane, avec le signe du doute, est proba- blement une tannerie, en prov. moà. cauquiero ; ce pourrait être aussi un four à chaux. Voy. calcaria dans Du Cange. C. C.
1 M. Thomas l'a depuis remarqué et signalé kii-mèine dans uu document rouergat de 1218. Cf. Romania, XIV, 275,
PÉRIODIQUES
Bulletin archéologique et historique de la Société ar- chéologique de Tarn-et-Garonne. T. XII. Année 1884. 2' tri- mestre,
P. 81. E. Soleville. Chants populaires du bas Quercy. Suite d"une très-intéressante collection. — 97. Le général Seatelli. Excursion ar- chéologique faite à Cahors le 28 avril 1884. — 117. Ch. Dumas de Rauly. Fragments de vies de saints en langue romane du XlVe siècle. Le ms. dont ces fragments sont le seul reste appartenait à l'abbaye de Moissac. Si mutilé qu'il soit, il faut remercier M. de Rauly de l'avoir fait connaître. Les vies qu'il renfermait étaient très-brèves, à en juger par ce qui s'en est conservé. En raison du peu d'étendue de ces fragments, je les reproduis à la fin du présent article, avec quel- ques corrections et quelques éclaircissements. La leçon du ms., que je suppose fidèlement reproduite par M. de Rauly, est toujours don- née en note, quand je crois devoir m'en écarter. De ces fragments, au nombre de sept, le premier et le dernier ont perdu leur rubri- que. Il ne m'a pas été difficile de retrouver celle du dernier ; mais je ne devine pas quelle pouvait être celle du premier. La mention de Figeac donne lieu de supposer qu'il s'agit là d'un saint particu- lièrement honoré dans le Quercy. — L'écriture du ms. est du XIV* siè- cle, et c'est aussi l'époque qu'indique la langue.
C. C.
[Sermo ?]
quant li passero a Figac, e aviahi i home malaut, e juret que
morgues ' nepassaria ain i home, que loguariria, e quant passero pel pon de nuech, se tenc aqui e dis : « Ajudes ^ mi, per amor de Dieu td, e tantost quant hi toquet lo drap en que era lo cors, el vich be he bel.
8ERM0 SANOTE GERALDI
Sans Guiral fo de Alvernhe, cavalier ; era fort noble home e avia gran renda en Alvernhye. E son paire era de Carsi ; e non s'aprojava de la dona mas en temps degut, e avia a nom Guiral coma el, e somiet que I filh auria que auria a nom Guiral coma el, e en ayssi si ende-
1 Lis. )nclf/ues? Ci. plus loin, p. 45, notes 2 et 10. — ' ajeudes.
PERIODIQUES 45
venc ; e £es gran penedensa e det so que avia per Dieu ; e had ' Orlhu fan ne gran festa, car haqui es lo cors .
SERMO DE SANCTE LUCHE, EVANQKLISTA
Saut Luc era bos metgues -, e era d'Antiocha, segon que se retrav en la sua vida, he fonc^ companho de sant Paul en peragrinatio, n quant sant Paul trametia^ sas letras ha Colocences, e el hy metin S. Luc, e saludava^ los dizens : « Luchas nostre frayre cars, que esa[m'i
me », e pueys anet en Gracia aportarlos evangelis ha i avesque
que avia nom. . .
SERJfO SANCTE COSME ET DAMIE
Santz Cosme et S. Damia ero.. .de la cieutat de Tra '^ e preyro mar- tire sotz Dioclesiaremperayre,e quant " no volian sacrificar las idolas, fes los liar e gitar en la mar. Els angielhs getero los foras, e aquel prezes ^ que s'apelava Licia damandet loz am quai malefici obravo ^ e elhs disero: c( Cristias sem j), e fec los gitar el fuoch. El foch per vo- loatat de Dieu si escantic, e adoncas el comandet qiie hom los levés en cros. E ero metgues'" e de noble linage.
SERMO SANCTE MICHAELIS
Deves far raso de saut Miquel, e deves saber oitra mar en Epulia ha i^ cieutat que s'apela Senpodi ; e près de la cieutat ha i puech que a nom Gargar, e a la sima del puech ha una belha cava, en laquai S. Miquels a '^ gleya, e hom no Ti sabia : e al pe del puech estava i home rie que avia gran bestial, e avia a nom Guargua coma lo puech, e i dia el marich l taur, e quant lo queria, el venc a la boca de la cava la on l'om '^ entrava, amb " i* sageta •'. . .
SERMO SANCTE ANNE
Sancta Anna hac très maritz, de cascun hac una filha que avia a nom Maria. E la una hac '^ Nostre Senhor, e la autra "' Jacme [lo Me- nor, e la autra Jacme"] . frajTe de sant Johan, lo '^ Major ; et aquest apelha se lo Major, e foc frayre de san Johan, e totz très foro cozis.
1 fiac^ _ 2 monjues. — -^ fouc. — * trcunitia. — '" saludavo. — 6 Corr. d'Egea. -' Corr. quar7— «Simple transcription du latin prœses.— ^ obrava.
1» morgues.— n Miquel fa.— ^'- la canale no lon.— '^^ suh.— i* fageta .
15 hat.— <6 autre. — ^^ Lacune évidente et que je n'ai peut-être qu'incom- plètemeot remplie. La fîUe d'Anna et de son second mari, à savoir Marie CIpo- phas ou Jacobi, eut en effet, d'après la légende, outre Jacques le Mineur, trois autres fils : Simon, Jude et Joseph le juste. — *^ le
46 ' PERIODIQUES
Aquest s'en anet per Samaria e en darier en Espanha e convertit ix mila liomes ' a la ley de Dieu , e d'nqui tornet s'en o S[a] maria -, e aqui '' ne lay[sset] dos per predicar (predicava) la paraula de Dieu. Alcuns '* que se apelhava Magus ^ trames li un apostol sien, que apelhava Fles- cus^, que loi adusces ' . . .
[SERMO SANCTE MARTHE]
6 s'aprojava de l'aygua e no podia passar, car no y avia ges de nau, e mes si sus, e neguet ; e els fei'o retirar lo e aportero 1o als cieus pes, e resuscitet lo, disens : « Vay sus, bel jovencel ! » e près lo per la ma
he batejet lo. E prediquet longtemps *, he dis Nostre Senhor :
« Veni, la mia amada, tu me^ as receuput en ton hostal, he ieu te re- ceubray el meu paradis.» E fes legir la passio de sant Luc davan '^ si, e quant los lectors l'agro fiaida de legir, el[a] dis: « In manus tuas commendo spiritum meum », et cum ipsa tune expiravit. E aquo fach. . .un avesque " que era cantava sa messà, e cant los [clergues] cantavo lo resposse el adoremus '-, e venc '^, e dis *'* li : « Lo meu amat Fron, levât, anem sebelir. . . .nostra hostalieyra. » Els clergues canthero, . .el remanen^^, epuej's sonero li. . .e a pen[as]'^. . . : «Trop me aves. . . cochât, que l'anel els gants que me *' bayliey '^ al gardian '•' . .»... van -" lo querre, e donero l'anel e i gan, [ej gardero l'autre. . .
Mémoires de la Société des arts et des sciences de Car- cassonne. T. IV. 3« partie, 1884.
P. 3G7. P. Foncin. Aj^ropos d'un autographe de Descartes et d'un
' Corr. discipols, en supprimant lyiila ? Cf. la Légende dorée : « sed (lum. .. soluramodo ibidem, ix. discipulos acquisivisset. duos ex illis causa prœdi candi reliquit... .»
- Esmaria.— ^ C'est-à-dire en Espagne — ^ alcum.
^ J'ai dû changer l'ordre de ces derniers mots pour leur donner un sens,
et un sens conforme à ce qu'on lit dans la légende. Le ms. porte : « ne
lay dos alcum que se apelhava Magus per predicar. Predicava la paraula de Dieu, trames li. .» Magus, du reste, dont l'auteur fait un nom propre, n'in- dique dans le texte latin de Voragine que la qualité du personnage en ques- tion, lequel s'appelait Ilermogenes. — ** Philetus, dans la Légmidc dorée. — ' aduscef.
' Lacune évidente, quoique non indiquée. — '' mes. — i" dabmi. — " abes- que. Il s'agit de saint Front, évéque de Périgueux. — '* adorent.
'•'A savoir Jésus-Christ. — ^^ die. — ^^ romanem. — ^'^ C( . Leyenda aurea: « et vix excitatus respondit... » — *' Corr. ieu? — '^ laylieg. — •9 gardiar. Lacune évidente après ce mol, bien qu'on n'en indique aucune. — " vaij.
PERIODIQUES 47
document inédit sur le Cogito ergo sum. — 383. Louis Fedié. Archives de l'abhaye de La Grasse. La Bulle sur papyrus du pape Agapet II . — 410. M. Mouynès. Serment exigé des Juifs habitant Carcassonne. Extraits des archires du département de l'Aude. Ce document, en lan- gue vulgaire, est donné comme du XITP siècle ; mais la langue sem- ble indiquer une époque plus récente. Le même serment était imposé aux Juifs, à Arles (on le trouve en latin dans les coutumes de cette ville*), et sans doute ailleurs. Cette édition du texte de Carcassonne laisse à désirer. — 415. Frédéric Faber. La Carrière dramatique de Phi- lippe-Françoïs-Nazaire Fahre d'Eglantine, membre de la Convention nationale. Étude biographique accompagnée de documents fort inté- ressants.
C. C.
Bulletin de la Société des études du Lot. T. X, 2« fasc. — La publication du registre consulaire de Cabors, connu sous le nom do Te igitur, que la Société des études du Lot avait commencée dans ses premiers bulletins, et qui était restée depuis longtemps interrompue, est heureusement reprise dans ce numéro. Nous faisons des vœux pour le prompt achèvement de cette utile publication, dont, par suite du départ de M. Paul Lacombe, MM. L.-L. Combarieu et F. Can- gardel restent à présent seuls chargés-. — Le même numéro contient la suite des Esbats de Guyon de Malevllle, autre publication qu'on ne saurait trop louer la Société des études du Lot d'avoir entreprise.
C. C.
Mémoires de l'Académie de Nimes. Ville série, t. VI, année 1883. — Parmi les nombreux mémoires dont se compose ce volume, nous n"avons ici à en signaler que deux. Ils sont dus l'un et l'autre à M. E. Bondurand, archiviste du Gard. Le premier (pp. 29-41) a pour titre les Criées ou proclamations du baron d'Hier le (\. il 5). C'est un texte en langue d'oc, accompagné d'un avant-propos et de notes. P. 32, III, 1.5, il faut sans doute lire hont au lieu de houe; sans doute aussi, p. 35, XV, 4, sieuas au lieu de sienas. P. 27, 1. 1, enpertrara est plus que suspect. Corr. apertenra'^ — Le sujet du second (pp. 43-
1 Voy. Ch. Oiraiid, Essai sur l'histoire du droit français au moyen âge, t. II, p. 244.
2 Voici quelques remarques sur 1e texte et la traduction. F. \ïy\ detat veut dire d'âge, et non en état.— 159, 1. 11 et 13 du bas, Wf.. deu o et non devo; — p. 166, 1. 8, lis. pejuramens ;— 1. 11, lis. vius et non unis ;— 1. 14, lis. palha ni, et non palham ; — p. 167. lis. de l'u >liu a l'autre et trad. d'un jour à l'autre, et non chaque lundi.
48 PERIODIQUES
74), qui est beaucoup plus intéressant, est le Livre des pèlerins de S. Jacquen, nis. du XlVe siècle, qui contient les statuts en langue d'oc d'une confrérie de saint Jacques fondée à Nimes, des listes de mem- bres de cette confrérie, des inventaires, comptes, procès-verbaux, en langue d'oc ou en latin, le tout publié avec soin, en partie traduit, et accompagné des éclaircissements nécessaires. Ces statuts sont presque entièrement envers, et, sauf les six premiers, sur l'assonance a d'un bout à l'autre.
Un de ces vers, le sixième, dont le second hémistiche est tout fran- çais {Car très ves l'an sedet hom confeser), détonne parmi les autres et pourrait faire sui>poser qu'on a traduit cette pièce de la langue d'oil ; mais les rimes ne favorisent pas cette hypothèse. — Sept lignes de la p.51,queM. Bondurand a imprimées comme de la prose, sont en vers comme ce qui précède, et doivent être lues :
Et se a ben de que, que sia cm sobrat',
Adons de la soa arma il lo devoQ pregar.
Mais cant i aura confraire que sos obs non aura,
Az aqiiel devon eser luimils en consolar.
Car greumens es malaules om can paupertat a.
Per que il li acoron, car il o devon far,
Tro que Dieus n'azordene so que Ha plazera,
Per vida o per mort, c'aisis coven de far.
Suivent trois lignes dont les deux dernières pourraient bien aussi avoir été des vers; la rime y est encore, mais non la mesure.
Le texte appelle peu d'autres remarques critiques. P. 49, il faut écrire, en doux mots, a guazaniar; p. 50, hen e dcvotainens, ben e rr- gladamens, et non pas hene ; ibid., avant-dernière ligne, saviamens; p. 51, sieitas, probablement, et non sienas, qui serait français; p. 52, volia au lieu de voira .
Ce texte enrichira la lexicographie provençale au moins d'un mot nouveau: c'est tarneinhre (oubli) (p. 52); substantif verbal qui au- torise à admettre l'existence simultanée de tarneinhrar {tarde mémo- rare). A la p. 50, on lit : lo per orde veiira Que trastots los con- fraires per lor nom nomnara. Per orde, comme l'indique l'article qui précède, doit être ici un nom composé ; à moins qu'il ne faille écrire en un seul moi perorde, où ^;er serait pour pvp {praiordo). Ce serait quelque chose comme le président.
M. Bondurand compare, dans son introduction, les statuts de la
' C'est-à-diii' :<! S'il a bien di* quoi, (|u'il soit homme qui ait du superflu. » Pour cel emploi Ju paît. pas?t'. cf. 1p fr. aisé =:qui ade l'aisance, etc.
CHRONIQUE 49
confrérie niraoise de Saint-Jacques à ceux d'une confrérie établie à Fanjeaiix (Aude) au XIII^ siècle. Mais ceux-ci sont en prose; et on en connaît d'autres, rédigés en vers comme ceux de Niraes, que c'était ici le cas de rappeler. Ils ont été publiés dans la Romania (VIII, 211) par MIL Coliendy et Thomas', qui les ont utilement rapprochés des statuts (en prose) de la confrérie de Saint-Sauveur, fondée à Limoges en 1212.
C. C.
CHRONIQUE
Extrait du procès-verbal de la séance du 14 février 1886 du Comité d'administration de la Société pour l'étude des Langues romanes.
<( Le secrétaire communique une lettre de M. le Président du Co- mité de souscription pour le buste de Boucherie, de laquelle il ré- sulte que ce Comité « a décidé que le reliquat des fonds réunis par )) ladite souscription, montant à 522 fr. 71 c.,sera remis à la Société )) pour l'étude des langues romanes, à la charge pour elle d'emplo_yer y> cette somme à la fondation, à la Faculté des lettres de Montpellier, » d'un prix quadriennal de philologie romane, constitué par les inté- » rets de ladite somme placée en rentes sur l'Etat au taux de 3 %. » Ce prix sera intitulé : Prix Anatole Boucherie, fondé par la Société » pour l'étude des langues romanes. »
» La Société accepte ces conditions et décide qu'elle parfera la somme nécessaire pour l'achat d'un titre de rente de 25 fr., afin que le prix que le Comité de la souscription Boucherie lui laisse l'hon- neur de fonder ne soit pas inférieur à luO fr.
» Sur la demande de M. Castets, il est décidé que le procès- verbal de la dernière séance du Comité de la souscription Boucherie sera in- séré dans le plus prochain numéro de la Revue des langues romanes .'»
Comité de la souscription pour élever un buste à Anatole Boucherie
Procès-verbal de la dernière séarice
Le dimanche 24 janvier 1886, les membres du Comité et les sous- cripteurs régulièrement convoqués se sont réunis dans la salle des séances de la Société jfour l'étude des langues romanes (rue de l'An- cien-Courrier, 18), sous la présidence de M. Castets.
Etaient présents: MM. Auzillion, Bazille (Louis), Bonnet (Louis), Bonnet (Max), Castets, Chabaneau, Croiset, Dauriac. Gachon, Ger- main, Granier, Hamelin (Ernest), Itier, Lambert (Louis), Martin (Ar- thur), Planchon, Revillout, Westphal-Castelnau.
» Cf. Revue des l. rom., XVI, 85.
tO CHRONIQUE
MM. Bousquet, Bruyn-Andrew-8, Boucherie frères, de Berlue, Don- nadieu, Grand d'Esnon, Le^pj'', Mistral, Taniizey de Larroque, Savine (Albert), s'excusent par lettre de ne pouvoir assister à la réunion.
M. Castets, président, prononce une allocution où il félicite, au nom de tous les souscripteurs, M. Léopold Savine, auteur du buste de Boucherie, pour le talent avec lequel il a accompli uu travail dif- ficile, sans vouloir accepter aucune rémunération.
Il fait remise, au nom du Comité, à la Société pour l'étude des lan- gues romanes, du buste en bronze de A. Boucherie.
M. Itier, vice-président de la Société, remercie le Comité et ac- cepte, au nom de la Société des langues romanes, le don qui lui est offert .
M. Westphal-Castelnau lit, pour M. Eoque-Ferrior, secrétaire du Co- mité, empêché, un rapport sur l'origine et le but de la souscription.
M. Lambert, trésorier, rend compte de l'emploi des fonds versés entre ses mains comme suit :
Recettes
Les cinq listes publiées dans la Revue des langues romanes (fasc. de juin, août, octobre, décembre 1883 et janvier 1884, s'élevaient à lasommede Fr. 2,012 50 |
A rectifier dans l'addition de la quatrième j 2,022 50
liste 10 » '
Six souscriptions n'ont pu être recouvrées par suite de décès ou autres motifs, ensemble 41 »
Total net des sommes reçues 1 ,981 50
Dépenses
Frais d'impression et affranchissements ... 147 46 ^
Moulage et fonte du buste, piédouche, pié- j
destal, etc 800 70 i
Clichés, tirage et envoi de la photographie f
du buste aux souscripteurs 192 10 )■ 1,458 79
Un bronze de Barye offert à l'auteur du buste i
et une photographie encadrée à M. Goûtés, ar- I
chitecte 248 » ]
Frais de correspondance et recouvrements.. 70 53 /
Excédant des recettes Fr. 522 71
L'Assemblée approuve les comptes du trésorier.
Le Président met en discussion la question de l'emploi du reliquat. Plusieurs propositions sont présentées.
Après une discussion à laquelle prennent part I\IM. Chabaneau, Itier, Croiset, Castets, Planclion, Germain, Hamelin, le Comité prend la délibération suivante :
c( Le Comité de la souscription Boucherie donne à la Société pour » l'étude des langues romanes le reliquat de cette souscription, s'éle- )) vant à la somme de 522 fr. 71 .
» Il est entendu que \aSocicté des langues romanes transmettra cette » somme en toute propriété à la Faculté des lettres de Montpellier, » aux conditions suivantes :
CHRONIQUE 51
» 1" La Faculté des lettres transformera cette somme en rentes » 3 °/o sur l'Etat ;
)) 2o Les intérêts capitalisés en seront employés à foncier un prix » de philologie romane, qu'elle décernera tous les quatre ans après » un concours.
» S-^ Ce prix s'appellera: Prix Anatole Boucherie, fondé par la So- y> ciét^ pour l'étude dfis langues romanes. »
Sur la demande de M. Lambert, l'Assemblée décide que les procès- verbaux, rapports, comptes, factures, etc., seront déposés aux archives de la Société des langues romanes.
Sur la proposition de M. Eevillout, l'Assemblée vote des remercie- ments aux membres du Bureau pour le dévouement avec lequel ils se sont acquittés de leur mandat.
Fait à Montpellier, le 24 janvier 1886.
Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs la prochaine appa- rition d'un ouvrage de notre confrère M. Frédéric Donnadieu, qui ne pourra manquer d'être bien accueilli des amis de la littérature pro- vençale. Il a pour titre les Précurseurs des Féllhres. C'est le travail qui a obtenu le prix du Ministère de l'instruction publique au con- cours de la Société des Félibres de Paris en 1883.
L'auteur l'a augmenté de plusieurs notices. 11 le présente au public sous la forme la plus élégante, en un volume grand in-S» raisin, orné de dix portraits, vues et monuments du Midi, gravés à l'eau-forte par P. Maurou, planches hors texte, dessins et illustrations dans le texte.
Souscription organisée par les Félibres de Paris pour offrir à Frédéric Mistral son buste en bronze
Des admirateurs nombreux du poëte ayant manifesté le désir de lui rendre un hommage public et durable, les félibres de Paris ont organisé une souscription pour otfrir à leur chef et illustre CapouHé son buste en bronze, d'après le beau buste en marbre commandé au scultpteur Amy par le Ministère des beaux-arts et destiné à un mu- sée du Midi.
Ils font appel à tous les amis du poëte et de la poésie provençale.
Le Président des félibres de Paris, Sextius Michel (^ I. Q), Vice-président de la Société des ciiefs d'institution.
Paris, le 28 janvier 1886.
Prière d'envoyer le montant de la souscription à M. Sextius Mi- chel, président de la Société des Félibres de Paris et maire du 15'= ai-rondissement (63, rue Violet, Paris).
N.-B. — Tout souscripteur recevra une reproduction photogra- phique du buste de Frédéric Mistral (carte-album^ grand format). — La liste des souscripteurs sera publiée dans les journaux et revues du félibrige.
52 CHRONIQUE
Le Courrier de Vnugelas, revue philologique, grammaticale et hiato- rïque, coiirounee par l'Académie française .
Les premiers numéros de la seconde série de cette utile publication viennent de paraître. Nous ne saurions trop la recommander aux per- sonnes qui s'intéressent à la solution des diflieultés grammaticales, à l'explication des locutions usuelles et proverbiales et à leur origine, à l'étymologie peu connue de certains mots, eniiu aux remarques inspi- rées {)arles singularités de la langue française.
Sous le titre la Légende et la Vérité, le Courrier de Vaugelas fait la critique des faits et des mots réputés authentiques, et, d'après les der- niers documents, reconnus faux ou dénaturés.
L'article Variétés contient des curiosités historiques, littéraires, anecdotiques, des lettres autographes et des pièces inédites. Un compte rendu des ouvrages de philologie, histoire et littérature, est donné sous la rubrique les Livres du jour, et sous celle de Théâtres sont analy- sées les œuvres dramatiques dignes d'attirer l'attention au point de vue du style, de l'art scénique ou musical. Une hihliographie des ou- vrages de philologie et de grammaire récemment parus complète cet intéressant recueil, le seul qui existe en ce genre.
Notons enfin qu'un supplément de quatre pages comprend la publi- cation d'un important ouvrage couronné par l'Académie française : le Mi^ de Grignan, petit-fils de M™" de Sévigné, parirL Frédéric Masson.
Le Courrier de Vaugelas a obtenu le prix Lambert, et, de plus, son mérite a été consacré par Littré, qui cite nombre de fois son opinion et l'approuve dans son supplément de 1878.
Le prix de l'abonnement est de 10 fr. pour la France et de 12 fr. pour l'étranger. Vingt numéros par an distribués périodiquement. Adresser un mandat-poste à MM. Firmin-Didot et Ce, imprimeurs de l'Institut, 1)6, rue Jacob, Paris.
Le gérant responsable : Ernest IIamelix
Montpellier. — Imprimerie centrale du Alidi (Hameiiu Frères]
Dialectes Anciens
DOCUMENTS SUR LA LANGUE CATALANE
DES ANCIENS COMTES DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNR (de 1311 à 1380)
En publiant ces Documents sur la langue catalane des anciens comtés de Roïissillon et de Cerdagne, nous désirerions compléter le travail d'un homme éminent qui avait bien voulu nous honorer de son amitié et de ses précieux conseils dans les dernières années do sa vie. Tous les lecteurs de la Revue des langues romanes, tous les linguistes, connaissent les études d'Alart sur la langue catalane. Les documents qu'il a publiés ici même s'arrêtent à la fin du règne de Jacques I^"" de Majorque, qui mourut à la fin de juillet 1311; mais nous savons positivement * que l'idée de jnotre savant ami était de pousser cette publication jusqu'à l'année 1380, époque où la langue catalane peut être considérée comme fixée. C'est cette lacune de 1311 à 1380 que nous nous proposons de combler.
Alart a pris les documents de sa collection dans le Livre vert mi- neur et dans le Livre premier des Ordinacions de la cour du bailli de Perpignan, tous deux conservés aux archives communales de cette ville, et dans le xvii<^ registre de la Procuracio realj qui est aux ar- chives du département des Pyrénées-Orientales. Nous puiserons aux mêmes sources, sauf de rares exceptions.
Nous savons en quelle haute estime les meilleurs érudits tenaient, le talent de notre maître et ami; nous savons aussi quelle connais- sance minutieuse et profonde il avait des vieux textes catalans: c'est assez dire que nous ferons tout notre possible pour que le travail de l'élève ne soit pas trop indigne de celui du maître.
Pierre Vidal.
1 Revue des langues romanes, III, p. 267, et IV, p. 45.
TOME XV DE LA TROISIÈME SÉRIE. — FEVRIER 1886. 4
54 DOCUMENTS
PREMIERE PARTIE
REGNE DE DON SANCHE, DE MAJORQUE (1311-1324)
REGLEMENT POUR LES FILEURS ET PILEUSES DE LAINE
Quinlo idus augusli anno dommi m.ccc.xi. — Inàt factahec preconitzacio infrascripla ex parte hqj^ili Perpiniani in hune modum.
Auyatz que mana lo batle del s. Rey, que noy aja nulhom crestia ni Juseu qui gaus portar lana ni estam, ni correteyar fillat', per vendre, d'aqui anant: e aquel qui contre fara pa- gara per pena v. s.
Item mana que no ni aga negun ni neguna per ardiment que aga, qui gaus prestar alcuna [lana] filada ni a ffllar, d'un pugesal avayl : e aquel o aquela qui aquest manament pas- sara, perdra tôt aisso quey aura prestat, e mes per pena V. s.
hem mana que neguna filanera no gaus penre lana ni es- tam per filar mentre naja daltre ; e aquela qui aquest mana- ment passara, pagara de pena xii. d.
Iteyn mana a totes les filaneres, que no gausen mètre en negun capdel destam negun foniro, sino del estam mesex, e sia filât, sia lur o daltruy : e qui contre ayso fara, pagara de pena xii. dr.
De] les quais damont dites pênes aura lo dcnunciador la
terssa part,
[Ovdinacions, [, fo 4V) v".)
II MISE EN VIGUEUR PU RÈGLEMENT DES TUILERIES
Divenres xxviiii. dies del mes de wjtubri en laijn que hom eom- ' Lisez fitat.
SUR LA LANGUE CATALANE 55
tava u.ccG.xi. — La dita ordinacio ' fo lesta e revelada en presencia dEn Brg de Sant Paul, batle de Perpenya, e den Bù Brandi juge, e den Vidal Grimau e den Bfi de Vernet e den Bii Morrut, cossols de la dita vila de Perpenya, e den Huget Sebors e den Hue de Cantagril, prohomes de la dita vila, e del senyor En Ar. Vola, tenent loc del senyor En Brg de Pera- pertusa, cavaler, veger de Rôsseylo e de Vallespir : lo quai senyor En Arn. Vola vole que aquest ordonamcnt âges loc par tota la terra de Rôsseylo e de Valespir.
[Ordinacio7U, I, f'' 2 ro.)
111
DEFENSES DIVERSES FAITES AUX HABITANTS DE PERPIGNAN
1311? — Mana lo batle del senyor rey.
Que negun hom qui aga jurât no poder, no sia corrater ni gaus usar de offici de corrateria ; e qui contrefara pagara per cascuna vegadaL. s., e si nols volia pagar o nols podia pagar, pacli X, assotz : de la quai pena dels l. s. aura lo denonciador la terssa part.
Item que negun Juseu ni Juseua no gausiavar ni fer lavar roba, ni ruscada, ni escudeles, ni negunes autres causes, en dia de festa, en les riberes : e qui contre ayso fara pagara de pena per cascuna vegada m. s., de laquai lo denonciador aura lo tertz.
Item mana que negun ni neguna de la vila de Perpenya no gaus donar o fer donar per si ni per altre a menjar ni a beure neguna hora del dia, ni diner en loch de menjar ni de beure, a negun hom o fembra ques loch en neguna obra de cal que condicio que sia per diners, sos - a saber, a masestres de pera e de caus ni de terra, ni a la menobra que pertanga als masestres, ni a negun traginer, o hortolan, ni a neguns ar- cheyadors, ni pintenador de lana, ni a lavadors ni a lavaneres de lana, ni a filaneres de lana, ni a espardaners de li, ni a mas-
1 II s'agit ici de VOrdonament dels forns teidevs, so es assaber en quai manera deuen coyre e fer los cayvos els feules, qui est de 1284 ou de 1285. — Publié par Âlart, Revue des Lang. rom., IV. p. 362.
- Pour so es.
56 DOCUMENTS
sadors de li, ni a triadors de lana, ni a negun hom o fembra
ques loch per diner a fer calque obra que sia, dinsla vila de
Perpenya o de fora. E qui contre aysso fara, pagara per cas-
cuna vegada, sos asaber, aquel o aquelaqui dara lo dit menjar
o beure o diners en loch de menjar o de heure, v. s., el
maestre de para o de caus o de terra qui o penra v. s. , e les
autres qui penran lo dit menjar o beure o diner en loch dels
ditz menjars o heures, ii. s. No entenem en aysso fusters quis
loguen en temps de venimies.
Item que negun ni neguna no gaus donar o fer donar, per
si ni per altrc, negun servesi en diner ni en altre manera, ni
donar a mengar ni a beure a negun moner o forner; e qui
contrefara, pagara de pena per cascuna vegada m. s, aquel o
aquela qui o demanara e aquel qui o penra, dels cals lo de-
nunciador aura lo tersstz.
(Ordinacions , I, fo 52 v.)
IV
MÉMOIRE DE LETTRES REMISES A B. DURAN, PROCUREUR DU ROI A MONTPELLIER
Aquestes son les cartes que foren liurades an Biî Duran, procurador per lo molt ait senyor Rey de Malorchcs en la vila de Monpesler e en tota la baronia, per los procuradors del dit senyor rey de Malorches, ayxi corn davayl es conten- gut.
Digous-viii dies del mes de setembre, en layn de -micccxi. liuraren en P. de Bardoyl en P. Matfre an Bn Duran, pro- curador en la baronia de Monpesler, cartes pertanyentz a Pa- hola e ad Adia et a Vailles' lxxxxi.
Item li liuraren cartes pertanyentz al castel de Pa-
pia, et de Durmaroh xx .
Item cartes pert. al casteyl de Omelars viiii.
Item cartes pert, al casteyl de Puget , xii.
1 Ad Adia; le d est amené par la voyelle a qui commence le mot Adia; de mùrne le t de et est amené par la préposition a. Peut-être ne faut-il voir aussi, dans ce dernier cas, qu'une pure distraction du scribe, mettante^ latin pour f calalau.
SUR LA LANGUE CATALANE 57
Item cartes pertanyentz a Pinya viii.
Item cartes pertanyentz a Mur vejl. ...... .... nu .
Item cartes pertanyentz a Sent Jordi lui .
Item cartes pertanyentz a Mont Arfi un .
Item cartes pertanyentz a la compra quen Steve
Sabors fe dels Mazes de Vedas v
Item cartes pertanyentz a Corno e de Mont Ffer-
rer . . \ n .
hem cartes pertanyentz al mas de la Valcera e de
Segoles e daltres mazes, sagelades de plom. ... n.
Item carLes pertanyentz al feu de Sent Bauseli. . . n. Item cartes pertanyentz al feu de Castres e de
Salsa I .
Item cartes pertanyentz a Castres m.
Item cartes [)ertanyentz a Frontinyna ' xni.
Item cartes pertanyentz alcontrast deVaylmagna. ii.
Soma CLXxxviii.
Memoria an Bii Duran, que romanen a Perpenj-a en poder dels procuradors, les cartes de la Palada et de Calazon -, e la carta de la, divise^ que fo feyta entre lo senyor rcy el abat d'An y an a.
(Arch des Pyr.-Or., B. 94, Procuracio real, registre xvii, f» 7 ro.)
V
PERMISSION ACCORDÉE AUX HABITANTS d'oRBANYA ET DE NOHÈDES DE COUPER DES ARBRES DANS LA FORET DE « COMA PREONA ))
A XXVI. dies de utubri m. ccc.xi. — Donaren licencia los se- nyors procuradors ad homens de Orbanya'*, que pusqueu penre ad ops de fer escaunes a lur us .x. aybres, e ad homens
1 Sic.
' La dernière lettre de ce nom pourrait bien être un r.
3 Sir.
'• Orbanya, petite commune du canton de Prades, comme Nohèdes, dont la seigneurie appartenait au roi de Majorque. Pour la formation du mot No/ièdes, voy. Alart, Études historiques et philologiques sur la langue catalane, à la suite des Docume7its, etc., p. 19.
58 DOCUMENTS
de Muntola altresvii. ajbres, del bosch de Coma Prcona' ;
mes que no degon pen[re] negun ajbre que sia bo ad aybre
de nau, ni ad entenes ni ad altres aybres de mar, e quels ditz
aybrcs aga a vesor en P. Reoort foraster-, ans quels talen.
E part ajso lor atorgaren que pusquen penre tôt aybre que
troben abatut en lo dit bosch, per fer so ques volran a lur us
daquels.
(Arcli. des Pyr,-Or., B. Pi, Procuracio rcal, xvii. f" 19 v.)
VI
RÈGLEMENT POUR LA FORÊT ROYALE DE MILLAS
Diyous xviii. dies de nohembre en laijn de .mcccxi. — Fo hor- donat per En P. de Bardoyl en P. Matfre, procuradors del raolt ait senjor rey de Mayorches, que nuyl liom no sia tant ausat que gaus cassav en lo liosch quel S. Re}' ha a Milars, sens licencia del S. Rey o dels seus: e qui contra fara, pach per quascuna vegada de pena lx. s.
Item que nuyl hom ni femna no gaus taylar en lo bosch da- muntdit nin trasca lonya vert, sens licencia del S. Rey, sotz pena so es saber, per quascuna vegada quey tayl hon;' trasca carga de bestiaho doraex. s.
Jleinsi negun tayllava en lo dit bosch hon trasialenya ce- cha tro a carga donie ho de bestia, pach v. s. e sy hi taylava hon trahia menys, xii. d.
Item hordonaren (^ue tota bestia grossa que intre en lo dit bosch per pexer, pach de pena ii. s. e besiia menuda vi d.
E aquestcs pênes sentenen ad aquels qui contra faran de
' » Vallée profonde », de prcijon, qui dérive du hl\a profund us.
- La maîtrise des eaux et forêts était d'abord occupée eu Roussiilon par un maître des eaux et un maître des forets. Ces cliarges furent ensuite réu- nies sur la tête du procureur royal, qui eut seul la connaissance des matières domaniales et des eaux et forêts. 11 avait sa cour, dite du Patrimoine royal, transformée plus tard en ciiambro du domaine et supprimée dans la seconde moitié du dernier siècle. — Une ordonnance de juin 1~59 attribua à l'intendant du Roussiilon l'autorité des maîtres des eaux et forêts et aux viguiers eelles des maîtres particuliers. Le mol foraster ne s'est pas conservé avec le sens qu'il a ici.
■' //<)« pour «> en, ou en tire.
SUR LA LANGUE CATALANE 59
die, e si negu contra tasia de nujt, pach a très vegades mes. E aquestz meteys bans entenen que sien al prat de la Font aysi que en lo dit bosch*.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 94, Prociiracio real, reg. xvn, f» IG i". i
VII
Criée et mise en vente du vingtième des revenus des habi- tants DE LA TOUR d'ELNE, CONFORMÉMENT AU BILLET d'eN-
CHÈRES; ténor vero predicte cedule in Romano scripte talis est:
17 des calendes de décembre 1811. — Ayso es laordonament del vinte quels prosomes de la Tora an fejt.e stablit Eu Johan Bels en Biî Vidal venedors, e fan bo aver e tener a totom.
Vinte de la Tora-.
Primerament ^ darem lo vinte de totz nostres espletz que Deus nos dara, exseptat pajla.
Item entenem ne a livar so de que darem a seguadors. e a maxoners e a seyoria, e a deumes, e as agusers e banders.
Item nentenem a liavar '* totz sens que fasam a nujl hom, per aquels camps bon los espletz [seran].
Item entenem a vendre de la vinimia que Deus Ions" dara a nostre prou ; mes que n[entenem] a livar lo sens de la viya, que dem per cascuna saumada, ii. dr.
Item lentenem a vendre de les olives que Deus Ions dara, a nostre prou.
Item lentenem a vendre de totz los sens c les rendes c de totz loguers, dalbercs o [ ] en calque part les agem,
Ml y a encore aujourd'hui, à Millas, une fontaine dite Font del Rey. — Millas, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Perpignan, sur le chemin de fer de Prades.
- Aujourd'hui la Tour-Bas-Elne, commune du canton est de Perpignan.
3 Voy. dans les Documents, etc., d'Alart, Valbara ou criée et mise en vente des biens et revenus de feu Pierre Lauret. On verra que dans ce docu- ment offi>:iel, qui est de 1308, le scribe écrit les mois vendra et molra pour vendre et moire, tandis que le notaire Canlallops emploie toujours cette der- nière forme. Ce qui prouve bien que, dans tous les temps, l'a final féminin catalan n'a été qu'un e muet français.
* Lisez livar.
» Lons, lo'ns
60 DOCUMENTS
si dons no son obliguatz a reredeume e a vinte e en autre
[ ].
Item lentenem a vendre de totz los guasayages que nos fa-
sam en mar ni en terra [ni] en autra aygua, e no comtam me-
cions, exceptât pevx de mengar ; e quel senyor de la [na] ve-
gua o del bolig sia tengut dajustar lo dret quin tayera, al vin-
tener, e de paguar aquel a [ dels] e a lur requ [esta^
Item lentenem a vendre de totz los mercaders qui van en viaye fora la terra, de totz lurs [guasajyages, livat lur vianda.
Item lentenem a vendre de totz los missatges o camareres qui estaran al loc de la Tor' e no son obliguatz en autre loc a reredeume o a vinte, e totz missatges del c[ ] que pa-
guen xxt'' de lur loguer. comptan per temps, segons mes e segons meyns.
Item lentenem a vendre de totz los ayels els cabritz que Deus Ions dara, a nostre prou.
Item lentenem a vendre, que paguarem per cascuna bestia, sia feda, o cabra, o moton, excreptat] que sia viva a la tone- son II. dr.
Item lentenem a vendre de cascun alberc hon aya poyls lo dia de sent Johan o ni - aya autz, de [tôt] layn pac i. dr.
Item entenem que cascuna porcelada pac m. dr.
Item entenem que cascun nadon de vaca o degua o dasena q[ue] sia viu enfre i. mes que sera natz, pac im. dr.
Item lentenem a vendre, quels seyors dels leyns c de les barques mariners e servecials per' lurs loguers paguaran, no comtada la mession, e quels seyors lagen ajustar [e dar] al vintener lo vinte, e paguar a lur requesta.
Item lentenem a vendre, que tôt înasseler, per cascun moto, boc, feda, cabra que venfdra] a masel pac i. dr., — per tôt porc qui vala x. s. ho daqui amont, que auciraii a masel, pac II. dr. , — per tôt porc qui vala de x. s. en jos, pac i. dr., per tôt bon o vaca qui cost xx. s. o daqui amont pac iiii. dr. o si
' Estaran al loc de la Tor remplace les mots i. aijn hic agen estar, qui ont été barrés. - Pour n'h.i. 3 Mot douteux.
SUR LA LANGUE CATALANE 61
er'ii \ ] pac i. dr, o si ora meyris, pag per fif|Uol;i ra-
son (himont flitii, ; — per tôt bon ou vaca qui cost de xx. s. eu jos, pae ii. dr ; — per tôt cabrit e ajel, pac mesabi. — Tôt aiitrom', do vibi o estrayii, qui vend lesdites carus amas-el, pac per la mcsexa raso, pero no sien tengutz de paguar re per pels.
/lern entencm vendre, que tota flaquera, per cascuna ajraina de (V)rnieiit ([Ui! pastara, pac m. dr; — per cascuna ayuiina de pa, dordi o de nnil, pac m. mesales.
/fern tôt hoin o tota femna qui vena pa, que pac lo xl"-' pa.
/fern tôt bom e tota fembra qui fassa taverna de vi o vena vi a mennt o en gros, jiaguara per saumada de vi xii. dr, si doiis" no avia paguat xx.'" dels rasims, exceptât persones de la Tor quin vcnessen en gros e la[g]uessen de so des lur •' que no [)aguen rc.
Ilem venem vos i. sac de forment quEn Lanriguo nos dona do gran. Entenem a ven[dr]e que tota terra del prevcrat de Na Moselona paguara xx*^".
I^] qui ajso comprara paguara ])arasis, e pendra pai'asis, [E no en] tenem que sades nos pac.
flem entenem que degun taverner no gaus mètre vi fiins la taverna entro [quel] aja denunciat al vintencr, e que negun hom no gaus ensetar vixel ni vendre [ ].
(Arch. des Pyr.-Or., Manuel de l'ierro de Cantallops, notaire d'Elne, 1311-1315, original; copie dans le Manuel de Pierre Reynal, noiaire d'Elne, de novembre 1311 à mai 1312.)
VIII
(( LA GUIDA DEL LAVAR DE LA LAN A ))
(LeUre de Pons de Caramayn aux viguicrs de Contient et de Cerdagnc et aux ballis des cliàteaux de Roussillon et Vailespir, et des autres lieux des terres du l'oi.)
14 des calendes de juin 1312.— « De nos En Pons de Cara-
1 Autï'om, pour autre home.
2 Do7is, comme donch!<, donc, donches et donr/ues, donc . — Don, qu'on trouve quelquefois dans les textes catalans, est pour d'on et signifie c'est pourquoi {de unde) .
' Pour del lur. — Cette expression correspond très -bien au languedocien
62 DOCUMENTS
mayn ', loctemont del molt ait senyor rey de Malorcha, als honratz vegers de Gonflent e de Ccrdanj'a, e a totz los balles dels castejls de Rossej^lon - e de Valespir e dels altres lochs de la terrra del dit senyor Rey, als cals les presentz letres pervenran, salutz e amors.
» Feni vos saber que adordonat es estât per los sobre pau- satz dels parayres e dels tixedors de Perpenyae per los cons- sols daquel matex loch, de voluntat e ab consentiment nostre, que tôt hom e tota femna qui lav o lassa lavar lana, aja la dita lana a lavar ab ayga cauda, e esbesselar, so es, que la bâta ab bastons, e que be la esclaresca senes alcun entamara- ment.
» E si ni'' avia negun o neguna qui contre les dites causes vengues, so es que laves la dita lana o fes lavar meyns '' dayga cauda, e no la batia ben al bastons, oy° fasia negun entama- rament al esclarir, que pach aquel o aquela qui fara lavar la dita lana xx. s. de pena per cascuna vegada que contre el dit adhordonament vengues, de la quai pena el denunciador aga la terssa part, el " rémanent sia del s, Rey.
» Percascun de vos altres dizen e manam de part del senyor
actuel ço del llour, ce qui leur appartient, leur bien. Au singulier eo del siu, son bien. — Lur, qui devint Uur dans la suite, est toujours employé dans le sens de de ells {illorum).
* Pons de Caramayn ou Caramany, comme on écrit aujourd'hui, apparte- nait à une famille du pays de Fonollet, établie en Roussillon. Le chevalier Pons de Caramany avait épousé une fille de Pierre de Villalongue, dont il n'eut qu'une fille, du nom d'Hélène. On le trouve, en 1309, en possession du tiers de la seigneurie de Cf«e.^• Noves (près d'ille), qu'il occupait encore en 1321.11 fut viguierde Cerdagne de 1303 à 1309 et lieutenant général du roi de iMajorque de 1311 à 1314. En celte année, nous trouvons Pons de Caramany avec le titre de seigneur de Paracoh (château situé près de Molitg, canton de Prades). Pons figura d'ailleurs avec distinction à la cour de Sanche et de Jacques II de Majorque. Il était présent au palais royal de Barcelone le 1<t oc- tobre 1327, lorsque Jacques II, assisté de son tuteur, prêta foi et hommage au roi Jacques d'Aragon. On ne trouve plus trace de lui après l'année 1340.
- On écrit toujours Rossello en catalan; Rosseylon est castillan.
•' Pour ni, ou mieux n'hi.
'< Ici meyns signifie sans.
' y, pour a ella, à la laine.
s El pour e'I ou c lo, et le restant.— On sait que l'article el n'est pas admi en catalan.
SUR LA LANGUE CATALANE 63
rey, quel dit adordonament servetz e servar fassatz axi com de sus en aquesta letra se conten.
» Encara mes, volem que cascun per vostres lochs publica- mentcridar o ifassatz, pero fem vos saberque, en lo dit ador- donament de les lanes a lavar, no senten lana Englesa.
» Dades disapte xiii. dies del mes de may, en lajn de Crist M. CGC. XII. Retetz ^ les presens al portador.
» xu. Iclns junii anno domini m. gcc. xii. de les damunt dites causes contengudes en la dita letra, fo fejta e cridada [crida] per la vila de Perpenya. »
(Ordinacions, i, fo 50 v».)
IX
PERMISSION DONNÉE AUX HABITANTS DE PI DE COUPER DES ARBRES DANS LA FORET DE GARRAVELA
Dimecres xxvi, dies dabril, layn de m.ccc. xii. — En P. do Bardoyl en P. Matfre, procuradors del moltalt senyor Rey de Malorches atorgaren e daren licencia a la universitat de ho- mens de Pin en Gonflent- que jjusquen penre e fer talar cas- cun ayn xv. aybres davet enloboscli de Garravela, e daquels ferescaunes alur us. Los quais pusquen penre en aquel loch ques vulen en lo dit boscli. E per aquela matexa manera ator- garen e daren licencia al balle del dit loch de Pin que puscha penre e fea talar v. aybres e daqueles -^ fer fer escaunes a son us en aquel loch que li sia pus covinent en lo dit bosch aquest ayn solament.Emperomanaren los ditz procuradors quels ditz
' Retetz, de redre ou retre, remettre.
- Vi {Plnus), commune du canton d'Olelle (arrûDdissement de Prades). Les environs de ce village ont été très-boisés dans le temps ; mais ses monta- gnes, qui sont des contreforts du Canigou, ont vu s'éclaircir graduellement l'épais manteau forestier dont elles étaient enveloppées. En face de Pi s'ou- vre la sombre et étroite vallée du torrent de Roja, qui de.scend des plus hautes crêtes des Esquerdes de Roja. Ces crêtes relient le pic du Canigou à la pyra- mide Coslabona et, par elle, à la chaîne pyrénéenne. La forêt de Garravela était déjà détruite ou XYllk siècle; on ne parle plus à cette époque que de la « montagne de Garravera . «
■iSic.
64 DOCUMENTS
homens e balles agen a penre los cUtz ajbres ad u vl ' senes que non pusquen oscar altres aybres, sino aquels que elej^i- ran ad ujl. E mes lor darcn licencia que pusquen penre a lur us totz los ajbres que troben abatutz en lo dit boscli, e fer daquels so ques volran a lur us.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 9i. Procuracio real,reg. xvii, f" 20 ro.)
. X
NOMINATION d'uN GARDIEN POUR LA TOUR CERDANE "
Divenres xvi. dies de juynlayn de m. ccc.xii. — Fo hordonat per lo senyor rej que en Peric de Livia estia a la Torr Cer- dana. Si teres ■'' de serventz et ab i. ca, e deu aver per garda de la dita torr quasqun ayn xxv. Ib, e deu comensar lo die de sant Johan primer venent, e deu li hom pagar la maytat del dit salari en festa de Nadal, e laltra maytat en festa de sant Johan de juyn.
Item vole e hordona lo dit senyor Rey quel dit P. de Livia sia balle de la val de Queroll, e que li done hora de salari per la dita bailla aytal salari quo es acusturaat de donar a balle de la dita Val; e aysso hordona lo sefiyor Rey que sia servat ay- tant quant ad el playra.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 94, Procuracio real, reg. xvii, fo 2i r".)
XI
ENGAGEMENT DE BN PIGUERES DE REMPLIR FIDÈLEMENT l'oFFICE DE LA « SCRIVANIE » DU CHATEAU DE TAUTAVEL
Diluns XXVI. dies de juin lai/n de mcccxii. — En Bn Figueres
' Uyl;Yy est marque d'un trait. On a écrit plus tard, et l'on écrit encore en catalan ull, œil.
- Pour la Tour Cerdanc et la vallée de Querol ou Carol, voy. une excellente élude de M. Alart dans la première série de ses Notices sur les comtnunes du lioussillon, p. 145 et suiv. — U y a, dans l'ancien territoire de Puigcerda, et non loin de ce qu'on appelle lo bach de Llivia, une haute montagne (2,810 mètres d'altitude) qui porte le nom de Puif/ Peric, appelée Pujo El- perico dans des documents des X» et XI* siècles transcrits par Marca (104, 105). Nos gcographies et nos guides ont sottement transformé le Puig Peric en Pui/ de Prigue! — ^ Sic.
SUR LA LANGUE CATALANE 65
prevere establit enlacapela quel senyor Rej ha en lo castell de Taltauyl ^ se obliga al senyors en P. de Bordoyl en P. Mat- fre procuradors del dit seîijor Rey, que el be e fiselment ser- vira e fara lufflci delescrivaniade Taltauyl de totes cartes pu- bliques e lescrivania de la cort aytant quant la dita escrivania tenga per lo dit seiîyor Rey. E si negun frau cometia lo dit Bn en lo dit offlci, vole e promes de pagar al senyor Rey par nom de pena l. Ibr de Bar. per la quai pena establi fer- mansa NArnald Figuera frare seu, del dit loc, loqual Arn. Fi- guera per precs e per manament del dit Bii frare seu sestabli per fermansa als ditz procuradors per la dita pena, la quai promes pagar al ditz procuradors per nom del dit seiiyor rey sil dit frare seu cometia negun frau en lo dit offlci ; per la quai pena pagadora obliga lo dit Arn. als ditz procuradors per nom del dit senyor Rey totz sos bens, e renuneia ad aquel dret qui mana destrenyer ans lo principal que la fermansa.
Feyt lo aysso lo die el ayn damunt ditz, en presencia dEn Jacme-.
En dit die. NArnald Figuera se obliga e promes de pagar la pena tantost que sia trobat quel dit Bii frare seu bagues cornes negun frau en lo dit offlci.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 94, Procumcio real, reg. xvii, fo 21 vo.)
XII
ERMENGAU MORRET, d'oPOL, s' ENGAGE A COMPARAITRE DEVANT LE TRIBUNAL DU ROI A PREMIÈRE RÉQUISITION
Divenres primer die del mes de febrer en layn de m . ccc . xiii . — Ermengau Morretrenderde Opou^, promes als senyors En
1 Aujourd'hui Tautavel, commune du canton de la Tour (arrondissement de Perpignan) . C'était le dernier village du Roussillon sur les limites des pays de Fonollet et de Pierrepertuse. On peut visiter les ruines de ce vieux châ- teau, qui comptait encore comme place de guerre en 1640. Voy. au sujet de Tautavel les études du premier président Aragon, sous le titre de les Ancie7is châteaux forts des Corbières l'oussillonnaises ; Montpellier, J. Martel aîné, 1882.— 2 Sic.
3 Opol(que Ton prononce Opoul), commune de Rivesaltes (arrondissement de Perpignan). Pour la forme de ce mot, voy. Alart, Études hist. et phiL, à la suite de ses Documents, etc. , p. 19.
6Q DOCUMENTS
P. de Bardoyl e an P. Matfre procuradors del molt ait senyor Rey de Malorches que el ' presentara sa persona en la cort del senyor Rey tota hora que per la dita sia request per so car la dita cort fa demanda al dit Ermengau e contre el per alqun bestiar que era estât trobat e avial près a sa ma e nol avia denunciat, e encara per alqun bestiar que avia acaptat e feytacaptar dalquns homens de Opou, tenentoffici de ballia. E ajso promes sotz pena de i. Ibr, per ios quais obliga sos bens, e dayso dona per fermansa En P. Morret de Baixas frare seu. Don en^ P. Morret per precs del dit Ermengau es- tablesch [mi?] per fermansa e pagador de la dita pena si la co- metia. E per ayso obliga sos bens.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 94, Procuracio real, reg. xvii, f» 23 r».)
XIII
VISITE DE P. DE BARDOYL A SALSES POUR CONSTATER l'ÉTAT DES TERRES DU ROI
Dimartz v. dies de febrer en layn de mcccxiii. — Fo en P. de Bardoyl, procurador delt molt ait senyor de Mayorches, a Salsses-', e de manament ad el feyt per lo dit senyor'* Rej' sobrel' feyt de les terres que eren en Ios termes de Salsses, quant séria covinent causa que poguessen estar les terres meyns® de blat, e après quai temps deguessen fer blat en les dites terres.
Sobre aysso lo ditP. de Bardoyl fe manament anR. Seguin, balle de Salsses per lo dit seiîyor rey, que el degues penre testimonis sobrel dit feyt. Loqual balle de mantenent près per
» Sic.
2 II faudrait peul-clre lire eu, qui serait mis pour yo oxijo.
^ Salses (et non pas Salces, comme on l'écrit trop souvent aujourd'hui), commune du canton de Rivesaltes (arrondissement de Perpignan)., C'est la Fons Salsulœ des anciens.
'> Sewyor; le trait qui surmonte !"« devrait évidemment faire transcrire ce mot par senynov ou sennyor. Ou trouve aussi ijuclquefois sennor, sans y, ((ui est remplacé par n simple.
'■> Pour sobre lo.
^ Meyns de hlat, sans blé.
SUR LA LANGUE CATALANE 67
testimonis En G, Bonafos en JaubertComa consols de Salsses, e En R.Puster e En Johan Sabater en Johan Amilot e En P. Sabater en Ar. R. Biî Lobet, Antoni Thomas, Ar. Pages, P. Amalrich, Steve Rostojl, totz de Salsses. Los quais testimonis, juratz en poderdel dit balle als santz iiii. Evangelis, dixeren que totes les terres que son en los termes de Salsses e en lad- jacencia de la glesade sant Esteve del dit loc se degen laurar e semnar^ enfre iiii. ayns tota ora que playra als possesidors daqueles cnfre los dits iiii. ayns, en altra manera, si de iiii. en un. ayns al meyns no les lauraven e no les semenaven, lo senyor rey pusca donar ad accapte, ad altre ho ad altresles dites terres, el balle del dit loc per lo dit senyor rey pusca aqueles liurar a laurar e semenar a cuy o quais se voira.
(Arclî. des Pyr-.Or., B. 94, Procuracio real, reg. xvii, fo 24 i".)
XIV 2 DÉFENSE DE JETER DU POISSON DANS LE RUISSEAU DU ROI
Idus augusti anno domini m. ccc. xiii. — Ffo feyta la crida davayl scrita de part del senyorEn Bh Daui, cavaler, balle de Perpenya.
Auyatz que mana lo balle del s. Rey a totz cominalment, que no ni aganegun ni neguna, sia peyxoner o altre persona, per ardiment que aya, qui gaus guitar-' peix al rechdels. ReyS sotz pena per cascuna vegada de ii. s.
XV
RÈGLEMENT POUR LES MARCHANDS DE SEL EN DETAIL
Auyatz que mana lo balle del s. Rey a totz los saliners e a totes les salineres qui venen sal a menut, que cascun e cas-
1 Lisez semenar.
2 Les trois criées que nous donnons sous les nos xiv, xv et xvi, sont à la suite l'une de l'autre dans le ms.; elles se rapportent très-probablement à la même date.
3 Gii représente abusivement ici la lettre /; r/uitar est mis pour jitar. * Lo rech del Rey ou Ruisseau royal de Thuir.
68 DOCUMENTS
cuna donene sien tengiitz douar per tornes a cascuna migera que vendrai! miga cossa, o a la saumada m. cosses, e aissi segons meyns o mes, sotz pena de v. s.
XVI
DEFENSE AUX « REGATERS » D ACHETER POUR LES REVENDRE CERTAI>'i:s CATÉGORIES DE COMESTIBLES
Aquesta orida davujl scrila t"o t'ojta de part del sonyor En Bn Daui, cavaler, balle de Perpenya, ab conseyl e abvolun- tat dKn Bn dAlanja, e dEn Hugnet Sabors e dEnRicolf Oliba, diOn BndeVernet e dEn Pagua Fnster, consols de Perpenya, en aquesta mauera quis seguoix.
Auyatz que mana lo balle del s.Reyatotz comiiialiuent,que negun regator ni regaterani nuyl altre hom, per revendre no gaus coinprar ni fer comprar ni meroadeyar per si ni per altre dins la vila de Perpenya, ni de fora entorn una légua de la dita vila, en camin. fora castel, neguns aucels, volateria, ni ooniyls, ni lebres, ni neguna salvatgina, ni pois, ni galines, ni ous, ni frouiatges, ni notz, ni avalanes, ni sebes enforeades : dins los casteyls, erapero, pusquen comprar. E qui contre aixo tara, pach ' de pena per cascuna vegada m. s., de la cal lo denuu- ciador aura la terssa part, exceptât compradore venedor.
Item mana que negun regater ni regatera no gaus comprar ni fercom[)rartVuyta ni erba per revendre, dins la vilade Per- penya, ni de fora entorn una lega de la dita vila, en oamin [ni' fora camin, ni en castel [ni?] fora castel, tro ^\\\c mig die sia souat, sotz pena de m. s.
Item que negun Juseu ni Juseua no gaus comprar ni fer comprar per si ni per altre en dies de mercat, dins la vila do Perpenya, pois, ni galines, auques, anetz, ni neguna volateria, ous, ni fromatges, tro tercia sia sonada, sotz pena de m, s.
(i)nlinacion$, I, ^> hi roet v».)
I Vnrh cl souvotil/)/R' pour/)«y («m'il payei. Le y est remplacé très-rréqueiu- lueiil par '' ou ch dur.
SUR LA la.MjUE Catalane es
XVII
« ORDONAMENT DE PIRES »
IP nonas septembr. anno domini m. ccc. xiu. — Fo fejta la crida davajl scrita de partdel balle.
Aujatz totz cominalment queus fa asaberlo balle del s.Rej, quel dit s, Rer a ahordonat que les fires del mes dahost co- mensen totz temps la vespre de sent Bertho!omeu,e que,daqui anant, perejl ni per altre no sien mudades ni alongades.
[Ordinacions, I, f» 54 r».)
XVIII
DÉFEySE AUX « POEQUERS » DE SORTIR DE PERPIGSAX
XVI. klns jaimai'ii anno domini yi. ccc. xiii. — Fo fejta la crida davavl scrita de part del senjor En BnDaui, cavalier, balle de Perpenya.
Aujatz que mana el balle del s. Rev a totz cominalment.
quel nostresenjor Rev a adordonat que porquer no jsca' de
la vila de Perpenvaper asi en la.
(Ibidem.)
xrx
DÉFENSE AUX « ilEXESCALS» d'EXERCER l'OFTICE DE a CORRATER»
Pridie idus januarti anno domini m. ccc. xm. — Fo cridat
perla viia de Perpenva de manament del senvor En Bn Daui.
cavaler, balle de Perpenva, que nul menescal no gaus esser
corrater sotz pena de xx s .
{Ibidem.)
XX
RÈGLEiTEXT POUR LES BOULANGERS
xni. kk februarii anno domini m. ccc . xui. — Fo cridat per la vila de Perpenja, de manament del senjor Eii Bn Daui ca-
' Se sorte, sabj. de ixir.
70 DOCUMENTS
valer, balle de Perpenya, que noy aga negun fflaquer ni ne- guna flaquera qui daqui anant gaus fer pan ni tener pan, sino de un diner o de ii. diners, e quiaquestmanament passara, de
pena el pan.
(I/jidem.)
XXI
PENSION VIAGÈRE ASSIGNÉE A RAYMOND DE GUARDIA PAR l'archevêque DE TARRAGONE '
Divenres xv. dies deimes de febreren layn de m. ccc. xiii. — EnP.de BardoylenP.Matfre,procuradors del moltalt senyor Rey de Malorches, veseren i' carta o letra del sant pare archevesche de Tarragona, que era estada tramesa al senyor Rej^ per raho de la pencioque avia assignada al honrador se- nyor frare R. Sa Gruardia del orde del Temple sabentras: en la quai se contenia, entre les altres coses, quel dit frare R., lo quai avia absolit^, degues estar e esser colloguat en la casa del Mas Deu^, e en aquel loch aga habitacio senes* loger e senes selari, e que de la ortalissa del ort e dels frutz dels ay- bres fruters ad ops tant solament de mengar, e encara lenyes dels bochs del Mas Deu o dels altres locs, senes merme" da- quels locs, per se e per sa companya pusca francament penre e aver. E assigna al dit frare R. per provisio de totes les sues causes e a sa companya necessaries per quascun ayn — cccl. Ib, dels bens que foren del dit Temple.
A la quai quitacio a penre comensa a mig utubri del ayn de
M. ccc. XIII,
De la quai provisio fo manat per la senyor Rey an P. de
• Ce document n'est pas inédit ; il a été publié par Alart, en 1S67, dans son étude sur \& Suppression de l'ordre du Temple en Houssillon.
- La lecture de la fin du mot est douteuse ; peut-être faut-il lire simple- mont absolt.
■' Siège de la commanderie du Roussillon. La maison et le domaine des Templiers existent encore en grande partie sous le même nom, à 14 kil. de Perpignan, et non loin de la roule d'Espagne. Raymond de Guardia avait été 11' dernier commandeur du Mas Deu.
* Sans [payer] loyer ni salaire.
^ Mej-tne, dommage, sans porter dommage à ces lieux.
SUR LA LANGUE CATALANE 71
Bardoyl al Volo • digous mati en layn de sus dit a la casa dEn Vives, que sia pagada al dit frire R. cascun ayn de un. en iiii. meses, mes tota hora agai^ pagua avantada- ab que do 1° fermansa, que si per aventura lo dit frare R. moria que au- ria presa la pagua e no li pertanyia so que près auria, les fer- manses que dara degen retre so que mes auria près que no li pertanyeria per sa pencio o quitacio.
En Bge'' d'Atsat en P. d'Atsat frares, amdos doncsels habi- tantz de Perpenja, perprecs e per mauament del dit frare R. sestabliren fermanses de retre tôt so quel dit frare R. auria mes près que no li pertanyeria de sa quitacio tro al dia que morria, e per ayso obligaren lurs bens e renunciaren a tôt dret per els fasen.
De la quai quitacio li fesem liurar an P. Ribera divenres viii. dies del mes de martz, ab l Ib que ja li avia liurades, per tôt — CCL. Ib.
Item li donem al dit frare R. Sagardia divenres viii. dies del mes de martz, nombrantz al Temple^ — cxxiii. Ib. vi. s. vni. d.
S^ que li avem feyt liurar, per tôt ccclxxiii. Ib.vi. s.viii.d, que fan en Tor. dargent, Tornes d argent a xvi. d., — v™dc. Torn. dargent qui valen, comdatz xv. diners per i. Tornes dargent Bar. menutz,cccL. Ib.
Per so car se conte en la carta del senyor Archevesche de Tarragona que les ccc. l. Ib sien donades al dit comanador en Bar. menutz o de moneda valent aqueles.
{alla maww)Aquestes cccl. Ib son mundans* en lo capitolde
' Le Boulou, commune du cauton de Céret.
2 Amantada? Le sens est un payement joa?- avance.
3 II s'agit ici de la Maison du Temple à Perpignan, où l'ancien commandeur était sans doute obligé de faire sa résidence. Cette maison se composait d'une vaste enceinte, entourée d'arcades et de boutiques, derrière lesquelles se dres- saieut les murs élevés d'un véritable château. C'était le manoir le mieux forlilic de la ville de Perpignan, deveuue la capitale du royaume de Majorque, et, en 1285, à l'époque où le château royal (citadelle acluellCy n'étaif pas encore achevé, c'est ce manoir qui conservait le trésor et les archives de la couronne. Au reste, cette dernière destination delà Maison du Temple datait de loin, car, en 1180, elle servait déjà de dépôt aux actes publics les plus importants.
Ml faut lire mudades : « Ces mccc livres sont reportées à rarlicle delà pen- sion de frère Raymond, dans le Livre de la Coviptalnlité du Temple de m. ccc. XIIII. »
72 DOCUMENTS
la quitacio de ffrare R. en lo libre de la ra/io ciel Temple de
M. CGC, XllII.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 94, Vrociirado real, reg. xvii, lo 25 rv)
XXII
RÈGLEMENT POUR LE RUISSEAU DE RIVESALTES '
Diyous xxviiii. (lies de martz laijn de mcccxiii. — Fo adordo- natlier En P. de Bardoj-l, proenrador del raolt ait senjor vey (le Majorches, que negun hom no gaus regardel rech quel s, Rej ha feyt fer per regar lo plan de Ribesaltes, sino aquels de Ribesaltes e dels altres locs qui han licencia de regar, sens licencia dels procuradors del s. Rey, sotz pena de lx. s. per quasquna vegada, la quai pagara qui contre fara.
Item que negun hom no gaus pexer negun bestiar menut ni gros prop lo dit rech per espasi de ii. canes de Montpeller. E aquel qui contrefara pagara de pena per quascuna vegada, so es saber, per quascuna bestia grossa ii . drs, e per quascuna bestia menudai. d.
Item que nuyl hom no gaus gitar pères ni negun altre ra- sum^ en lo dit rech, sotz pena de x. s. per quascuna vegada.
De les quais pênes haura lo garda o baner de les dites cau- ses, la meytat, el s. Rey laltra meytat.
De totes aquestes hordonacions fo tramesa letra al balle de Baixans ■' e al balle de Parestortes *, e Aspira'' e de la pobla de
1 II paraît que Jacques l"^"" de Majorque avait déjà accordé à Béraoger De- benun, camérier de l'abbaye de la Grasse, seigneur de Rivesaites, et aux ha- bitants du lieu, la permission de construire un canal qui devait traverser les territoires de Pêne et d'Espira. Ce qui est certain, c'est que le 3 des calendes de novembre 1312, le roi de Majorque concéda aux seigneurs et habitants do Rivesiilles le droit de prendre les eaux de l'Agli pour l'arrosage de leur pla. En 1332, Jacques II déchargea les habitants de l'obligation de tenir en état la iligue des moulins. Le règlement de 1313, que nous publions ici, semble bien l'aire comprendre que le canal était terminé à cette dernière date et qu'il ap- partenait au roi.
- Rasum, déblai, décombres.
•' Le canal traversait ou touchait le territoire de tous ces villages. Baixas, commune du canton de Rivesaites (arrondissement de Perpignan). Lorsque son nom apparaît pour la première fois dans nos archives en 925, c'est sous
SUR LA LANGUE CATALANE 73
Pena'^ e de Gaussa', e per els ditz balles fevta crida de les dites causes en quascun dels ditz locs.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 94, Procuracio real. reg. xvii, fo 22 10.)
XXIII
RÈGLEMENT POUR LES VENTES A l'eNCAN
VII. kls aprilis anno dominin. ccc. xiii. — Ordonat fo por en Brgrdesent Paul, batle de Perpenya e per En BùBrandin, jutge de la cort del dit balle, ab consentiment e voluntat dEn R. de Capsir e d'En Pons Bonet e dEn Biï Fabre e dEn P. Gaussa edEn G-. Neg-re, conssols de Perpenya, e daltres pro- somes de Perpenya, que si daquest die enant alcuna causa moble se veu ad encant o a coyl en la vila de Perpenya, e si alcun home diu al encant a la dita causa moble, el ^ corredor no la liurada ad aquel qui dit j^auradins espaci deim.jorns que, passatz los ditz'-* iiii, jorns,lo dit home qui dit hi aura no siadestret ni forssat a penre ni comprar la dita causa mo- ble, ni aquel de qui sera la dita causa moble no sia forssat de vendre ni liurar la dita causa moble si nos vol.
Iteyn fo ordonat que si alcuna causa no mobla se vend ad en- la forme du pluriel : villam qiiam vocant Baixanos {Cartulairc
dELne, fo 12). On ne le trouve guère, plus tard, qu'une ou deux fois au sin- gulier, de Baxano.
"Aujourd'hui Peyrestortes, commune voisine de Baixas, citée, en 1130, sous les deux formes latine et romane de Parietihus tovtis et Parets fortes; plus tard, on trouve Perestortes et même Peyrestortes, cette dernière forme en 1143 (Arch. des Pyr.-Or., Rubriques de PuUjiiau, X, fo 732 vo).
-> Espira-de-l'Agli, commune du canton deRivesaltes, à quelques kilomètres de Baixas et de Peyrestortes.
•• La Pohla de Pena, aujourd'hui Cases-de-Pene en français, et las Esca- zassas, en catalan. Cette dernière forme est une corruption singulière de les Cases, qui semble avoir été importée par les habitants du pays de Fonollet. Il y avait primitivement en cet endroit un château qu'on désignait simplement sous le nom de Pena ou Penna, au Xf» siècle. Le mot Casas est relativement récent.
' Caussa, aujourd'hui Calce, comme les précédents daos le canton de Ri- vesaltes. La première forme se trouvait en 988 dans le Cartulaire de Cuxa ; plus tard, on trouve le mot en latin sous les formes de Cali;/a et Calcia.
* El pour e lo.
' Le ms. porte dins los.
74 DOCUMENTS
cant, et alcun hom lii aura dit a leiicant rcncantador no la aui'a liurada ad a(iuel qui dit hi haura dins espasi de xv.dies, f[ue, passatz los ditz xv. dics, aquel qui dit hi aura a la dita causa no moble, no sia destret ni fortsat de comprar aqueyla, ni a(iuel de qui sera la dita causa no moble no sia fortsat de vendre ni de liuraraquela si nos' vol.
[Ordinacions, I, f» 51 vo.)
XXIV
DÉFENSE AUX BAILLIS ET AUX FERMIERS DU ROI DE LAISSER ALIÉNER LES BIENS DU DOMAINE
Juin 1313. — Fo adordonat per Monssenyor En Sanxo, per la {i'racia de deu Rey de Malorches, entorn de la festa de sent Joliau lîabtiste de juyn, en layn moccxiii. que daqui avant negun batle ho render de! dit senyor Rey no laus ni leyxs alienar ni transportar negunos possessions ques tenguen per lo senyor Rey a negun hom ni femna qui tengua masada ho borda per altruy senyor, sia laych- sia clergue. Et dayso avem tramesa copia, nos en P. de Bardoyl en P. Matfre, pro- curadors del dit senyor Rey, a tots, los bâties del dit senyor Rey, que de part del dit senyor Roy ho degenfer escriure si- cretament cascun al libre de sa cort en loch que negun altre hom, septat lo dit batle de cascun loch ho sos successors tan solamcnt,no ho puschen trobar ni ligir.
(Arcli. des Pyr.-Or., B. 94, Procuracio rcal, reg. xvii, f« 22 vo.)
XXV
DÉFENSE DE SE BAIGNER DANS LK lUIISSEAU DU ROI ET DE PREN- DRE DE l'eau DANS LE RUISSEAU DES MOULINS DU SIEUR FOU - TANET.
XIII. kh augusti anno domini m. ccc. xiii. — Fuit facta pre- conilzacio infrascripta ex parle Bernadi Dauini , hajuli Perpi- niani, in liunc mndum.
' NoA pour no's ou no se, mot à mot, « si cela uc se voul, si ou ne le veut pas. »
- Ailleurs, lecli.
SUR LA. LANGUE CATALANE 75
Aujatz quemana lo balle del scnjorRov atotz cominalment, que iiogun ni noguna, per ardimeiit que aya, nos gaus baynar al rech del senjor Rej dins la vila, sotz pena de xii. drs'.
ïtem raana a totz cominalment, que nesz'un ni ne.nuna, pei- ardiment que aga, no gaus pcnre ayga del rech dels molins dEn Fortanct per adaygar vassades de li, si doncs laj'ga de les dites vasses no tornava puxs al dit rech ; c aquel o a(jucla i\m aquestmanament passara, pagara de i)onaper cascunave- gada V. s.
[Onlinacions, I, f» 52 ro.)
XXVI
RÈGLEMENT POUR LE «GRAU )) DE l'ÉTANG DE SAINT-LAURENT- DE-LA-SALANQUE
Diiienrcs xiiii. die s de desembre layn de m. ccc. \ui. — Fo adîiordonat de manament e de voluntat del senyor Rey, quels homcns de sent Laurens qui i)esquen c pescaran en lo estayn de sent Laurens degen pagar e contribuir a la clausura del dit estayn axi quant era estât antigament.
So es saber quels renders del s. Rey, cant lo grau se deu penre, primerament degen ajustar salsores e altre pertreyt per penre lo dit grau a ses propries raessions. e, ajustades les dites salsores e pertreyt perlos ditz renders, los dits pes- cadors qui pescaran en lo dit estayn dins lo dit ayn, arequesta dels ditz renders o après la crida feyta per los ditz renders, dcuen anar al dit grau per clausir aquel, e ab barches aquels qui auran barches, e mètre algua- salsores e tôt altre pertreyt qui ajustât hi sia per clausir lo dit grau, senesalqun loguer 0 sdari que aver non'' deuen.
Item que si aquel ayn meteixs quel dit grau sera près, sen dave quel dit grau se trenche o, senestrencar, cove a reffort- sar, los ditz renders deuen ajustar v. o vi. dels ditz pesca- c'ors, dels milors, e donar ad aquels entendre que bon séria
' Au-dessous: non tenetur seu servatur.
2 Sic.
3 T^on ou no'n.
7t) DOCUMENTS SUR LA LANGUE CATALANE
quel dit grau deguos hom penro o dogues hom reffortsaraquel, e que séria lur voluntat que degen donar o contril>uir per penre o per reffortsar lo dit grau. E adoncs los ditz pescadors prometien que darien ])er cabessa vi. o xii.d, o prometien do- nar en soma entre totz x. Ib ou xv. Ib, e axi segons mes e mevns, segons quels era' vigares que podra muntar la messio del retfortsament dol dit grau .
ItPtn quels homens estrayns qui venen pescar al dit estayn se an avenir ab los renders e, segons que sera covengut en- tre los primers els renders, totz los altres estrayns qui y ven- ran pescar agen a pagar segons la covinensa dels primers, si doncs los renders no lin volen fer gracia.
Totes les causes damont dites foren trobades per dit de tes- timonis que axi era aeostumat de fer antigament, los quais testimonis son aquestz, Johan Raholph, Steve Jaubert, P. Isern. Johan Jaubert. Arn. Rochafort, totz de sent Laurens.
(Arch. des Pyr.-Or., B. 94, Procuracio real, reg. xvii, f» 11 vo.)
Pierre Vidal. (A suivre .)
» S/c.
Dialectes Modernes
GRANDEUR ET DÉrADEXCE
DU MOT « MÉCHANT,^ AU XVIIe SIÈCLE
Qui n'a rencontré dans quelqu'un de ces recueils de bons mots, si nombreux au XYII^ et au XVIIIe siècle, Fanecdote .suivante :
" Le mot (fros a été tellement à la mode, qu'on le plaçait partout, et qu'on le confondait avec le mot de grande Le Roi dit, dans ce temps-là, à Despréaux : « Je souhaite que l'Acadé- » mie française, qui est établie pour déterminer le vérirable » sens des termes de la langue, distingue précisément la si- )> gniôcation de ces mots de gros et àe grand, afin que l'usage » ne les confonde pas pour toujours ^. » — « Votre Majesté )) n'a rien à craindre, lui répondit le poète, la postérité dis- y> tinguera toujours bien Louis le Grand d'avec Louis le » Gros ■' . »
' On était à la fin de cet engouement pour le mot yros, eu 1694, lorsque Edme Boursault publia sa piquante coraidie : Les Mots à la mode. « Gros » est un mot proscrit, ma sœur, dit M. Brice, le personnage raisonnable de la pièce. Se. 6.
- Boursault distingue très-bien la signification des deux termes dans les vers suivants :
Me trouver l'esprit fjros, c estl e trouver épais ; A moins qu'un fjros seigneur n'ait la taille fort grosse. Est-il expression plus bizarre et plus fausse ! Qui diable a jamais dit depuis quinze ^ros jours?
[Ibid.) Au reste, la confusion entre grand, et fjros venait d'une synonymie réelle, qui avait existé autrefois. On trouve encore dans Monet: gros, grand, puis- sant, assorti de moyens et de crédit; il est des gros de la ville. — Grossir, de- venir grand, auf/esco.
' Desbois, Recueil de hon< mots, 1730 ; II, p. 82.
78 GRANDEUR ET DECADENCE
Un engouement du même genre s'est produit en faveur du mot méchant. Il était devenu tellement à la mode, pendant la plus grande partie du règne de Louis XIV, qu'on le mettait partout à la place de mauvais. Ce fait curieux de linguistique vaut la peine d'être étudié.
Les deux mots ainsi confondus ne paraissent point égale- ment anciens dans la langue. Tandis que mauvais ou malvais se trouve déjà dans la Chanson de Roland, le premier exemple de méchant, cité par Littré, est seulement du XIV^ siècle'. Par contre, si l'origine de méchant est plus moderne, l'étymologie en est beaucoup plus claire et plus incontestable.
« L'ancienne forme, dit Littré, est mescheant, du préfixe mes et de cheant, participe présent du verbe choir. Meschanl signifie proprement celui qui a mauvaise chance ; de là vient le sens de ne valant rien, chétif, insuffisant ; un pas de plus, en s'éloignant du sens primitif, conduit à l'acception de con- traire à la probité en parlant des choses, et d'enclin à mal faire en parlant des personnes. »
Et, comme exemples du sens primitif et du sens le plus loin- tain, Littré cite les deux textes suivants, qui appartiennent, l'un et l'autre, au XIV^ siècle.
« Il seroit aucune foiz beneiiré, et après autre foix maleu- reuz et mescheant. Oresme. Eihic. 23.
» Cils chevaliers l'a pris ens ces prez là devant. Et le tient en prison en guise de meschanl. Guesclin, 2266.
Cette étymologie est assurément hors de toute discussion, et déjà Ménage l'avait indiquée" dans ses Origines de la langue française. Celle du synonyme de méchant est infiniment plus douteuse. Mauvais, ou plutôt malvais, vient, disent les uns-, du haut allemand balvasi, transformé en malvasi sous l'influence de malus. Il est sorti, au dire des autres, de maie levalus, que l'on retrouve assez bien dans le provençal malvats'^. Je laisse
1 II est vrai que meschoir et mcschance se rencontrent dans des textes plus anciens. — Me.9c/jflnnui-mêmc avait déjà, au XIII» siècle, le sens de mauvais; ainsi que le témoigne un texte formel de Matthieu Paris, cité par Ménage dans ses Origines : «i Dixit quod malus csset, gallicana lingua mcschaiit, et hoc verbum maximae offensionis inter eos. » (P. 1159 delapr. éd.)
^ Scheler.
' Diez, Lex. étym., I, 260.
DU MOT « MECHANT " AU XVIP SIECLE 79
à de plus habiles le soin de décider entre ces deux ctymolo- gies; pourtant, à parler franchement, ni l'une ni Fautre ne me séduisent. Maie levatus s'accorde, tout au plus ', avec le provençal malvats, et balvasi me répugne infiniment. Les dé- fenseurs de cette dernière origine ne tiennent pas assez de compte du préfixe ma/, et cependant ce préfixe, ainsi que ses congénères mar et mes, occupent une place trop grande dans la formation des adjectifs et des mots péjoratifs pour qu'on en fasse ainsi bon marché. Mais, Je le répète, je n'ai pas le droit de donner un avis en matière semblable et soumets humble- ment mes doutes aux romanistes. Je ne garde pour moi que la tâche, plus modeste, de constater la fortune de nos deux qualificatifs pendant le cours du XVIIe siècle.
Littré, comme nous l'avons vu, considère, à propos de mé- chant, le sens de contraire à la probité et d'enclin au mal, comme l'acception dernière et la plus éloignée de la signifi- cation primitive. Il a raison, sans doute, au point de vue de l'ordre logique ; mais ce sens éloigné devint de très-bonne heure le sens le plus usuel. Il l'était déjà au XIIP siècle, Mat- thieu Paris l'atteste. Littré lui-même donne un exemple de cette acception, tiré de la Chronique du Guesclin, texte de même date environ que l'ouvrage d'Oresnie, où se trouve in- diqué le sens primitif.
AuXVIesiècle, cette signification dérivée était certainement la principale et la plus ordinaire % Pour traduire les mots la- tins scelestus, sceleratus, nefandus, nefarins, nequam, Charles Estienne'' n'emploie g\xèvec{ViQ\e moi meschant, et réservemau- vais pour rendre des adjectifs moins énergiques, comme malus et malignus. Quant au substantif abstrait formé de méchant, s'il eut jamais l'acception de mauvaise chance, d'insuffisance ou de valeur chétive, il l'a perdue complètement. Les diction- naires du temps ne le rendent que par des termes qui signi-
ï Léon Gautier, Glosxaire de Roland, p. 585.
2 Non pas que les autres sens eussent disparu. En 15;^3, Ch. de Bovelles {Carolus Bovillus), cité ^a.v (j&ma, Lexique de Molière, dit expressément: meschant (\\id.\'Oc& abutentes Galli viruna interdum inopern, interdura zhî- quum, dolosum et infelicem.... [de Vitiis vubjar. lin;/., p. 15. —Remar- quez que peu chanceux, infelix, est rejeté à la dernière place.
3 Dictionariumlatino-gallicum; Lutetiic, 1561, in-fol.
80 GRANDEUR ET DECADENCE
fient penchant au mal ou action coupable. On trouve, en effet, dans un lexique à l'usage des écoles, le Dictionariolwn puero- rum\ après meschanceté, les expressions suivantes : facinus illi- berale, improbitas cordis humani, impuritas, indi(jnitas, nequi- tia, scelus, vitium. Le terme de mesc fiance est, à la fin du siècle, traduit par iniquitas, iniquité.
Ainsi le mot qui, dans l'origine, avait eu le sens le moins fort, avait alors Tacception la plus énergique ; tandis que, par un sort contraire, l'adjectif, que son étjmologie semblait des- tiner à exprimer un plus grand degré de perversité, n'avait plus qu'un sens relativement adouci-.
Tel était l'état de ces deux mots au commencement du XVIP siècle. Aussi, dans un dictionnaire français-italien de 1603, composé par P. Canal, mauvais est rendu par malvâgio et caltivo, au lieu que meschant est traduit par les termes au- trement énergiques de sceleratoet de ribaldo. 11 y a plus: l'au- teur de ce vocabulaire, ou ne s'est douté ni de la signification primitive de peu chanceux, ni de l'acception dérivée de chétif et d'insuffisant, ou bien n'a tenu aucun compte de ces deux sens, plus anciens cependant que celui qu'il donne. Faut-il s'en étonner ? Nicot, dont le dictionnaire a été la source où puisèrent tous les lexicographes postérieurs, n'est pas plus complet surce point. Il énumère, en effet, diverses acceptions du mot mescimnt: scélérat, abandonné à tous les vices, digne de punition, quand il s'agit des personnes; indigne, criminel, honteux, lorsqu'il est question des choses. Mais le sens d'in- suffisant, de vil et de peu de valeur, n'est pas mentionné. Quant à celui d'infortuné, de peu chanceux, à peine est-il entrevu dans des exemples comme ceux-ci : les meschantes gens d'une ville, fxx ciDilatis ;\q lieu oîi se retirent toutes meschantes gens, ouïes meschantes gens même: sen/?'»a. Encore Nicot oppose-t-il formellement méchant à malheureux dans le pro- verbe suivant: Aimer plus estre meschant que bclistre, turpi- ter potins quam calamitose vivere'\
• Dictionariolum pueroriim. Lugduui, ap, Henricum Hylarium el Ludovi- ciini Cloquemin. 1574, iD-4o.
^ 11 en est de même du nom abstrait dérivé de mauvais. Le Dictionario- lum piternvum traduit mauvaistié (ma«i'rt(7j^dans Ph. Monel), par ?««//- ;//iif>is, /i/dvitas. — ' L'édition de Nicot, que nous avons consultée, est celle (le Jean Baudoin. Lyon, Cl. Morillon, 1606, in-4o.
DU MOT «MECHANT» AU XV11« SIECLE 81
Fait plus singulier encore, Malherbe, le vieux docteur en langue vulgaire, n'emploie meschant que dans le sens de per- vers; il se sert au contraire de mauvais, dans tous les cas où les hommes de la génération suivante devaient user de l'ad- jectif méchant.
Est-ce à dire pourtant que ce dernier eût perdu son sens primitif de malheureux ou de peu de valeur? Non, sans doute. Si l'on ne le rencontre avec ces acceptions, ni dans le dic- tionnaire de Nicot et de P. Canal, ni dans les œuvres de Mal- herbe, la lacune est facile à combler au moyen de lexiques et d'écrivains contemporains. — Le Thresor des trois langues fran- çoùe, italienne et espagnolle, ne donne, il est vrai, que les signi- fications d'inique, abandonné à toute gourmandise et à toute « impudicité *. » Mais Cotgrave cite un proverbe où l'acception de malheureux et de misérable ne fait pas doute : « Aujourd'liui marchand, demain «meschant^ » ; et, dans son Parallèle des lan- gues latine et française, le jésuite Philibert Monet, après les trois sens de « malin {inab'gnus), ajant mauvaise âme, et fait » par méchanceté », ajoute (( malotru, de nul prix ». et, comme exemple de cette dernière signification, écrit: a Du » butin, je n'ai eu qu'un meschant cheval et un malotru habit, — de prœda tuli dumtaxat vilem equum et abjectam vestem-'.
Les écrivains du temps rendent le même témoignage. Ma- thurin Régnier fait dire à son fâcheux :
Ce sont des meschants vers
(Je cogneu qu'il estoit véritable à son dire). Que pour tuer le temps je m'efforce d'escrire''.
Après le poète satirique, ennemi de Malherbe et de son école, citons un prédicateur, alors fort célèbre, Pierre de Besse, aumônier du prince de Condé. Il nous montrera le mot employé dans le sens de chétif etde méprisable, sous Henri IV et dans les premières années du règne de Louis XIII. Voici,
1 Ed. de 1627.
2 II donne, de plus, le sens de qui ne vaut rien.
3 Ce sens de vil (3t de peu de valeur, vilis, mdiius pretii, Ph. Monel le donne aussi à mauvais. — 11 est. utile à remarciuer que le dictioonain' de Monet parut seulement vers 1630.
* Sut. vm, V. 116.
82 GRANDEUR ET DECADENCE
par exemple, une phrase tirée de sa Royale Prestrise\ Il ve- nait de traduire un passage d'une lettre écrite par le pape Alexandre VI au cardinal Ximenès, et il accompagne sa tra- duction du commentaire suivant :« Le bon S. Père- voulait dire » que, comme les prestres ne se doivent point négliger en » portant de trop raeschants habits, aussi ne doivent ils point » par trop piaffer en (en)portant de trop braves-'.»
Ainsi voilà bien, dans un auteur fort à la mode au commen- cement du XVIP siècle, le mot méchant pris dans une de ses acceptions primitives; on l'oppose à brave, qui signifiait de bonne façon, élégant, distinguée
Néanmoins la signification de vicieux et de scélérat était alors la plus usuelle. Pour une fois que l'on rencontre notre ad- jectif avec le sens de méprisable et de chétif, on le trouve au moins dix dans celui de criminel ou de pervers^. Rappelons-en quelques exemples tirés du même prédicateur. Sa langue est en- core la langue rude et imagée du XVI* siècle ; elle a,danssanaï- veté, et son exubérance, une saveur dont on regrette souvent l'absence dans le langage plus sobre et plus délicat de l'âge sui- vant. Notons d'abord cette antithèse: Ce sont aux bons jours que se fontles meschantes œuvres". — (( Le prestre, dit ailleurs » Pierre de Besse, en endurant faict paroistre qu'il est juste; » mais en se revenchant, il monstre qu'il est mescliant comme » les autres \ — Le prestre, dit-il encore, est donc hoimne de » bien qui veille volontiers, comme aussi il est ineschant quand » il ayme trop à dormir et ne peut quitter ses couches ^)) —
1 Le privilège de ce livre est du 23 décembre 1609.
2 Ce boji S. Père n'est autre que le fameux Alexandre Borgia, bien que Besse nomme par inadvertance Alexandre IV (1254-1261). Il s'agit d'une lettre adressée au cardinal Ximenès, en 1495, et qui par conséquent ne peut appar- tenir qu'à Alexandre VI.
3 Royale Prestrise, p, 467.
' Lindo, gentil, bello. P. Canal, Dictionnaire français et italien.
» Il serait facile de multiplier les preuves : on pourrait citer, par exemple, un émule de Hardy, Cl. Billard de Courgenay, dont les tragédies parurent en 1611.
'' Conceptions théologiques pour tous les dimanches de l'Avent. 1609. édit. Lyon, 1635, p, 481. — Les 6o?is jours sont les jours de fête.
'/i/</., p. 35-2-353.
* Ihid., p. 445.
DU MOT « MÉCHANT »♦ AU XVII* SIÈCLE S3
« Courage, s'écrie-t-il dans un autre passage, et ne vous fas- chez point, ô prestres! si les meschans prospèrent en ce monde
les meschans ne prétendent rien dans le ciel ; et vous ne
devez rien prétendre sur la terre'.»
Et, de même que Besse emploie plus souvent meschant avec l'acception de vicieux et de pervers qu'avec celle d'infortuné, de vil et d'abject, s'il veut exprimer cette dernière idée, il se sert de préférence, comme nous le faisons aujourd'hui, du qualificatif ?nttMya?5. Veut-il dépeindre le triste état de l'enfant prodigue rentrant dans la maison paternelle, c'est à mauvais qu'il recourt: « Son père le voyant tout descliiré, tout des- » cousu, tout sale, et ne pouvant supporter ce mauvais equi- » page, commanda tout aussitostà ses gens de lui arracher » ses guenillons, l'habiller en enfant de bonne maison et l'os- » ter de ses ordures-.»
Les contemporains de Pierre de Besse, les inconnus de même que les illustres, se servent comme lui de méchanl pres- que toujours dans le sens de vicieux et de criminel, et rarement dans ceux de malheureux ou d'insuffisant. Citons, par exem- ple, Audiguier, auteur d'un roman longtemps en vogue, puis- que la première édition est de 1615, et qu'on le réimprimait encore en 1667. Dans ses Amours de ÏÀsandre et de Calisle'\ il appelle une fois un escalier méchant^ ; mais il dit aussi qu'un homme de bien pouvait faire son hermitage au milieu du monde comme un méchant® pouvait faire son monde en son hermitage; il parle de l'esprit d'une méchante ® femme et traite un ingrat de malheureux et de méchant ^ D'ailleurs, il a plus souvent recours à mauvais qu'à son sjnonj^me, et il en use à peu près comme nous et donne cette épithète à con- seiP, à coup, à fortune, à humeur, à opinion, à rencontre, à tour, à temps, à orateur '-•: tous substantifs auxquels la géné- ration suivante accoUera de préférence la qualité de méchant.
» Ibid.,p. 356-357. — ^ Ibid., p. 461.
^ Histoire comique de notre temps, ou les Amours de Lisandre et de Calisfe. Paris, Michel Bobin et Nicolas le Gras, 1667, in-12.
i Ibid., p. 256.— 5 Ibid , p. 494. — «^ Ibid., p. 468.-7 I/jid.,p. 247.
" Dédicace.
9 P. 223, 298, 202, 265, 239, 60, 388. La plupart de ces mots sont accom- pagnés plusieurs fois, dans l'ouvrage, de Tadjectif mauvais.
84 GRANDEUR ET DECADENCE
Dans la Vraie Histoire de Frcmcion, publiée en 1622 par Charles Sorrel, mauvais occupe également la plus grande place; méchant semble pourtant acquérir de l'importance, au moins avec la signification de vicieux. Il se rencontre même assez souvent à côté d'un objet de peu de prix'. On pourrait dire la même chose à propos iV Ariane, roman historique de Desmarets (1632) : méchant gagne sur son rival; il lui prend les désirs, les desseins, les maximes, les pratiques- ; il lui en- lève l'empereur ainsi que le peuple ^. Cependant il se contient encore à cette date, comme on peut le constater dans les pre- mières comédies de Corneille. Mélite avec Clitandre lui accor- dent une action et un sonnet*, mais gardent leurs préférences pour mauvais.
A la fin du règne de Louis XIII, et particulièrement pendan:^ la régence d'Anne d'Autriche, ?/?t'c/ian^ est en veine de fortune; il pourrait, comme M""' de Sévigné, conter ses petites prospé- rités. Tandis que, dans l'acception d'injuste, de scélérat, de vicieux, quand elle s'applique aux personnes et aux êtres ani- més, il reste sur ses positions et demeure, pour ainsi dire, oisif et stationnaire ; dès qu'il s'agit de choses, il s'avance hardi- ment. Malencontreux, chétif, insuffisant, de peu de valeur, vil, méprisable, indigne, criminel, tous ces adjectifs lui cèdent la place ; il laisse presque dans l'oubli tous les péjoratifs de la langue française"^. Qui ne sait que Claude Perrault
De méchant médecin devint bon architecte ^ ?
Nous maudissons encore l'auteur dur
Qui, de ses lourds marteaux martelant le bon sens, Fit de fort méchans vers douze fois douze cents "^ .
1 Ai^uilleltes, p. 178 ; boyaux de chat, 89 ; charrette, 44 ; couvertures, 284- ctoiïes, 345; habits, 175 et pass., haillons, 274; haridelle, '62d[ hauts de chausses, 77; maisou, 81; papier, 198. Éd. d'Emile Colombey. Paris, l)e- hUiays, 1S58, in-16
- 1, 136; 165; 11, 20, 48. Ariane; Paris, Guillemot, 1632.— 2 vol. in-12.
■i Un si raeschant empereur, 1, 376 — Ce meschant peuple, 1, 241.
• Avfi. de Clitandre; Mélite, act. II, se. 4.
s II est à remarquer qu'alors le sens de mécliant ne varie pas selon qu'il précède ou suit le substantif. C'est plus tard que la distinction s'est faite.
" Art. poét., IV, 2i. — ' E/)ii/r. pour mettre à la fin de la Pucelte.
DU MOT « MÉCHANT » AU XVII* SIÈCLE 85
Si nous étions tentés de dire à Boileau :
C'est un méchant métier que celui de médire *,
une de ses victimes, cet « écrivain estimé chez les provinciaux », dont il a dit :
Le Pays, sans mentir, est un bouffon plaisant-,
nous répondrait aussitôt: « Il est bon qu'il y ait de méchants auteurs pour donner de l'éclat aux illustres. » Il ajouterait même, non sans une pointe de malignité pour le satirique : a Si nous n'avions rien écrit de méchant, il n'eût peut être jamais rien dit de bon^. »
Pendant quarante ans au moins, il n'y eut peut-être point de mot aussi en honneur dans la langue française. C'était à qui s'en servirait le plus, une sorte de gageure où chacun, soit en parlant, soit en écrivant, s'évertuait à mettre en pra- tique le vieux proverbe à méchant méchant et demi.
Les jansénistes avaient une méchante doctrine; mais, en compensation, les jésuites, au dire de Pascal, enseignaient de méchantes maximes*. Nos soldats, obligés de marcher con- tre l'ennemi, se plaignaient des chemins serrez et meschants^ ; par contre, Flaminius demeurait dans la comédie de Nico- dème en méchante posture ^ Tel était raillé pour sa méchante voix ■', tel^autre à cause de son méchant cheval^; celui-ci, dans un méchant pas ^, exerce sa méchante humeur'" en s'irritant contre sa méchante destinée" ; celui-là, porté de méchante volonté*^, en fait sentir les méchants effets''' à toutes ses con- naissances, en leur rendant de méchants offices'*, en leurfai-
' Sat. vn, V. 2—2 Sat. m, v. 180.
3 Les Nouvelles Œucres de Monsieur Le Pays. Amsterdam, 16S7, in-12. Seconde partie, livre IL Lettre première à M. de Tiger, p. 122 et 123.
" Avez-vous supprimé les livres où ces méchantes maximes sont enseignées? XI' Provinciale, éd. de Cologne, 1669, p. 226.
^ Mercure galant, octobre 1677, p. 17. - "^ Corneille. Exam. de Nicomède.
1 Scarron, Rom. corn., XV, 183.— » Ibid., XIV, 138.
9 Désordres de l'amour (de Mme de Villedieu), 1676, 1, p. 50.
1° Mercure galant, mai 1677, p. 7.— *« Désordres de l'amour, 111, p. 26.
*- Ibid., L P- 60. — 13 Mercure galant, octobre 1677, p. 17.
1* Désordres de l'amour, IV, p. 13.
6
86 GRANDEUR ET DECADENCE
sant passer de méchants moments'. Bussy-Rabutin s'afflige du méchant état de ses affaires, du méchant succès de ses dé- marches^, et, pour le consoler, la marquise de Sévigné, sa cousine, lui écrit : «Vous avez bien fait d'écrire au Roi ; votre » lettre est fort bonne ; vous auriez bien de la peine à en » écrire de méchantes^. »
Méchant est un terme qui vient si souvent à la bouche, que l'auteur du Misanthrope le répète quatre fois dans la seule scène du sonnet d'Oronte ; et, quand Alceste s'écrie :
Le méchant goiit du siècle en cela me fait peur,
ce n'est certainement point à la vogue du mot méchant qu'il songe.
Personne, en effet, ne s'apercevait qu'on en fît un usage abusif; bien au contraire, on ne croyait jamais l'employer assez. Eléonore de Souvré, abbesse de Saint-Amant, écrivait à sa tante, M™^ la marquise de Sablé: «Je suis si languissante que je ne crois pas passer Thiver àcause de ma méchante poi- trine ^. Et La Rochefoucauld souhaite à sa nièce M"" de Sillery, qui se marie « bravement sans lui rien dire», des valets qui la volent, un méchant cuisinier, un confesseur moliniste et une femme de chambre qui ne sait pas bien peigner ■'. M™* de Sa- blé, qui avait pourtant toujours peur, écrivait à l'abbé de la Victoire: «Quand vous auriez été. . . .au plus méchant air du monde, j'ai tant envie de vous voir que je n'aurais pas la pa- tience de vous faire passer par le feu''.» Plus craintif, un de ses contemporains regardait tout comme méchant pour la santé .
Boileau, dans sa confession ironique, a beau faire le bon apôtre et déclarer le métier de satirique un méchant métier, il ne se gêne guère avec les méchants écrits et les méchants auteurs; et, mariant ensemble, pour les opposer l'un à l'autre,
1 Mercure (jalaiit, octobre 1677, p. 7.
2 Bussy-Rabutin, Lettres au Roi. 18 janvier et 4 juiu 1687. •' Afmc de Sévigné, 14 février 1687.
* 4 novembre 1670; Cousin, 3/™« de Sablé, p. 402.
3 Tiré du Petit Magasin des Dames, in-12, 1806, p. 114. par Cousin, M"'' de Sablé, p. 521. — « Ibid., p. 391.
DU MOT « MÉCHANT « AU XVII* SIECLE 87
deux adjectifs alors fort en crédit, proclame cet oracle célè- bre :
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain « .
Racine, qui s'est moqué avec tant d'esprit des ridicules plai- doyers de son temps, souffrait pourtant plus facilement un mé- chant avocat qu'un méchant comédien 2.
Enfin M™« de Sévigné, voulant prouvera sa fille la vérité d'un récit, citait pour ses auteurs Monsieur le Premier et Monsieur le Grand Maître, et trouvait que ces auteurs-là n'étaient pas méchants^.
On pourrait multiplier à l'infini ces exemples, le mot mé- chant ajant été accouplé avec presque tous les noms de per- sonnes ou de choses ; mais ce serait de l'abondance stérile, un méchant défaut que Boileau condamne en termes exprès :
Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire ''.
Pour ne pas jouer plus longtemps un méchant tour^ au lec- teur, concluons en citant comme dernière preuve le diction- naire de Furetière. Publié seulement en 1690, mais achevé déjà en '.1GS4, à l'époque où commencèrent les fameux démê- lés de son auteur avec l'Académie, il montrera, mieux que que toutes les citations, l'étonnante prospérité du mot mé- clianl aux beaux jours de Louis XIV: « Mescliant, mauvais qui » est depourveu de bonnes qualitez, qui ne mérite aucune es- » time. Ce mot se joint à presque tous les substantifs de la » langue pour marquer leurs défauts. En la nature on dit » meschante beste, meschant pays, meschant bois,meschante » pierre,"meschante humeur, meschante étoffe. En morale, » on le dit de ce qui est contre la raison, les lois, les bonnes » mœurs : un meschant garnement, une meschante femme,
^ Art poétique, 1,161.
2 «Oa souffre plus facilement un méchant avocat qu'un méchant comédien.» Annotation au ch. 26 du livre I du de Oratore. Ed. Hachette, VI, p. 332. — Voir d'autres exemples dans le Lexique de la langue de Racine, ib., VIII, p. 316. — 3 Mme de Sévigné, 21 août 1675, IV, p. 72.
^ Artpoét., I, 63. — - Scarron, Rom. corn., XIX, p. 224.
88 GRANDEUR ET DECADENCE
» qui a une meschante teste, une meschante action, un mes- » chant juge.
» MescJiant se dit aussi des choses artificielles et incorpo- » relies: un meschant outil, un meschant mot, une meschante » doctrine, de meschants vers, un meschant orateur, une mes- » chante cause, un meschant comédien, un meschant plaisant, » un meschant brouillon ou mauvaise copie. »
Après cette longue énumération,que restait-il au synonyme de méchant, à Fadjectif mauvais? Peu de chose en réalité, mais beaucoup en théorie. « Mauvais, dit le même Furetière, » qui n'a pas les qualités qu'il devrait avoir, qui est opposé à » bon.
» Ce mot se peut joindre pour épithète à presque tous les » substantifs, tant en la nature qu'en la morale.»
En puissance, mcuii'ais a donc autant de droits que méchant: pour reprendre ce qu'il a perdu, il lui suffit d'attendre un changement dans la mode.
En 1684, c'est-à-dire au moment où l'abbé de Chalivoj ache- vait son dictionnaire, ce changement commençait à se pro- duire. Le mot méchant, dont Furetière avait constaté la prodigieuse fortune, était à la veille de la perdre. I] allait éprouver le sort des pervers qu'il servait et qu'il sert encore à désigner :
Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule i .
Telle fut, en efî'et, la destinée du mot dont nous avons es- sayé de faire l'histoire ; après avoir tout envahi, il laisse échap- per peu à peu presque toutes ses conquêtes, et perd avec ses usurpations une partie du domaine auquel son étymologie lui donnait droit. Mauvais, presque complètement dépouillé, avait cependant conservé, pendant la domination de son heureux rival, quelques fidèles, — des provinciauxpeut-être. Ainsi dans l'année 1676, époque à laquelle méchant régnait souveraine- ment à la Cour et à la Ville, il s'était rencontré un écrivain qui n'avait pas tenu compte de sa vogue. C'était l'auteur de Y Héroïne mousquetaire, un de ces romans à sensation qui char-
1 Racine, Âthalie, 11, 7.
DU MOT « MÉCHANT » AU XVir SIÈCLE 89
ment pendant quelque temps les oisifs et tombent ensuite dans l'oubli. Dans son livre, assez volumineux pourtant, Tadjectif usurpateur se rencontre à peine, tandis que mauvais s'étale à l'aise, au-devant de tous les substantifs qu'il s'agit de qualifier en mal. Le mot, proscrit par une sorte de désuétude, non-seu- lement reprend l'intelligence, le succès, la volonté et l'opi- nion, mais il se rend maître de l'usage et de la conduite, rè- gle les explications, les raisons et les discours, et se charge seul de donner de mauvaises couleurs aux impressions et aux compliments'. Ainsi commence,
par un retour grotesque,
A tomber de méchant le faste pédantesque.
Pendant les vingt dernières années du siècle, ce retour s'accentue de plus en plus: méchant recule à l'arrière-plan ; les écrivains qui l'ont employé presque abusivement dans leur jeunesse s'en servent d'une façon plus discrète; la génération nouvelle n'en use guère ou n'en use pas, Boileau, par une ha- bitude invétérée, l'applique encore aux écrits - ; mais, s'il n'y renonce pas en prose, il ne l'introduit ni dans ses dernières satires, ni dans ses dernières épîtres. La Bruyère raille les copies fidèles de très-méchants originaux'; mais mauvais est l'adjectif qui se rencontre habituellement sous sa plume dans des cas où vingt ans plus tôt on aurait préféré méchant.
Si des grands écrivains on passe aux médiocres, — et les médiocres sont pres(|ue toujours des témoins plus sûrs de l'usage et de la mode que les excellents, on trouve également chez eux les rôles renversés : c'est méchant qui descend et mauvais qui montée Ch. Perrault ne nous montre jamais le
1 Héroïne mousquetaire, 111, 54, 51 : — 11, 143; — IIL 29, 10, 26, 38, 38, 4.— IV. 4. — III, 77. L'auteur du romaa est Préchac.
- J'ai appris qu'on debiloit dans le monde, sous mon nom. quanlitr de mé- chants écrits. Avertissement sur la yn'^' satire.
■'Ils deviennent des copies fidèles de très-méchants originaux. La Bruyère, de la Ville, 7 ; édit. Hachette, 1, 280.
* J'ai dressé, d'après quelques-uns d'entre eux, des tables de présence pour les deux mots; à la fin du siècle, la liste de mauvais s'allonge, celle de iné- c/iant se réduit.
90 GRANDEUR ET DECADENCE
premier dans sa querelle avec Boileau, àroccasion de la Sa- lire contre les femmes; et, si le grand Arnauld, qui servit entre eux d'arbitre, emploie dans sa lettre l'adjectif me'c7w??/% c'est dans le sens, sinon dans la place, où nous remployions encore aujourd'hui. On constate encore le discrédit d'un terme au- trefois si en vogue dans deux ouvrages de la même époque : les Entretiens de morale, publiés en 1692, et le Traité de la satire, que l'abbé de Villiers lit imprimer en 1695. Dans l'un et l'autre de ces deux livres, mauvais occupe toutes les positions dont méchant était maître naguère ; le goût, les phrases, les ouvrages, les pièces de théâtre, la satire, les épigrammes, la comédie, lui appartiennent; il qualifie les auteurs^ et les poè- tes, aussi bien que les maîtres et les domestiques^; il flétrit la mine des laides et enlaidit l'humeur des belles*, et, s'il per- met encore à son rival la raillerie, il se réserve les conseils, les exemples et les sermons^.
Le mot meschanl, qui dans l'origine avait signifié peu chan- ceux, puis chétif et sans valeur, perdait ainsi son sens primi- tif et son sens prochain, pour ne guère conserver que son ac- ception dérivée et lointaine de vicieux et de pervers. Cette révolution dans sa fortune, qui s'accomplissait au profit non- seulement de mauvais, mais aussi de plusieurs autres adjectifs péjoratifs *, s'acheva pendant le cours du XVIIP siècle. Aussi l'Académie française, après avoir, dans l'avant-dernière édition de son dictionnaire, copié presque littéralement Furetière et fait rénumération des substantifs auxquels pouvait se joindre cet adjectif pour désigner une chose ou bien un animal qui ne vaut rien dans son genre, a-t-elle soin d'ajouter: il a vieilli dans ce sens.
Il a vieilli, sans doute, mais c'est presque une seconde vieil-
* Méchante disposition, en parlant de la malignité du cœur, qui aime la mé- disance et la calomnie. Lettres de M. Ariiauld à M. Pe)-rnult,dti.Qs les CEuvres de Boileau, éd. Saint-Marc. Amsterdam, 1775, p. 389.
- Traité de ta satire, par l'abbé de Villiers, 1695, p. o2 eipass.; — 85, 84, 42 et pass.; - 354, 40, 278, 174, 222.
3 Entretiens sur la morale, 1692. p. 145. Ces entretiens sont de M"e Scu- déry. — * Traité de la satire, p. 211, 247.
5 Entretiens, p. 240, 139, 320, 135.
^ Boileau, dans ses dernières œuvres, emploie vit, ridiriile, triste, où vingt ans plus tôt il aurait pu se servir de méchant.
DU MOT « MÉCHANT j' AU XVll'" SIÈCLE 91
lesse ; car, au commencement du XVII« siècle et durant la plus grande partie du règne de Louis XIII, l'état des deux mots méchant et mauvais n'était guère différent de l'état actuel ' . Méchant était-il plus employé qu'il ne l'est aujourd'hui pour qualifier une chose insuffisante et chétive? c'est possible; mais c'est seulement vers le milieu du siècle qu'il a pris son essor et s'est établi dans la place importante où nous le trouvons au temps de Molière et de Boileau.
Ainsi pour les deux termes qui nous occupent s'est accom- plie presque à la lettre la prédiction d'Horace :
Multa renascentur qua3 jam cecidere, cadentque Quaî nunc sunt in honore vocabula, si volet usus, Quem pênes arbitrium est et jus et norma loquendis.
« Telle expression doit renaître qui depuis longtemps est tombée, telle autre doit tomber qui est maintenant en honneur. C'est l'usage qui en décidera, l'usage, cet arbitre souverain, ce maître, ce régulateur du langage. »
Comment est venue cette grande vogue de méchant? A. quelles dates précises a-t-elle commencé et fini? Ce sont des questions impossibles à résoudre. Tout ce que Ton peut faire en semblable matière, c'est de constater les faits ; encore les faits sont-ils tellement mêlés et si peu constants, que l'on ne saurait établir une loi générale de croissance et de décrois- sance.
C'est donc sous toutes réserves que nous présentons les con- sidérations précédentes; elles résultent pour nous d'un exa- men attentif et patient des textes ; mais, comme on ne peut jamais faire de dépouillement complet, peut-être ne serait- il pas malaisé d'opposer des faits contraires à ceux que nous avons recueillis, et de ruiner ainsi la conclusion de cette étude sur deux mots encore aujourd'hui si faciles à confondre.
Ch. Revillout.
* Voici les sens que lui donne Cotgrave : wicked, impioiis, imgracious, naughfy, bad, towd,villanous, rogidsh; vile, filthy, scurvij, most impure; al.so paltvy, course, unworthy ; also curst, mischievous, fiarsh, froward.
2 Ep. ad Pisones, v. 70.
DEUTE PAGA
Passave, pèr ié dire adieu, davans sa porto, Quand ause un crid, lou crid de la furo qu'emporto L'àrpio d'un cataras, lou siéule dôu rigau Qu'uno serp enclausis, lou quilet fouligaud
De la jouvo qu'Amour acoussejo pôr orto E quelèu, souto un bais que la mord,toumbo morto. Intre ... 0 felecita qu'a fugi moun fougau ! Image d'unbonur que sèmpre me fai gau :
Tôuti dous embrassa, li vese cauto à cauto,
Enfant! se clavela de poutoun sus li gauto, . .
Zôu ! de rire ! . . . Eu me pren la man ; Elo au jardin
Vai radouba li pie de soun èso estrassado; Pièi, graciouso, m'adus uno fleur de pensado Que pague malamen de moun sounet badin.. .
Louis RouMiEUx.
DETTE ACQUITTEE
Je passais, pour leur dire adieu, devant leur porte, — quand j'en- tends un cri, le cri de la souris qu'emporte — la griffe d'un matou, le cri perçant d'un rouge-gorge — que fascine un serpent, le cri folâtre
De la jouvencelle que poursuit le vagabond Amour — et qui bientôt se rend sous le baiser qui la mord. — J'entre. .. 0 félicité qui a fui mon foyer! — Image d'un bonheur qui me fait toujours envie :
Tous les deux côte à côte embrassés, je les vois, — enfants ! se clouer des baisers sur les joues. . . — Et de rire ! . . . Lui me prend la main ; Elle au jardin
Va rajuster les plis de son corsage chiffonné; — puis, gracieuse,
m'apporte une fleur de pensée, — que je paye bieu mal avec ce sonnet
badin.
Louis RouMiEUX.
VARIÉTÉS DE LOMBARDO ET LUMACA
POEME LATIN DU MOYEN AGE, ATTRIBUÉ A OVIDE *
Au moyen âge, les Lombards, c'est-à-dire les Italiens, ne jouissaient pas en France d'une grande considération : leur nom était synonyme d'usurier, et la locution «pitié de Lom- bart » était passée en proverbe au même titre que « loyauté d'Anglois, largesse de François «et « sens de Breton. » On ne s'en tenait pas là, on les accusait aussi de couardise. Ainsi dans le fabliau de Berengier au long cul, c'est un chevalier lombard qui joue le singulier rôle et subit les conditions si humiliantes que l'on sait. Les chansons de geste les prennent assez souvent à partie. L'yl?o/, par exemple, les traite de man- geurs de raves, de mangeurs de chats et de souris, de gens sans énergie, prompts à s'alarmer.
Car la gent de la tare est tous tans esmaiable,
dit l'empereur Louis au lombard Guinehot (v. 8865). Nos che- valiers batailleurs, pour qui les tournois, eux-mêmes si sou- vent suivis de mort d'homme, n'étaient que des passe-temps pacifiques, riaient de leurs grandes épées et de leurs grandes et lourdes masses d'armes, qu'ils jetaient parterre au moment du combat, afin de s'entre-tirer plus facilement les cheveux, comme des enfants qui se disputent:
Et portent grans espées, si ont gians pesans makes, Et jetent trestoutjus, quant vienent en bataille;
* Le petit poëme qu'on va lire fut transcrit par Boucherie sur le ms. lat. 6111 de la Bibl. nat., au dernier voyage que notre ami fit à Paris pendant les vacances de 1882. Il le destinait à la Revue des langues romanes, et nous l'avons trouvé dans ses papiers, avec l'intéressante introduction qu'il y avait jointe, le tout préparé pour l'impression, comme nous le publions au- jourd'hui, ainsi que les trois articles qui suivent.
94 VARIETES
Par les chevex se prendent, si tirent et si sachent ; Autresi com enfant se tirent et abatent.
[Ibid., V. 8866.)
Toutes ces grosses plaisanteries se résumaient habituelle- ment en une allusion plus ou moins développée, mais toujours comprise des lecteurs, au prétendu àuelàw. Lombard et de lali- ?wace. C'était le lieu commande l'injure internationale de Fran- çais à Italien, quelque chose d'analogue au combat d'Arthur et du chat de Lausanne, tant de fois reproché aux Bretons,
Qui le chat occist par enchaus,
avec cette différence toutefois en faveur de ces derniers qu'on voyait, dans le bizarre exploit de leur héros légendaire, la preuve, non d'un manque de courage, mais d'un manque de bon sens ; car ce terrible chat noir était un des plus redoutables adversaires qu'on piit imaginer, au dire des chroniqueurs bre- tons. Néanmoins, combattre un chat, quelque dangereux qu'il pût être, quand on était le chef des chevaliers de la Table- Ronde, ce n'était pas précisément pour cela que la chevalerie avait été instituée, se disaient les demi-incrédules à qui le pa- triotisme breton n'avait pas tout à fait (( perturbé l'entende- ment. »
Si donc la Bretagne était le pays de l'étrangeté, la Lom- bardie était celui de la lâcheté, et le combat burlesque du liOmbard et de la limace était là pour en témoigner. De là l'expression si usitée au moyen âge de « assaillir la limace», qui s'appliquait à ceux dont tout le courage consistait à atta- quer des ennemis imaginaires ou nullement dangereux.
D'où provenait cette singulière légende ? Peut-être de quel- que superstition italienne qui aurait considéré comme un pré- sage fâcheux la rencontre d'un limaçon aux cornes allongées '.
1 [Rien, à ce qu'il paraît, dans les superstitions populaires de la Lorabardie, ne se rapporte au dicton français. U.-A. Caneilo, que j'avais consulté sur ce sujet, à la prière de Boucherie, m'écrivait, le 5 décembre 1882, les lignes sui- vantes, qui pourront intéresser les folkloristes.
« Ho chiesto iuformazioni intorno alla lumaca; ma sono poche. Una mia donna di servizio mi a??icura che la lumaca è simbolo di buona forluna, e che
VARIETES 95
Les signes d'inquiétude donnés par ceux qui se trouvaient ainsi en présence de la malencontreuse bestiole pouvaient être mal interprétés par des étrangers, par des Français sur- tout, naturellement moqueurs, et qui, ne connaissant ni ne pra- tiquant ce genre de superstition, devaient en rire et en faire un thème à «gaberies.»
Quelle qu'en soit l'origine, on peut dire qu'elle date de loin et qu'elle s'est perpétuéebien longtemps, puisque nous voyons, par les nombreuses citations de MM. Baist' et A.Tobler(Ze2V- schrift, 11,303, et III, 98), qu'elle n'a cessé d'être mentionnée du XIP au XVIP siècle.
De la langue vulgaire, de l'idiome plébéien où elle avait très-probablement pris naissance, elle avait fini, quile croirait? par pénétrer dans le sanctuaire de la langue latine, et cela sous le couvert d'Ovide lui-même. Ovide chantant en distiques la lutte du Lombard et de la limace ! Peut-être le malin versi- ficateur qui se cachait sous ce pseudonyme avait-il supposé que ses lecteurs verraient dans ces vers boiteux, écrits dans une langue qui sent par trop son moyen âge, un de ces poè- mes en langue gétique comme essaya d'en composer la muse souffreteuse du pauvre exilé .
Car il n'y a pas à en douter, c'est bien au poète de Sulmone
ciô sta scritto aucbe ael Jibro délia Cabala (che non ho poluto consuUare). Il collega Pallè (modenese) mi dice poi che nella sua provincia ha corso una canzone popolare nella quale, tra le bestie che tormentano i dannati ail' In- ferno, si ricordaao anche i mugalott (lumache), forma metateticadi lumagott^ — Il libro dei Sogni dice: Lumacone; vederne = carica onorifica. Se mos- tra le corna =: infedellà. » — C. C]
1 [Aux citations de M. Baist, dont plusieurs, il convient de le remarquer, ne concernent pas les Lombards, par exemple celle de d'Arquier, la Guei-ro deoics limacs countro lous Leytoweses, on peut ajouter l'indication d'un au- tre poëme burlesque que je connais seulement par un catalogue do la librairie A. Claudin. Voici l'article :
H Le Limas, d'Ubert Philippe de Villiers, au seigneur de Blanchefort. Paris, de l'impr. de Nie. Du Chemin. 1564, pet. in-S". — Poëme burlesque de la plus grande rareté. L'abbé Goujet, dans sa Bibliothèque françoiae, donne le titre du livre d'après Du Verdier, déclare ne l'avoir jamais vu, et « ne sait ce que c'est. » C'est le récit d'un combat entre Silène et un énorme colima- çon. Le champ de bataille est sur les bords de l'Yonne, à un endroit auquel, dans le poëme, on a donné le nom de Monthumys. — Philippe Ubert de Villiers était es/ezi en l'élection de Clameci." — C.-C]
96 VARIETES
que la pièce dont je parle aété attribuée. Le ms. 6111 (fonds latin) de la Bibl. Nationale l'enregistre avec ses 26 distiques bien complets et avec ce titre en toutes lettres : Ovidius de Lombardo et lumaca.
Il était certes difficile d'imaginer une attribution qui fût plus contraire k la chronologie, aux habitudes de versification, à la langue et au style d'Ovide. Mais pour berner ces mal- heureux Lombards tout était permis, même de faire d'un con- temporain d'Auguste un déserteur de l'honneur italien.
Malgré le peu de valeur poétique de cette pièce, qui cepen- dant ne manque pas d'une certaine verve, malgré ses incor- rections de toute sorte, j'ai cru intéressant de la publier, parce qu'elle grossit le nombre des témoignages déjà réunis sur cette petite question d'histoire littéraire.
A. Boucherie.
[F° 35 r''] OVIDIUS DE LOMBARDO ET LUMACA
Veaerat ad segetes lombardus rusticus : illas
Circuit, et gaudet quod sata leta videt. Dum letus letas sic admiratur aristas,
Huic prêter solitum visa lumacha fuit. 5 Quid sit miratur ; stupet ; horret et exanimatur.
Mens abit atque color; deserit ossa calor. Ut tandem rediit ad se procul adstat, et inquit :
« Quod vides scehis est! Hoc mihi summa dies ! Non lupus hoc rursus vel vipera ? Nescio quid sit, 10 Sed scio, quicquid sit, quod mihi bella parât.
Est clipei signum, signura sunt sunt (sic) cornua belli.
Hem ! pugnare negem? Non : ego nialo mori. Si superare queam monstrum talis speciei,
Et decus et formam * (sic) perpetuam merui. 15 Quid dixi ? Non est probitas ^ occurrere monstro.
Cetera non desunt bella timenda minus. Que dabitur laus si furor [sic) non pugna vocetur?
Humanumnon est hoc periisse modo. Hoc mea si conjunx et proies tota videret (^sic)
* Lisez /(imam.
- On remarquera probitas avec le sens de prouesse.
VA RIETES 97
20 Pro solo visu jam sibi tergha darent.
Insuper hec pugna (sic) non equa videbitur uUi,
Nam meus armatus (sic) hostis, inherrais ego ! » Sic dubitat; metus atque pudor pugnat {sic) in eodem, Datpugaare pudor, sed metus ista fugit (sic)*. 25 Denique consilio fiet quod judicat equum. Consulit uxorem, consuluitque deos. Dii sibi respondent quod sit palma fruiturus. Dum vix auderet credere numinibus, [F°35v°] At conjunx timida et metuens ut casta marito 30 Exclamât lacrimans : « Quid, furibunde, paras ? Que tibi bella placent ? Si non tibi monstra perire ^,
Pone tuos animos, parce mihi misère, Parce tuis natis si non tibi parcere curas. Proh dolor ! extremum viderit ista dies^ ! (sic) 35 Non audax Hector, non hoc auderet Achilles ; Herculis hic dies ardua deflceret. » — « Pone modum precibus, inquit, carissima conjunx,
Nonprece mens audax flectitur aut lacrimis. Dii mihi sunt hodie nomen sine fine daturi, 40 Jam precor ut valeas et valeant pueri. »
Ut stetit, in campum velox hue tendit et illud (sic)
Circumdatque feram magna satis minitans : « 0 fera ! cui numquam simile (sic) natura creavit, Monstrum monstruorum (sic) pernitiosa lues ! 45 Que mihi tu pandis non me tua cornua terrent. Testaque sub cujus tegmine tuta mânes. Atque hodie dextraforti moriere, ne[c] ultra
Te patiar segetes commaculare meas. » Et vibrans telum que sint loca proxima morti 50 Prospicit, et palmam strenuus exequitur. Pro tanto facto que premia digna dabuntur ? Non est res parva (sic). Causidici veniant !
Finis.
» fugat (?)
2 Je ne comprends pas.
^ venerif ixta dies (?)
98 VARIETES
GANDIN, GOURGANDINE
Une gourgandine est une femme de mauvaise vie ; on donne aussi ce nom à une espèce de corset entr'ouvert. Un gandin est un dandj ridicule.
De ces deux mots, le premier date au moins duXVII^ siècle, puisqu'il figure dans une comédie de Boursault parue en 1694; le second est tout récent, ou du moins n'a été adopté que tout récemment par la langue courante.
Quelle en est Tétjmologie?
Origine inconnue, dit Littré en parlant de gourgandine, et il ajoute :((Lhéricher s'appuyant sur ce passage de la Muse Nor- mande « Pour s'en dMer gourgandir sur ces riaux», le tire de gore, prostituée, et ^at^c^iV, vé]Q)\nv [Hisl.et gloss.du Normand, p. 381). » Il dit encore : «Le passage de Boursault prouve que gourgandine, vêtement, a été dit à' àT^rès g owgandme, femme. »
Quant à gandin, il affirme, je ne sais d'après quelles autori- tés, que c'était d'abord « le nom d'un personnage de vaude- ville. » Cependant cette explication ne me paraît pas très-sûre et ne doit pas nous empêcher de chercher ailleurs la solution de ce petit problème, ou tout au moins d'en faciliter la re- cherche par des rapprochements nouveaux.
Gandin ne serait-il pas le même que gâdin, jeune homme, dans le bellau, patois des peigneurs de chanvre du haut Jura? (Voir les Recherches sur la langue bellau, argot des peigneurs de chanvre du haut Jura, par Ch. Toubin dans les Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, i\^ série, 3^ vol., 1867).
De même gourgandine doit venir, et avec plus de vraisem- blance encore, de ce patois bellau, qui traduit «un beau gar- çon)^ par gour-gudin. L'équivalent féminin gourgâdino, fr. gour- gandine, s'en dégage tout naturellement. La filiation des sens n'y contredit pas, car la beauté d'une jeune fille n'est pas le meilleur préservatif pour sa vertu. Il est vrai que le féminin de gour, beau, étant gourdo, il nous faudrait, pour que l'équiva- lence fût absolument complète, quelque chose comme gourde- gandine. Cette objection, dont il faut tenir compte, diminue sans doute la valeur du rapprochement que nous venons de
BIBLIOGRAPHIE 99
faire entre gour-gâdin et gourgandine, mais elle ne la détruit pas. Conservons donc la forme bellau à côté de la forme fran- çaise, en attendant que quelque patois voisin nous fournisse sur ce point de nouveaux et plus complets renseignements.
A. Boucherie.
BIBLIOGRAPHIE
Les Littératures populaires de toutes les nations. T. XI. Littérature orale de la basse Normandie (Hague et Val-de-Saire), par Jeao Fleury. x-396 pages. Paris, Maisonoeuve frères et Cli, Leclerc. 1883.
M. J. Fleury a divisé son recueil en deux parties. La première con- tient les récits (légendes, traditions, féeries, contes plaisants, etc.); la seconde, les chansons, devinettes, proverbes. Ces textes sont presque tous écrits en français. Le patois y paraît cependant assez souvent, au moins dans la seconde partie, ce qui est, comme on le sait, une garantie de plus d'exactitude et un avantage pour les philologues. Notons, à ce propos, que M. J. Fleury annonce, p. 383, en note, qu'il publiera prochainement une grammaire et un glossaire du patois de la Hague. Bonne nouvelle que nous enregistrons avec plaisir.
Le présent recueil a été composé avec soin et intelligence, comme on peut tout d'abord l'induire des explications données par l'auteur dans sa préface sur le plan qu'il a suivi, et comme on le constate en lisant les textes recueillis.
P. 95. Au lieu du môron = salamandre terrestre, c'est Vorvet, en patois berrichon Vanueil, qui serait un animal si dangereux, s'il y voyait. Voy. le Glossaire du comte Jaubert.
P. 200. La même anecdote est racontée par Brillât-Savarin. « Sans éçélo, moussu le curé, dit le paysan forézien qu'il met en scène. — Oui, sans échelles, répond le curé ! » Et le paysan de siffler son chien en lui disant de sortir avec lui, parce que dans cette paroisse on ne disait que des menteries.
P. 210. En Poitou, ce dialoguedes coqs présente une légère variante. Quand le maître coq a crié de sa belle voix de basse-taille : Je le fais quand je veux ! et que le moyen coq lui a répondu un ton plus bas : Et moi, quand je peux! le petit coq à voix flûtée répond en criant à tue-tête et sur la même rime : Vous êtes bien heureux !
P. 242. Au lieu de buvons en deux, une variante donne tirons en deux .
100 BIBLIOGRAPHIE
P. 345. J'ai eu occasion de citer des passages de cette chanson (version charentaise) dans la Revue des langues romanes. Celle que je connais diffère par quelques détails sans importance de celle que pu- blie M. J. Fleury. Elle débute ainsi:
Quand p'tit Jean s'en va-l-aux vignes,
Hum ! hum ! la dera là ! Quand p'tit Jean s'en va-t-aux vignes,
Sa serpette sous son bras (ter).
P. 377. A Brossac (Charente), on dit que, pour avoir une chaussure inusable, il faut que l'empeigne soit, je ne me rappelle plus de quelle substance, que la semelle soit une langue d'avocat, et que le lignon (le fil de la couture) soit fait de rancune de prêtre.
Les Littératures populaires de toutes les nations. T. XII. Gargantua
dans les traditions populaires, par Paul Sébillol. x.xviii-342 pages. Paris, Maisonneuve frères etCh, Leclerc. 1883. Prix: 7 fr. 50.
Dans V Introduction, M. P. Sébillot examine, après MM. Gaidoz et G. Paris, la question plusieurs fois agitée de l'antériorité ou de la non- antériorité du Gargantua populaire comparé au Gargantua de Rabe- lais. Les preuves qu'on peut appeler matérielles manquant, on est et on restera longtemps encore, sinon toujours, dans l'incertitude à cet égard. M. P. Sébillot fait cependant, d'accord avec G. Sand, une re- marque qui n'est pas sans importance et qui permet de supposer une origine plus ancienne au Gargantua populaire, à savoir que le peuple ne nomme jamais à côté de cet Hercule goulu et bon enfant ses deux inséparables compagnons de la légende rabelaisienne, Panurge et frère Jean des Entomeures, bien faits cependant l'un et l'autre pour frapper l'attention des conteurs et amuser leur imagination. D'où on est en droit de supposer qu'il n'y a pas eu d'emprunt, parce qu'en pa- reil cas, pas plus du reste que quand il s'agit d'argent, les emprun- teurs n'y vont pas de main morte et ne se contentent pas du tiers quand ils peuvent avoir le tout.
Peu importe au fond que cette question soit résolue dans un sens ou dans l'autre. L'essentiel est de bien constater le rôle que joue et la place qu'occupe dans la littérature populaire cette curieuse légende de Gargantua. C'est la tâche que s'est imposée M. P. Sébillot, et il l'a prise à cœur. Soit de sa personne, soit par correspondance, il s'est procuré des renseignements sur notre héros national (?) à peu près par toute la France. Il les a classés par provinces et il les cite in ex- tenso, en ayant soin d'y joindre des notes explicatives et de les faire suivre des rapprochements nécessaires. En un mot, cette publication
BIBLIOGRAPHIE lOi
est, comme celles que nous connaissons de M. Sébillot, très-conscien- cieusement faite et fort intéressante.
Une ou deux observations pour finir. Gourgandine n'a rien à jvoir avec gargate ni avec gargante, comme le prétend Bourquelot, p. Xlli ; c'est un mot emprunté probablement par l'argot parisien au patois bellau (des peigneurs du haut Jura), et signifiant à l'origine belle jeune fille. Yoj. le présent numéro de la Revue des langues romanes, p. 98.
P. 177. Au lieu de «o l'ématonne •», lisez «.ol ématonne », ol = *ol- lud pour Ulud.
A. Boucherie.
La belle collection à laquelle appartiennent les deux ouvrages dont notre ami a laissé les comptes rendus qu'on vient de lire s'est depuis enrichie de neuf autres volumes, qui ne méritent pas moins que les précédents d'être recommandés à nos lecteurs. En voici les titres :
T. XIII. E. Henry Carnoy. Littérature orale de la Picardie. 1883.
T. XIV. E. Eolland. Eimes et jeux de l'enfance. 1883.
T. XV. J. Viuson. Littérature orale du pays basque. 1883.
T. XVI. .J.-B. -Frédéric Ortoli. Les Contes populaires de l'île de Corse. 1883. Il est regrettable que l'éditeur n'ait j^as donné la version corse de ces contes à côté de la version française.
T. XVII-XVIII. J -B. Weckerlin. Chansons populaires de l'Alsace. 1883. Le texte alsacien est accompagné d'une trad. française.
T. XIX-XXI. Jean-François Bladé. Contes populaires de la Gasco- gne. 1886. On regrette, comme pour le t. XVI, que ces contes ne soient pas donnés dans leur forme indigène.
T. XXII. Paul Sébillot. Coutumes populaires de la haute Breta- gne. 1886 .
Le prix de chaque volume, élégamment cartonné en percaline rose, est de 7fr. 50.
jMentionnons à cette occasion luie nouvelle revue, qui est le com- plément naturel et nécessaire de la bibliothèque des Littératures po- jnilaires de toutes les nations, et dont nous avons reçu récemment les deux premiers numéros. C'est la Revue des traditions populaires^, pu- bliée par les mêmes éditeurs que la Bibliothèque, sous la savante di- rection de M. Paul Sébillot.
G. G,
' [In numéro par mois; 12 fr. par an.
CHRONIQUE
Académie de Nimes
Concours x>our les années 1887 et 1888
r/Académie met au concours deux études pour participer aux prix ù décerner, savoir:
I. — Médaille d'or de la valeur de 300 fr., à décerner en 1887. — Histoire littéraire: des Origines an F élib ri (je ; àe son influence au jtoint de vue littéraire et philologique, et de son avenir.
II. — Médaille d'or de la valeur de 300 fr. à décerner en 1888. — Histoire locale : Jean Nicot, seigneur de Villeniain, né à Nimes en 1530, mort en 1600, secrétaire du roi Henri II; sa vie, ses écrits, son ambassade en Portugal.
Conditions communes aux deux concours. — Les œuvres seront adressées /'r«Hro au secrétaire ]jcrpétuel de l'Académie, au plus tard le 31 décembre 1886, pour le premier concours, et le 31 déceuihre 1887, pour le second concours.
Elles ne seront point signées et porteront une épigraphe, répétée sur un billet cacheté contenant le nom de l'auteur.
Les travaux devront être inédits, n'avoir été présentés dans aucun autre concours, et seront conservés dans les archives de l'Académie.
Les auteurs auront toutefois le droit d'en faire prendre des copies, mais à leurs frais et sans déplacement.
Les prix seront décernés dans la séance publique qui suivra la re- mise des manuscrits.
Dons faits à la Société pour l'étude des langues romanes :
Par M. Nizier du Puitspelu : ki Revue lyonnaise, année 1885 ;
Par M. Achille Mir: le manuscrit de son poëme loti Sermou dcl Curât de Cucugna;
Par RIM. Hamelin frères: loii, Sermou del Curât de Cuctigna, y^r Achille Mir; un ex. de l'édit. gr. in-4", réglure rouge ;
Par M. G. Guichard : Armagna doujineii per lou bel an de Diou 1886.Valenço, in-12 ;
Par l'auteur : Don Savié de Fourviero, canounge de Ferigoulet, Predicanço nouvialo. Cavaioun, 1886;
Par l'auteur : il Dialetto nizzurdo nelle sue affinità foniche e gram- maticali colle lingue daco-romana,siiagnuola, l'ortoghese, etc., de Ema- nuele Valeri. Nizza, 1885 ;
Par l'auteur: Nosto-Damo-de-Lourdo, poëme provençal par l'abbé Célestin Malignon. Paris, 1880, in-12 de 378 pp.;
Par l'auteur : Citants populaires de la France, par E. Rolland, t. I:
Par l'Académie roumaine : Daine si strigaturc din Ardeal date la ivealà de D' Ivan Urben larnik si Andréa Barseanu. Bucuresci, 1885; — Hasdeu, Ffi/inologicum magnum lionianiœ, fasc. 2;
Par la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron : Bonal, Comté et Comtes de Rodez. Rodez, 1885;
Par la « Smithsonian Institution »: Annuul Report of the hoard of
CHRONIQUE 103
régente of the SmWisonian Institution, for tlie year 1883, "Washington, 1885.
Par M. François Vidal : Vêpres des typograpTies, 1 p. in-4. — Trois numéros du Mémorial d'Aix.
Par M. Campadieu : un numéro du Midi- Journal , de Béziers, con- tenant des vers provençaux.
Par l'auteur: Fluors alpinas rimas da G. F. Caderas. Coira, 1883; — NuovasEimas da G. F. Caderas. Coira, 1879.
Par l'auteur : Itinéraire de Louis XI dauphin, p;ir Ulysse Chevalier. 1886.
Par l'auteur: Flore populaire des Vosges, parN. Haillant.
Par M. Haillant : Extrait d'un rapport de M. Darmesteter sur l'ou- vrage précédent.
Liste alphabétique des périodiques que la Société des langues romanes reçoit par échange ou à d'autres titres ' .
Archiv fiur das Studium der neuereu Sprachen (Berlin) ,
Archivio glottologico italiano (Milan).
Bulletin du Cercle S. Simon (Paris).
Bibliothèque de l'Ecole des chartes (Paris).
Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques (Paris, Ministère de l'Instr. publique)
Bulletin d'histoire ecclésiastique des diocèses de Valence, Die, Gap et Grenoble (Romans).
Bulletin historique et archéologique de Vaucluse (Avignon).
Butlleti mensual de la Associacio d'excursions catalana(Barcelona).
Com-rier de Vaugelas (Paris).
Giornale storico délia letteratura italiana (Turin),
Gralla (la), setmanari catala y literari (Montevideo),
0 Instituto (Coïmbra). Journal de Forcalquier. Journal des savants (Paris).
Literaturblatt fur germanische und romanische Philologie (Heil- bronn) .
Melusine (Paris),
Museo Balear (Palma de Mallorca).
Nemausa (Nimes).
Polybiblion (Paris).
Propugnatore (il) (Bologne).
Répertoire des travaux historiques contenant l'analyse des publica- tions faites en France et à l'étranger (Paris, Ministère de l'Instr. pu- blicpie) .
Revue de Béarn, Navarre et Lanes (Paris).
Revue critique d'histoire et de littérature (Paris),
Revue félibréenne (Lyon).
Revue de Gascogne (Auch).
Revue histori(iue, scientifique et littéraire du Tarn (Alby) .
Revue de linguistique et de philologie comparée (Paris).
Revue sextienne (Aix, en Provence).
1 Ne sont pas compris dans cette liste les bulletins ou mémoires des se ciétés savantes énumerées dans la liste suivante.
104 CHRONIQUE
Rivista critica délia letteratiira italiana (Florcuce).
Remania (Paris).
Romanisehe Forscliuno-en (Erlangen).
i{omaniscl)p Studien (Bonn).
Studj di iilologia romauza (Rome).
Zeitïichrift fiir nonfranzosisflie Spraelie und Literatur (Oppeln).
Zcitschrift fiir roniiiiiisclu' Philologie (Huile).
Liste, par ordre alphabétique de départements, des sociétés savan- tes qui échangent leurs publications avec la REVUE DES LANGUES ROMANES.
.\lpks (Bassics-). Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes (Digne).
Alpes (Hautes-). Société d'études des Hautes-Alpes (Gap).
Alpes-Maritimes. Société des lettres, sciences et arts des Alpes- Maritimes (Nice).
AuiÊGE. Société ariégeoise des sciences, lettres et arts(Foix).
AvEYRON. Société des lettres, sciences et arts de PAveja-on (Rodez).
BouciiES-DU-RiiôNE. Académie des sciences, arts et belles-lettres d'Aix.
Charente Société archéologique (Angoulême).
CoRRÈzE. Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze (Tulle).
Creuse. Société des sciences archéologiques et naturelles de la Creuse (Guéret).
UoRDOGNE. Société archéologique et historique du Périgord (Péri- gueux) .
Drôme. Société d'archéologie de la Drôme (Valence).
Gard. Académie du Gard (Nimes).
Gard. Société scientifique et littéraire d'Alais,
Hérault. Académie des sciences et lettres de Montpellier.
Hérault. Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers.
Indre-et-Loire. Société française d'archéologie (Tours).
Isère. Académie delphinale (Grenoble).
Lot. Société des études littéraires, scientifiques et historiques du Lot, (Cahors) .
Lozère. Société d'agriculture, industrie, sciences et arts de la Lo- zère (Mende).
]'UY-DE-DÔME. Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand .
Pyrénées (Basses). Société des lettres, sciences et arts (Pau).
SÈVRES (Deux). Société de statistique des sciences et lettres (Niort).
Tarn-et-Garonne. Société archéologique deTarn-et-Garonnc(.Moii- tanban).
Tarn-et-Garonne. Société des sciences, belles-lettres et arts de Tarn-et-Garonne (Montauban) .
Var. Société académique du Var (Toulon).
Var. Société d'études scientifiques et archéologiques de Lragui- gnan .
Vaucluse. Académie de Vaucluse (Avignon).
Le gérant responsable : Ernest Hamelin.
Dialectes Anciens
RECHERCHES SUR LES RAPPORTS DES CHANSONS DE GESTE
ET DE l'Épopée chevaleresque italienne
(Suite)
Fol. 154, ro a. Segneurs, or escoutes, n'i ait noise ne ton ;
Que Damedieu de gloire nous doinst beneïchon, Et je vous canteroi d'une bonne canchon; Feite est de vraie estoire, poi i a se (se) voir non. 5 Chil jougleor nous chantent de Maugis le larron Comment il guerroia Temperere Kallon Pour aidier ses cousins les .un. fis Ajmon ; Mes chen n'est pas d'ileuc que nous vous canteron, Mes je vous en diroi la droite nation,
i 10 Où il aprist le sens que il sot à foison.
j II est voir que Maugis fu asses gentis hom :
i ■ Son père fu duc Buef, li sire d'Aigremon ;
La ducheise, sa mère, à la clere faclion, Fille Hernautde Monder o le fiouri grenon. 15 Si fu aieus Maugis qui ot cuer de lion, Et d'Espolice le riche roi Othon, Et Doon de Nantueil, Girart de Rousillon, Et Aymez de Dordonne qui moult par fu preudom. Si furent si cousin lez .iiii, fix Aymon, 20 Quar né fu et estrait de bonne nation.
Or vous diroi Festoire com en escript trouvon. A une Pentecouste, aprez l'Ascention, Tint à Aigremont feste le riche duc Bevon.
Tome xv de la. troisième série. — Mars 1886. 8
106 RECHERCHES
Tout i fu le barnage entour et environ, 25 Moult fu la court pleniere que de fi le set on.
Le duc Buef d'Aigremont,qui moult fu preus et ber,
Ot mouiller bêle et gente qui moult fist àloer.
Ains que portast la dame o le viaire cler,
Furent lonc temps ensemble, chen sachiez sans douter ; 30 Mes puis ot tiex enfans, si com m'orrez conter,
Dont il leur couvint puis mainte lermeplorer,
Et li et le duc Buevez mainte paine endurer.
Segnors, or escoutez, lessiez la noise ester.
A une Pentecouste que len doit célébrer, 35 Tint le duc Buef grant feste à Aigremont sus mer ;
Là fu court si pleniere que ne vous sai conter.
Quant fu fet le servise, si alerent laver.
Moult i ot riches mes d'oisiaus et de sengler.
Quant il orent mengié, les napes font ester. 40 Chil damoisel de pris se coururent armer,
Tost et isnelement vont es chevax monter,
Et issent d'Aigrement pour lor cors déporter.
Contreval la rivière sunt aies behourder.
Le duc Buef d'Aigremont i va pour esgarder. 45 La ducheise en .i. car s'i est feite mener,
Pour chen qu'ele iert si grosse que el ne pot aler.
Prez estoit li terme qu'el devoit enfanter.
OU ot ,11. pucheles où moult se pot fier.
L'une iert sa suer Ysane qu'ele pot'moult amer, 50 L'autre fu née esclave, qu'ele acata sus mer:
Pille fu l'Amirant de Palerne sus mer.
Moult lor plet le déduit que font li bacheler. Une lieue pleniere font le behourt aler.
Si com le soleil prist sus le vespre à tourner, 55 Prist la dame ses mains, si commenche à crier.
Le duc Buef l'a oïe, le behort fet cesser. En l'oraille d'un bois fist le char esconser, Tant que Dex eùstfet la dame délivrer.
De son mal la duchoise durement traveilla, 60 Damedieu et sa mère douchement reclama.
SUR LES CHANSONS DE GESTE 107
Ne demoura puis gueirez que Ihesus li aida, '"' ^- Quar .1. moult bel enfant la duchoise donna;
Mes le mal la rengoisse, quar .i. autre en i a.
Damedieu et sa mère douchement reclama, 65 Et Dieu par sa pitié manois la délivra,
D'un autre bel vallet la dame délivra;
Ele prist .i. chier paile qu'en sez chambrez trouva,
La dame en .ii. moitiez maintenant le trencha.
Les ,11. enfans petis dedens envolepa; 70 Et .II. aniax d'or fin que en ses .ii. mains a,
Le duc li ot donné le jour qu'il l'espousa,
As .11. enfans petis que durement ama
As .11. oreillez destrez les aniax pendu a,
Que che est la coustume de chel païs de là. 75 En .1. aune pierre: ja qui la portera,
Anemi ne maufe ne l'enfantosmera.
La dame fu malade, àpaine reposa.
Au duc Buef d'Aigremont la nouvele ala
Que la dame est délivre, .ii. enfans eus a. 80 Quant le duc l'a oï, Damedieu reclama,
Souef et bêlement mener lez quémanda
De si à Aigremont, et ileuques gerra.
Atant le char s'en va et la gent s'arouta.
Tout droit à Aigremont bêlement chemina; 85 Mez anchois qu'il i soient, grant damage i ara;
Je cuit que lez enfans ambedui perdra.
Moult est lie le duc Buef d'Aigremont et sa gent
Que la dame est délivre, qui tant a le cors gent.
Tout droit à Aigremont qui sus la roche pent, 90 La quémande amener souef et bêlement ;
Mez il n'ont point aie plus de demi arpent
Que il ont encontre l'amiral Sorgalant,
Qui Monbrant la chité avoit en chasement.
Moult haoit le duc Bueve et le grevoit forment. 95 De Mêlent revenoit d'assaillir l'Amustant
Que il reguerrioit moult angoisseusement.
Le duc oï la noise et le tabourement.
De chen poveit estre s'émerveille forment.
108 RECHERCHES
L'ensengne à Faumachour voit balier o vent:
100 Bien l'a reconneiie,